‹ Traité d'aquarelleChapitre 1 sur 215 · I.IRRAiïY · texte numérisé non relu

I.IRRAiïY

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Le Traité d’aquarelle que nous présentons aujourd’hui au public est le résumé consciencieux et raisonné de longues années de travail et d’observation.

Nous avons surtout cherché à faire de notre livre un conseiller sérieux pour l’aquarelliste, dont nous désirons sincèrement qu’il devienne le guide et l'ami.

Pendant longtemps nous avons nous-même choisi l’aquarelle comme moyen spécial de traduction de la nature, étudiée dans ses formes multiples et considérée sous ses aspects les plus variés. Nous avons donc dû nous rendre un compte exact des ressources que l’aquarelliste peut trouver dans l’emploi de tous les moyens pratiques jusqu’ici connus et usités ; souvent il nous a fallu suppléer à l'insuffisance de ces moyens, en modifier l’application ; quelquefois même nous avons dû inventer et créer à notre tour. Recueillant aujourd’hui nos souvenirs, nous venons exposer le résultat de nos études et de nos recherches incessantes. Nous serons heureux, si le jeune peintre, après nous avoir lu, voit plus clair dans la route semée d’écueils qu’il

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se prépare à suivre, si nous avons contribué à affermir sa marche et si nous lui avons appris à éviter au moins quelques-uns de ces écueils.

Nous n’ignorons pas qu'il a déjà été publié un grand nombre d'ouvrages sur l’aquarelle; nous connaissons même plusieurs de ces ouvrages qui ont du être d’excellents guides aux époques où ils ont paru ; mais il n’en est pas, du moins à notre connaissance, qui, tout à fait modernes, aient pu, par cela même, faire comprendre et étudier aux jeunes artistes la marche constamment ascensionnelle suivie par l’aquarelle depuis quelques années, les modifications importantes qu’elle a subies et le caractère artistique auquel l’ont élevée de nos jours ses rapides progrès.

Sans remonter aux temps reculés où l’aquarellc n’était représentée (pie par un simple lavis monochrome, et passant rapidement sur ses débuts comme genre il y a tout au plus un siècle, nous la voyons depuis soixante ans à peine se développer subitement et se transformer suivant le caractère, l’esprit et le talent d’artistes en renom qui, l’adoptant tour à tour, la font surgir sous un aspect nouveau en lui imprimant la marque indélébile de leur forte individualité.

Rendons un juste hommage aux Turner, aux Ronington, aux Charlet et à ceux qui ont marché sur leurs traces, à tous ces artistes dont les chefs-d’œuvre restés parmi nous ont puissamment contribué à la véritable éclosion de l’aquarelle moderne, occupant aujourd’hui, comme genre sérieux, une large place dans la grande famille artistique, et s’y soutenant dignement à côté de sa sœur aînée la peinture à l’huile.

Sous le pinceau de ces maîtres, l’aquarelle s’affranchit successivement des mesquines conventions de détail qui en comprimaient l'essor ; elle se présente à nous sous une forme plus

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ample, et nous la voyons arriver peu à peu à nous offrir, par ses glacis, ses empâtements, la facilité des retouches de toute nature, presque toutes les ressources de la peinture, tout en conservant, avec ces moyens d’exécution nouveaux et variés, une fraîcheur de ton, une franchise d’expression qui en feront toujours, entre des mains habiles, l’interprète inimitable de ces fugitives scènes de la nature, douces ou terribles, charmantes ou grandioses, mais dont le souffle des vents ou la folle course des nuages suffit à déranger l’ensemble, et dont la traduction demande surtout une fougueuse rapidité.

