LUXATIONS ANCIENNES
des du voisinage. Par le fait de cette réaction qui a peu de tendance à donner du pus, le tissu cellulaire infiltré de produits nouveaux s'épaissit, se transforme en une membrane solide, qui se détache de plus en plus des parties voisines, et ne tarde pas à constituer, à l'aide d'adhérences multiples, uue sorte de capsule adventice, d'abord fibreuse, plus tard incrustée de noyaux ossiformes, et quelquefois de jetées osseuses. C'est elle qui maintient solidement l'os dans ses rapports nouveaux. Tantôt cette cavité articulaire de nouvelle formation est indépendante de l'ancienne; d'autres fois elles communiquent entre elles, et maintiennent un chemin plus ou moins largement ouvert à la réduction. D'un autre côté, les surfaces articulaires s'accommodent à leurs nouveaux rapports et leurs nouvelles fonctions. Les portions osseuses qui sont soumises à une pression réciproque s'atrophient, disparaissent par usure; les autres, libres de toute pression, s'hypertrophient, donnent naissance à des stalactites, des végétations irrégulières. Les cavités articulaires abandonnées s'effacent, se rétrécissent, et quelquefois sont comblées de très bonne heure par les débris, revenus sur eux-mêmes, de la membrane synoviale. Enfin les muscles, directement atteints dans leur structure par le travail phlegmasique, condamnés à un repos absolu et prolongé, subissent une transformation qui aboutit à une dégénérescence graisseuse, et par conséquent à la perte absolue de leur pouvoir contractile. Tous ces changements, au point de vue particulier qui nous occupe, peuvent se résumer en un mot : substitution progressive de résistances passives aux forces actives qui constituaient dans le principe le seul obstacle important à la réduction. Ce n'était pas inutile de les exposer ici, afin de mieux apprécier le rôle réservé aux anesthésiques. Il n'est plus le même que tout à l'heure. Du moment que les contractions musculaires cessent d'être la seule ou la principale résistance à surmonter, l'influence de l'agent qui a le pouvoir de les annihiler, cesse d'être prépondérante. Comme ce sont des résistances passives contre lesquelles on
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lutte, c'est le degré même de ces résistances, et en particulier l'état de l'articulation qui marque dans la pratique la limite de l'intervention fructueuse du chloroforme. Néanmoins, appliqué au traitement de ces accidents éloignés, il peut rendre encore des services signalés. Du moment que l'opérateur n'a plus à tenir compte de la douleur, il devient plus entreprenant à Tendroit de ces tentatives tardives, qui lui inspiraient d'autant plus de défiance qu'elles étaient plus douloureuses, plus graves et plus incertaines. Chez un malade rendu insensible, le mode opératoire peut être d'ailleurs modifié avantageusement : au lieu de chercher à rompre les adhérences par des efforts d'extension, ce qui exige un déploiement de forces excessif, et peut amener des accidents, on remplit plus fructueusement le même but, en imprimant au membre luxé des mouvements modérés dans tous les sens, destinés à déchirer successivement les diverses parties du nouvel appareil ligamenteux. La réduction qu'on recherche est ainsi précédée d'une sorte de luxation de l'os déplacé hors de la cavité accidentelle qu'il s'est formé. Une fois mobilisé de la sorte, il cédera bien plus facilement aux efforts de traction ; ceux-ci pourront être plus doux, plus modérés, et partant moins dangereux. Sans doute, l'opération ainsi décomposée sera plus longue, mais ce qui serait une objection sérieuse en dehors de l'anesthésie, à cause des douleurs excessives que provoquent dépareilles manœuvres, devient un détail insignifiant, s'il est possible, de la sorte , d'espérer plus de succès et de diminuer le nombre des accidents. Sur ce point, l'éther et le chloroforme ont incontestablement fait reculer les limites de l'art chirurgical, et permis d'agir dans des conditions où l'on se serait abstenu sans leur concours. D'ailleurs leur influence sur le système musculaire n'est pas sans quelque importance : si la contractilité musculaire a disparu dans le voisinage de la luxation invétérée , presque toujours elle n'est qu'affaiblie dans le reste du membre, et cause encore de sérieux embarras. Aussi résulte-t-il,