‹ Traité d'anesthésie chirurgicaleChapitre 83 sur 123 · MOYENS DE COMBATTRE LES ACCIDENTS DE L'ÉTHÉRISATION · texte numérisé non relu

MOYENS DE COMBATTRE LES ACCIDENTS DE L'ÉTHÉRISATION

chez riiommo en bonne santé. Leroy (d'Étiolles) raconte nn fait de ce genre, qu'il n'a pas vu, mais qu'il a tout lieu de croire exact. « Un jeune homme en jouant avec sa maîtresse, s'avise de lui souffler brusquement dans la bouche après lui avoir pincé le nez. Il s'en suivit un sentiment de suffocation douloureuse qui dura plusieurs jours et qui effraya singulièrement les acteurs d'une scène qui ne devait être que gaie (1). » Albert a fait jouer aussi un grand rôle à l'anxiété que l'on éprouve quand on s'expose à l'insufflation buccale ou simplement à l'action d'un courant d'air. Il cite, à ce propos, l'exemple de l'un des jeunes gens avec lesquels il avait fait des expériences et qui, ayant voulu les répéter sur sa sœur, âgée de dix-huit ans, mais faiblement constituée, s'y prit avec si peu de ménagement qu'elle faillit y succomber. Tombée par terre sans respiration, on eut beaucoup de peine à la ramener à la vie, et, pendant plusieurs jours, elle éprouva de la difficulté de respirer ('2). Marc, enchérissant encore sur ses devanciers, juge, en dernier ressort, l'insufflation pulmonaire en ces termes: (( Il est facile de se convaincre à quel point ce procédé est nuisible, en se faisant insuffler fortement et à plusieurs reprises par une autre personne, avec ou sans soufflet, de l'air dans la bouche, ou seulement en se plaçant en face d'un violent courant d'air; on ressent alors à l'instant même la plus grande difficulté de respirer, et l'on est obligé de tourner le dos au courant d'air si l'on ne veut pas suffoquer (3). »

Nous avons répété, sur nous-mêmes ces menaçantes expériences, en les variant sous toutes les formes, et sans aucune espèce de ménagement, jamais nous n'avons éprouvé la moindre gêne respiratoire. Voici ce qui arrive dans quelques cas, surtout quand on agit par surprise : lorsque la colonne d'air est projetée dans la bouche au moment de l'expiration, elle vient contrarier, en raison de sa force d'impulsion, l'exer-

(1) Leroy (d'Etiolles), Rechcrdies expcrhnenlalcs sur Vasphyxie. Paiis, 1829.

(2) Marc, Secours aux noyés cl asphyxiés, Vims, 1830, p. 188.

(3) Ibi'L, r- ''«7.

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cice (le la fonction; de ce conflit peut naître un léger sentiment de suffocation, comme il arrive si souvent à l'occasion du moindre obstacle imprévu, apporté à la respiration. Mais ces suggestions instinctives, troubles purement dynamiques, essentiellement transitoires, sont un des modes de l'exercice delà sensibilité : elles n'ont plus de raison d'être, et ne peuvent se manifester dans les cas particuliers où doit intervenir l'insufflation pulmonaire pour faire cesser l'état de mort apparente. Pas de danger de ce côté; d'ailleurs l'expérience l'a démontré depuis longtemps, soit chez les animaux, soit chez l'homme, soit chez l'enfant, soit chez l'adulte.

D'autres reproches, adressés à la méthode, surtout en ce qui concerne les déchirures organiques, s'appliquent plus spécialement à l'un de ses procédés. Nous nous réservons d'en parler à son occasion.

L'insujflation pulmonaire se pratique de trois façons différentes : la première consiste à souffler directement dans la bouche du patient plus ou moins bien close : c'est l'insufflation de bouche à bouche ; la deuxième, à diriger dans la cavité du pharynx par l'intermédiaire d'un tube introduit, soit dans la bouche, soit dans une des narines, un courant d'air alimenté tantôt par un souflïet, tantôt par la bouche : c'est l'insufflation pharyngienne; la troisième, à pousser directement dans l'arbre aérien, par l'intermédiaire d'une canule préalablement introduite dans la trachée, un courant d'air également entretenu par la bouche ou un souflïet : c'est l'insufllation trachéale.