Peut-être nous reprochera-t-on de nous être trop longuement étendu sur la partie exclusivement matérielle; mais elle est, selon nous, d’une importance première pour le débutant. Nous devons certainement reconnaître que depuis un certain temps les divers objets employés pour l’aquarelle, papiers, couleurs, pinceaux et autres, formant le bagage inévitable du peintre, ont été remarquablement perfectionnés; mais encore, si parfaits qu’ils soient, faut-il savoir choisir, préparer et surtout utiliser ces instruments passifs de nos succès ou de nos défaites; aussi n’avons-nous pas reculé devant les détails les plus minutieux, dès que nous avons pensé qu’ils pouvaient être d’une utilité réelle pour le jeune artiste, pour l’élève, à qui tous ces compagnons obligés du voyage sont encore inconnus. Nous avons fouillé tous les recoins de notre vieille expérience pour lui indiquer le fort et le faible de chacun d’eux, pour lui faire bien comprendre à quel moment il devra commander en maître à l’un et traiter l’autre en ami dont il attend un service presque intelligent.

La partie technique est aussi jusqu’à un certain point indispensable; car chaque genre a un langage ou au moins des termes qui lui sont propres et dont il faut raisonner et con-

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naître la valeur artistique pour en comprendre ou en faire la juste application. Quelques-uns de ces termes paraîtront d’abord singuliers; mais l’expérience apprendra au jeune peintre que les expressions employées pour caractériser certaines qualités ou certains défauts empruntent à leur singularité môme un accent, une énergie que ne saurait égaler aucun autre terme de notre langue.

Après avoir aidé le débutant à franchir ces premières étapes de la carrière artistique, nous essayons de lui faire comprendre les divers moyens pratiques d’exécution, et, loin de nous borner à ceux que nos appréciations personnelles nous ont fait préférer, nous étudions particulièrement avec le jeune peintre les moyens adoptés par les maîtres qui, à différentes époques, ont illustré le genre dont nous nous occupons. En même temps nous essayons de l’initier, au moins d’une manière élémentaire, aux théories générales de l’art, cherchant avec lui, non seulement le procédé des maîtres, mais encore les lois qui les ont guidés dans la composition et l’achèvement de leurs œuvres magistrales. Toutes les fois que ces maîtres ont laissé de leurs principes des souvenirs écrits, nous avons été heureux d’appuyer nos conseils sur l’autorité de leur nom; car nous considérons comme essentielle cette étude des principes de l’art dès les premiers pas du jeune peintre et simultanément avec ses débuts pratiques. Nous avons la ferme conviction qu’une théorie vraie, quoique simple, peut seule l’amener à une application prompte et facile des moyens pratiques d’exécution, peut seule enfin le diriger d’une manière sûre, sans rien laisser au hasard ni à l'imprévu.

Comme le lecteur pourra s’en convaincre par les nombreux extraits des ouvrages des maîtres anciens et modernes les plus autorisés que nous nous sommes plu à citer au cours de cet

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ouvrage, ces principes, ces théories générales de l’art que nous exposons à tout instant ne sont pas spéciales au paysagiste ou au peintre de figure, à tel genre de peinture ou à tel autre. Ces grandes lois de composition et d’effet, dès longtemps reconnues et établies par les maîtres, régissent d’une manière absolue l’art de la peinture, sous quelque forme qu’il se manifeste, et toute réussite est impossible à celui qui, par ignorance, ne les observe pas, et à celui qui croit pouvoir les négliger de parti pris.

Nous avons consacré un chapitre spécial à l’aquarelle gouachée; nous y avons exposé aussi clairement qu’il nous a été possible les différentes manières de traiter ce genre encore nouveau, et nous y avons exprimé, ainsi que nous le faisons ici, notre conviction que le mélange habile et raisonné de la gouache avec l’aquarelle sera un jour le dernier mot de ce genre de peinture.

Dans l’une des parties de cet ouvrage, dont le titre (coup d’œil sur la nature) pourrait dispenser de toute explication, nous conduisons le jeune peintre devant la nature; nous lui apprenons à la voir en lui faisant connaître comment ses devanciers lisaient dans ce grand livre et comment ils l’interprétaient. Notre dernière partie présente des exemples d’exécution. Ici, une difficulté réelle nous était créée par l’insuffisance des moyens matériels de reproduction de nos types; nous espérons cependant être arrivé à suppléer à l’imperfection des modèles en guidant pas à pas le pinceau de l’élève à l’aide d’explications qui doivent le mettre à même de comprendre et de suivre la marche indiquée dans notre livre.

Si incomplet et si imparfait que soit notre ouvrage, nous osons penser qu’il sera comme un jalon nouveau sur une route que d’autres continueront à tracer et agrandiront sans doute.

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Pour nous, nous avons fait de notre mieux; ce livre nous a été dicté par le désir sincère de rendre service à tous ceux qui veulent réellement apprendre.

L’aquarelle est aujourd’hui cultivée dans le monde entier. Cependant, pour le plus grand nombre, ses théories d’application sont encore vagues et incertaines, et beaucoup y rencontrent ou craignent d’y rencontrer de nombreuses difficultés. Nous serions heureux de pouvoir penser que notre ouvrage contribuera à aplanir pour les uns quelques-unes de ces difficultés, et qu’il augmentera pour les autres le charme qu’ils pouvaient déjà trouver à cette utile et charmante étude.

Si nous considérons maintenant l’aquarelle au point de vue des études classiques, n’est-elle pas le genre initiateur par excellence et le seul possible dans tous nos établissements d'instruction, où la partie artistique ne saurait être complètement omise et où cependant, si intelligemment dirigés que soient ces établissements, il n'est possible de donner aux arts que bien peu d’instants, ce qui exclut absolument l’étude de tout autre genre de peinture?

Enfin, par la simplicité de ses moyens pratiques d’exécution, l’aquarelle s’adresse à tous : jeunes artistes, elle vous permet de fixer rapidement le rayon de soleil ou l’effet qui vous frappe et qui plus tard vous donnera le motif d’un chef-d’œuvre; touristes amateurs, elle peut, en remplissant vos albums, vous conserver de précieux souvenirs de voyage; géologues, botanistes, savants de tous les ordres, elle vous offre son aide intelligente pour protéger vos études contre l’oubli mieux (pie ne le feraient parfois des volumes d’explications; artistes industriels, qui tenez une place si importante dans notre société moderne, vous avez en elle un précieux auxiliaire.

Pour tous, l’aquarelle peut unir aux qualités simples et

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sévères de l’art utile le charme d’un ensemble sincèrement artistique. C’est donc à tous que nous présentons notre Traité <T aquarelle .

Terminons par l’indication de la vraie, de la seule route à suivre : Bonne direction, bons principes et beaucoup de travail .

PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION

Il y a dans la peinture un métier qui s’apprend et par conséquent peut et doit être enseigné, une méthode élémentaire qui également peut et doit être transmise... Ce métier et cette méthode sont aussi nécessaires en peinture que l’art de bien dire et de bien écrire pour ceux qui se servent de la parole ou de la plume. (Eugène Fromentin.)

La bienveillance avec laquelle a été accueillie la première édition de notre Traité d'aquarelle nous a encouragé à en faire paraître une deuxième avec de nombreuses additions, destinées à compléter notre œuvre et à la rendre de plus en plus digne de servir de guide sérieux à tous ceux qui se préparent à cultiver l’art de la peinture à l’eau. C’est ainsi que, non content de donner une plus grande extension aux sujets déjà traites, nous avons élargi le cadre de notre ouvrage par l’étude des fleurs et des fruits et celle de la figure.

Dans l’analyse des moyens matériels mis à la disposition de l’aquarelliste pour lui faciliter une interprétation intéressante et vraie de la nature, nous avons signalé et décrit plusieurs

PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION

objets nouveaux destinés, non seulement à l’aider considérablement pour le tracé correct des motifs choisis, mais surtout à le guider dans le choix même de ces motifs. Nous n’avons même pas craint que l'on pût considérer comme puérile la question du bagage, de l'artiste; nous avons indiqué, par exemple, avec tous les détails concernant les modifications et les améliorations qu’une longue expérience nous a mis à même de reconnaître utiles, la forme et l’emploi de la canne-chevalet, qui, légère et solide, permet à l’artiste de se poser partout pour travailler sans gêne ni fatigue, et de la boîte préservatrice, destinée à mettre son œuvre à l’abri des accidents et des mauvais temps imprévus.