1° Insufflation de bouche à bouche. — L'idée d'appliquer hermétiquement la bouche sur les lèvres du patient, de façon à pousser dans sa poitrine les produits de l'expiration est venue à l'esprit de quelques opérateurs pris au dépourvu. Cet expédient, emprunté à une pratique tombée en désuétude dans le traitement de l'asphyxie, ayant paru réussir dans quelques cas de syncope confirmée, quelques chirurgiens sont venus sérieusement proposer l'insufflation de bouche à bouche comme moyen de traitement dans les accidents de l'éthérisation. Si

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i'oubli d'un tel précepte n'avait été signalé dans la presse, à propos d'un cas de mort par le chloroforme , comme une omission regrettable , nous nous serions contentés de mentionner ce procédé pour en faire sentir l'insuffisance. En résumé, il équivaut à un mode d'insufflation pharyngienne, et doit partager à ce titre tous les inconvénients de cette dernière : nous verrons bientôt en quoi ils consistent. Bien plus, l'insufflation de bouche à bouche est de tous les moyens le plus mauvais pour pousser de l'air dans la cavité du pharynx ; les lèvres s'adaptent fort mal à des lèvres incapables de mouvements volontaires , le volume d'air dont on dispose est peu considérable, et si l'on n'y met un soin minutieux, le courant d'expiration s'échappera en grande partie parles commissures labiales. Expédient pour expédient, nous préférerions encore la pratique de ce chirurgien anglais qui, en un jour de détresse, eut l'idée de souffler dans la narine après avoir fermé la bouche (1). A tous égards, l'insufflation de bouche à bouche ne peut donner que des résultats illusoires, et son application répugnante équivaut à une abstention complète. L'abstention, quel que soit son déguisement, étant ici la chose la pluspréjudiciable, nous repoussons de toutes nos forces cette manœuvre suspecte qui, à la faveur de quelques chances heureuses qu'elle n'a point détruites, s'est glissée dans le domaine de l'observation scientifique. Marc avait déjà porté un jugement analogue, quoiqu'en termes moins explicites, sur la valeur de ce procédé, bien avant la découverte du chloroforme, a Ce moyen (l'insufflation de bouche à bouche), dit-il, a quelquefois réussi; du moins, la vie est-elle revenue après qu'on Fa employé ou peut-être malgré son emploi (2). »

S'' hisufflation pharyngienne. — Elle consiste, avons-noiis dit, à diriger dans la bouche, et, par conséquent, dans le pharynx, à l'aide d'une canule, une colonne d'air fournie par un soufflol ou la poitrine. En poussant ainsi de l'air daiis la cavité

(1) Voyez p. 303.

(2) Marc, ouur. clté,\). 108.

buccale avec autant d'énergie qu'il sera nécessaire, et en ayant soin de fermer toute issue, on parviendra toujours à gonfler les joues et à remplir l'arrière-gorge, mais au delà, deux issues se présentent ; ie fluide ira-t-il épuiser sa force de projection en traversant l'œsophage pour remplir l'estomac, ou bien e» traversant le larynx et la trachée pour remjdir les poumons? On conçoit que toute la valeur du procédé se rattache à la solution de cette question. Car si l'air, par exemple, passe en totalité ou en grande partie dans le tube digestif, l'insufflation pratiquée de la sorte est très incomplète ; bien plus, elle aboutit, en. gonflant l'estomac, à créer un obstacle de plus au rétablissement de la respiration. Les recherches tentées à cet égard n'ont pas conduit tous les expérimentateurs à un résultat également affirmatif. Albert, dans un grand nombre d'expériences, a insufflé avec la plus grande violence, tant avec la bouche qu'avec un soufflet, de l'air après la mort à des chiens, des rats, des porcs, des bœufs et des moutons, et il a constaté, par différents moyens, qu'il ne pénétrait pas dans l'appareil pulmonaire, mais passait constamment dans l'œsophage qui, par son gonflement alternatif, simulait à s'y méprendre la respiration. Il n'y avait d'exceptions à cette règle que dans les cas où la langue était attirée au dehors de façon à relever l'épiglotte, ou bien dans les cas où l'extrémité de la canule pénétrait dans le larynx.

En pratiquant l'insufflation pharyngienne sur de jeunes chats auxquels il avait enlevé l'épiglotte, Cullen reconnut que cet opercule était l'obstacle qui s'opposait à l'entrée de l'air dans la trachée. Et pourtant dans ces conditions beaucoup plus favorables, une portion de l'air pénétrait encore dans l'œsophage.

Dans les conclusions qui suivent les expériences qu'il fit sur ce sujet, Marc (1) n'est point aussi exclusif; il admet bien qu'avec l'insufflation parla bouche ou l'une des narines,' pour pou ijn'il y ait de la résistance du côté de la trachée

(1) Marc, ouvr. cité, p. 221.

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OU des poumons, Tair pénètre avec une grande facilité dans Testomac, mais il ajoute qu'on peut aisément remédier à cet inconvénient en déprimant le carlilage thyroïde d'avant en arrière, selon le précepte de Monro, de façon à eflacer le calibre du pharynx.

Nous avons aussi institué, après tant d'autres, quehjues expériences qui nous paraissent dans de bonnes conditions pour juger la question en dernier ressort au point parliculier qui nous occupe. Un chien, entre autres, fut chloroformisé jusqu'à perte de respiration. Nous lui introduisîmes alors dans l'arrière-gorge une grande sonde adaptée à la buse d'un soufflet. L'insufflation pratiquée , soit d'une façon modérée et intermittente, soit d'une façon continue et violente, n'eut d'autre résultat que de gonfler plus ou moins rapidement le ventre de l'animal qui ne tarda pas à succomber. Or, l'insufflation pulmonaire bien faite, nous l'avons établi (1), rappelle toujours à la vie les animaux placés dans ces conditions. L'insuccès de la médication, comme le ballonnement abdominal, monirc bien quel est le mode d'action de l'insufflation pharyn-

gienne.

Il n'en a pas été autrement chez l'homme. Quelques opérateurs ont eu recours à l'insufflation de bouche à bouche, c'est-à-dire à un des modes de l'insufflation pharyngienne; à bout d'efforts, ils ne sont parvenus qu'à gonfler l'estomac (2). A la rigueur, lorsque la projection d'air est activée par un moteur énergique, tel qu'un soufflet, et si Ton prend surtout la précaution recommandée par Marc, d'exécuter une pression d'avant en arrière sur le cartilage thyroïde, une certaine quantité de gaz peut pénétrer dans la trachée, mais la majeure partie passera dans le tube digestif. Par conséquent, Tinsufflation pharyngienne, quel que soit le moyen employé pour la pratiquer, manque en grande partie son but, et n'entretient que d'une façon très incomplète la respiration artificielle.

(1) Ouvr. cité,

(2j Vo^cz p. 323, elc.

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5° liisiifflatioii trachéale. — Ce procédé permellant d'agii' direclement sur les voies aériennes, n'a plus le même caractère d'incerlitude. Tous les auteurs lui reconnaissent ravanlage de faire pénétrer autant d'air qu'on le veut dans les poumons, mais quelques-uns d'entre eux lui ont reproché, en raison même de son énergie, d'autres inconvénients assez graves pour le rendre dangereux et le l'aire proscrire, à moins qu'il ne soit employé avec une extrême réserve. Cette réaction est en grande partie l'œuvre de Leroy (d'EtioUes). Cet expérimentateur, ayant remarqué que l'insufflation pratiquée sur des chiens, des lapins, des moutons, peut suhitement donner la mort, en tira celte conclusion, qu'elle est aussi dangereuse pour la vie chez l'homme, si elle n'est appliquée avec des précautions extrêmes. Il alla même jusqu'à la rendre responsable de la proportion plus considérable d'insuccès dans le traitement de l'asphyxie, au moment où parut son mémoire (1829), qu'à l'époque de l'échevin Pia [Mlh). Duméril et Magendic, chargés de contrôler les expériences de Leroy (d'Etiolles), obtinrent des résultats analogues. Ils reconnurent que de l'air atmosphérique poussé brusquement dans la trachée-artère de certains animaux, tels que les lapins, les renards, les chèvres, les moutons, etc., détermine une mort soudaine. D'autres animaux, au contraire, tels que les chiens, résistent à cette insufflation brusque des poumons : ils en ressentent toutefois une dyspnée très forte. Ils sont plus ou moins souffrants pendant plusieurs jours, mais ils finissent par se rétablir (1). Ilsconstatérentà l'autopsie que le tissu du poumon était déchiré; l'air, épanché sous la plèvre en grande quantité, pressait le poumon vers la partie supérieure de la poitrine, et s'opposait ainsi à l'accomplissement de la respiration ; ailleurs il fut trouvé sous forme de bulles dans tout le système sanguin. Enfin l'insufflation enire leurs mains détermina plusieurs fois, sur des cadavres d'adultes et de vieillai'ds, la rupture du tissu dupou-

(1) liappori fail à l'Académie des sciences sur le mémoire do Leroy {d'Éliolles) pur M.M. Duiiiciil cl M.igcmJic, 1829.