L’aquarelle étant aujourd’hui, par ses résultats en même temps que par son exécution, entrée dans une phase nouvelle, nous avons dû traiter plus longuement la question des papiers et celle de l'emploi des couleurs ; à propos de l’exécution proprement dite, signaler, entre autres moyens, la manière d’estomper l’aquarelle et insister sur les facilités que peut offrir l’emploi de ce procédé pour le rendu des effets vaporeux de brouillards et de lointains ; faire connaître l’emploi de telle préparation nouvelle, mais déjà reconnue excellente par sa propriété de donner de la force aux couleurs.

Un grand nombre de dessins, presque tous faits exprès d’après nature, ont été ajoutés à notre ouvrage pour servir d’applications tangibles aux théories qui sont la base,l’A b c de la langue picturale, et qui doivent être étudiées et comprises dès le début.

Nous avons traité avec plus de développements que précédemment la sépia considérée comme initiation à l’aquarelle et augmenté le nombre des types caractérisant les diverses manières de l'exécuter.

PREFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION

Pour ce qui est de P aquarelle proprement dite, les procédés nouveaux de reproduction nous ont heureusement permis d’offrir des motifs pouvant répondre de tous points à l’exposé des principes théoriques d’exécution.

Ce qui rend surtout nouvelle cette deuxième édition de notre Traité d'aquarelle, autrefois exclusivement consacré au paysage, c’est l’étude des fleurs et des fruits et celle de la figure.

Nous prenons l’aquarelle de fleurs à son début, nous suivons ses progrès et ses transformations, en rappelant successivement les procédés d’interprétation à différentes époques, et nous arrivons à l’aquarelle de fleurs telle qu’on la fait de nos jours, celle à laquelle les peintres modernes, prenant pour hase la science de la composition et la sincérité du dessin, peuvent donner pour devise effet et vérité.

Pour la figure, après diverses remarques sur la structure et les proportions des différentes parties du corps humain, nous présentons comme types d’étude et d’observation un certain nombre de dessins et d’aquarelles d’après les maîtres modernes les plus aimés du public. Quelques-unes de ces œuvres sont de simples esquisses donnant l’idée de l’art de grouper et de composer; plusieurs, dans un antre ordre d'idées, rendent la nature dans sa simplicité pittoresque. Les unes et les autres ont pour but de démontrer et d’affirmer directement par le crayon des maîtres la nécessité d’arriver à la perfection du dessin avant de commencer l’aquarelle.

Nos types d’aquarelle sont de deux ordres différents: les uns sont terminés, les autres ne présentent que des préparations pour indiquer la marche à suivre dans l’exécution.

Nous avons donné tous nos types aussi grands que le permettait le format du volume, afin que ceux de nos lecteurs qui

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voudraient les copier, ce à quoi nous les engageons, pussent y trouver matière à une étude sérieuse et profitable.

Notre livre à été fait surtout pour l’élève qui, abandonné à lui-même, a essentiellement besoin d’avoir, au début, les renseignements techniques et théoriques les plus élémentaires, mais s’élevant graduellement jusqu’à l’amener au sentiment raisonné et à une exécution réellement artistique de l’aquarelle.

Nous serions heureux de pouvoir espérer que, dans cette nouvelle édition, si largement augmentée, si strictement revue, le maître lui-même trouvera, parmi les jalons plantés çà et là sur le terrain de l’enseignement méthodique et pratique, quelque point de repère qui ne lui sera pas complètement inutile. C’est la meilleure récompense que notre travail puisse nous procurer.

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