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mon, et un épanchement gazeux considérable dans la cavité pleurale. Ce serait nous écarter de notre sujet que de rechercher à quelles causes il faut attribuer d'aussi funestes eflets et d'aussi graves désordres. Il importe seulement d'être bien pénétré que de tels effets ne sont pas le résultat inévitable de l'insufflation pulmonaire. Pratiquée à l'aide d'une canule d'un calibre inférieur à la trachée et maintenue librement dans ce conduit, elle n'occasionne aucun dommage , ni du côté de l'organe, ni du côté de ses fonctions. La commission de la Société médicale d'émulation (1), après beaucoup d'autres observateurs, a mis ce fait hors de doute. Elle a expérimenté l'insuftlation pulmonaire sur divers animaux tels que des chiens, des lapins, en se plaçant volontairement dans les conditions considérées comme les moins favorables et en n'usant d'aucune des précautions recommandées. Une sonde dans la trachée, un soufflet de cuisine ou une vessie remplie de gaz, employés de la façon la moins mesurée, ont suffi pour atteindre le but sans accident, sans provoquer de lésions organiques appréciables soit à l'œil, soit à la loupe. En usant des mêmes moyens chez l'homme, nous avons pratiqué l'insufflation, après la mort, sur divers sujets adultes qui avaient succombé h des affections étrangères aux organes Ihoraciques. Celle-ci, exécutée avec force, prolongée pendant quinze minutes, ne détermina aucune trace d'emphysème. Tout permet de croire qu'il en serait de même pendant la vie, car nous avons constaté, chez les animaux, la justesse de cette remarque faite par Marc, qu'à l'égard des effets physiques de l'insufflation, les conditions de vitalité ne changeaient rien aux phénomènes qu'on observe sur le cadavre. Déjà l'expérience s'est prononcée suffisamment à cet égard, soit chez l'adulte, soit surtout chez les enfants depuis que M. Depaul a vulgarisé cette méthode de traitement dans les cas de mort apparente chez les nouveau-nés.

(1) Rapport ciléi

On peul donc établir sans hésitation que rinsuiïlalion tracliéaie est non-seulement le procédé le plus énergique de respiration artificielle, mais aussi qu'il ne présente aucun danger qui lui soit propre. Bien que les objections soulevées à une autre époque contre cette médication puissante, aient perdu beaucoup de leur actualité, nous avons cru devoir les reproduire parce que beaucoup de médecins s'en autorisent encore pour recommander une prudence éminemment préjudiciable quand il s'agit de lutter contre les accidents graves de la chloroformisation.

Outre ces qualités fondamentales, l'insufflation trachéale permet encore d'utiliser les ressources accessoires auxquelles nous avons reconnu quelque utilité : ainsi ia canule maintenue dans rarrière-gorge et le larynx provoquera incessamment cette stimulation locale sur laquelle plusieurs auteurs ont insisté à bon droit; elle maintiendra l'épiglotte constamment élevée ; elle permettra d'employer concurremment l'aspiration artificielle, seule ou aidée de pressions sur le thorax, de frictions stimulantes sur la poitrine et sur les membres.

Pour utiliser cette méthode de traitement comme elle le mérite, il faut pouvoir placer la canule sans grande difficulté. Cinq ou six fois l'insufflation trachéale a été tentée, avec des succès plus ou moins durables, dans des cas de syncope chloroformique, presque toujours on lit préalablement la trachéotomie. 11 fallait que l'introduction de la canule par le larynx fut jugée bien difficile ou plutôt que l'état du patient parût bien précaire, pour que l'on ait eu recours à une pareille extrémité. La trachéotomie est toujours une opération grave qui ne doit être tentée, surtout comme mesure préliminaire, qu'en dernière ressource ; eUe expose à verser du sang dans la trachée, elle prive des secours que l'on peut espérer dans l'excitation de rarrière-gorge, elle peut être suivie d'une fistule, etc. Comme elle n'est pas indispensable, à moins de circonstances exceptionnelles, elle doit être rejetée.

A une certaine époque , l'introduction des sondes Ira-

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chéales lut l'objet des préoccupations de plusieurs médecins. L'un des premiers, Fine (de Genève), indiqua deux routes pour pénétrer dans le larynx : l'une, déjà décrite par Monro, consistait à faire glisser sur l'index gauche, introduit, du côlé droit, dans la bouche jusque derrière l'épiglotte, un instrument analogue pour la forme et la courbure au cathéter uréthral; l'autre, à faire glisser jusque dans le larynx, en passant par les narines, une canule souple, élastique. Ce dernier procédé << est assez facile, ajoute Fine, pour ceux qui ont la connaissance anatomique de ces parties; il est excessivement rare que ces sondes, seules ou armées d'un stylet solide, recourbé comme une algalie pour homme, passent dans l'œsophage : elles entrent dans les voies aériennes avec une extrême facilité. Lorsqu'on se sert de la sonde armée du stylet (mandrin), on en tourne la courbure en bas, et on l'introduit avec douceur dans l'une ou l'autre narine le long du plancher inférieur des fosses nasales ; lorsqu'elle est parvenue au delà des os palatins à la partie supérieure du pharynx, l'on élève un peu la partie externe de la sonde, ce qui en conduit l'extrémité interne dans le larynx (1). » A la façon dont l'auteur parle de cette exploration, il semble que rien n'est plus facile que de faire pénétrer une sonde dans la trachée en suivant ses indications. Nous avons fait un grand nonjbre de tentatives sur le cadavre ; il ne nous a pas été donné une seule lois d'y arriver. Sans doute nous avons été malheureux, car, après tout, il n'est pas impossible de tomber juste, mais à coup sur le procédé est beaucoup moins commode que Fine ne le fait supposer. Voici ce qui arrive : tantôt la sonde pénétre immédiatement et directement dans l'œsophage ; tantôt et^e plus souvent, au moment où l'on en relève le pavillon, l'autre Qxtrémité vient arc-bouter contre un point (juclconquc de l'arrière-cavité pharyngienne; à mesure qu'on retire le mandrin, l'instrument se pelotonne, ce (jui permet facilement de

(1) De /a submersion. Paris, 1800. ^

croire qu'il est engagé dans la bonne voie. Le procédé nasal est un mauvais procédé, basé sur des tâtonnements, incertain dans ses résultats. A moins de nécessité, comme dans les cas de contracture des macboires, il doit être abandonné. C'est donc par la bouche qu'il faut tenter l'introduction de la canule. En raison du peu de profondeur de cette cavité, la chose ne présente pas grande difficulté chez les enfants, et malgré les critiques dont le tube laryngien de Chaussier a été l'objet de la part des professeurs Meunier et Noël (de Strasbourg) (1), le cathétérisme laryngien chez ces derniers est facile à pratiquer. 11 en est de même chez l'adulte dans la grande majorité des cas. D'après notre expérience, nous évaluons à 8 sur 10 la proportion des malades chez lesquels on peut directement engager par la bouche une sonde dans le larynx. Voici comment on procède : La bouche est maintenue largement ouverte; l'indicateur gauche glisse rapidement le long de la face supérieure de la langue, déprime la base de cet organe, et vient aboutir au bord droit de l'épiglotte, que l'on relève sans grande difficulté en recourbant légèrement le doigt en crochet; la sonde, sans mandrin, est alors dirigée le long du doigt et d'avant en arrière , jusqu'au voisinage de la glotte, du côté droit. Quelques mouvements imprimés à l'instrument le conduisent entre la pulpe de l'indicateur et le bord correspondant de l'épiglotte; il suffitalors de pousser graduellement pour l'engager. Il n'en est plus de même sur le cadavre. A cause du peu d'écartement des mâchoires, de la saillie formée par la base de la langue, le larynx paraît abaissé, le doigt n'a plus assez de longeur pour l'atteindre ; d'un aulre côté, l'épiglotte est plus exactement appliquée sur l'orifice supérieur de la glotte. Il en résulte que les voies aériennes, môme en prenant la précaution d'attirer la langue en avant à l'aide d'un tenaculum, sont plus rarement accessibles directement. Nous ne savons

(1) Rapport sur les moyens de rappeler à la vie les noyés et les personnes suffoquées par les vapeurs du charbon allumé, etc., fait à TÉcolc spéciale de Strasbourg, par les professcirs Meunier et Noël. Strasbourg, 1807.

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s'il en est do même chez les sujets affectés de syncope, car le fait ne nous paraît pas avoir été vérifié jusqu'alors ; pourtant, en raison de l'écartement plus facile des mâchoires, de la souplesse plus grande des tissus, tout porte à croire que le manuel opératoire serait ici moins lahorieux. Bien qu'adversaire déclaré de l'insufflation trachéale, Leroy (d'Eliolles) a néanmoins laissé dans la science un petit instrument destiné à faciliter l'introduction de la canule. On peut en avoir une idée par les figures 2Zï et 25 de la planche IX de l'ouvrage de Marc (1) : il se compose de deux valves articulées entre elles vers le tiers de leur longueur, et destinées par leur réunion à contenir une canule flexible. En élevant l'extrémJté externe de la valve mobile, l'autre extrémité doit s'engager d'elle-même dans le larynx, et y conduire le bout de la canule qu'elle contient. Cet instrument rend peu de services à l'opérateur , il n'atteint son but qu'à l'aide de laborieux tâtonnements ; aussi n'a-t-il guère eu la confiance des praticiens. On pourrait, avec avantage, lai substituer un cathéter creux, ouvert à ses deux extrémités, ayant une courbure appropriée aux parties, et terminé par une sorte de crochet pointu. Ce cathéter, d'un calibre suffisant pour loger la sonde laryngienne, serait introduit par la cavité buccale jusque dans le pharynx et de façon que la concavité de sa courbure fut dirigée en bas et en avant, et la convexité en arrière et en haut. En ramenant l'instrument d'arrière en avant, le crochet viendrait de lui-même se mettre en rapport avec la pointe de l'épiglotte. Il suffirait alors de relever progressivement le pavillon du cathéter et de l'attirer à soi pour soulever cet organe, et, par cette sorte de mouvement de bascule, mettre en rapport Forifice interne du cathéter avec l'ouverture de la glotte. Ce conducteur, dont nous nous contentons d'indiquer ici le principe, serait exclusivement réservé aux cas dans lesquels l'introduction directe de la canule offrirait des difficultés.

(1) Marc, ouvr. cité.

La canule toujours flexible doit être assez longue pour pénétrer jusqu'au voisinage de la bifurcation des bronches. Trop courte, elle ferait perdre une partie delà force d'impulsion indispensable pour pénétrer le parenchyme de l'organe. Dans une circonstance assez récente, M. Langenbeck put se convaincre qu'une canule trachéale , pénétrant seulement à un pouce, ne suffisait pas pour assurer la respiration artificielle. Une sonde, introduite jusqu'à la bifurcation des bronches, leva toute difficulté (1). Trop longue, elle s'engagerait dans l'une des bronches, ferait courir le risque de causer des accidents et n'entretiendrait la respiration artificielle que dans l'un des poumons.

Le volume de la canule n'est point non plus chose indifférente : d'un diamètre trop petit, elle ne permettrait pas la projection d'une quantité suffisante d'air, et surtout elle faciliterait outre mesure l'établissement du courant rétrosrrade ; trop grosse, elle entrerait à frottement dans le larynx, et placerait l'opérateur dans des conditions dangereuses. L'opinion de la plupart des auteurs est qu'elle doit avoir 6 à 8 millimètres de diamètre. Son extrémité externe peut être terminée par un pavillon comme dans l'insulïlateur ordinaire ou mieux par un pas de vis sur lequel pourra facilement s'ajuster un soufflet qui offre l'avantage de fournir un courant d'air à la fois plus régulier et mieux proportionné aux besoins du moment. Afin de combiner, comme on l'a déjà lait pour l'asphyxie, les deux méthodes de l'aspiration et de finsufflation, on pourrait employer un soufflet à double courant, imité de celui de Gorcy.

MM. Blanchet (2), Plouviez (de Lille) (3) et notre collaborateur, M. Duroy (A), à la suite d'expériences nombreuses sur les animaux, avaient donné la préférence aux insufflations d'oxy-

(1) Deutsche Klinick, J(S59, n'^ à.

(2) Pxcvue scientifique de Quesneville., février, I8/18.

(3) Quelques mots sur Véthérisation en médecine, sur les moyens de remédier aux accidents dont elle est susceptible^ etc.

(/i) Duroy, De Vemploi de l'oxygène contre les accidents du chloroforme, Union médicale, 18G0, p. 221.

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