LA VARIÉTÉ
(Voir fîg. 12li et 12D.)
La variété en tout est dans l’art un des points essentiels. Rien ne se ressemble dans la nature; les objets, la couleur, la forme, les valeurs, tout enfin y est varié; aussi est-ce devant la nature seulement que le peintre obtient cette grande variété qui rend son œuvre forte et vraie.
Le peintre enfermé dans son atelier, quoique entouré de bonnes études, reste toujours, dans la composition et l’exécution du tableau, au-dessous de l'œuvre faite en face de la nature. Faite chez lui, son œuvre gagne en habileté, en tenue dans l’ensemble; mais la coloration vraie s’affadit, les audaces disparaissent, sous prétexte d’har-
PRINCIPES GENERAUX
monie; adieu la variété, qui est l’accent de la vie et de la force, qui seule rend vivante la nature prise sur le fait !
Pour le peintre sincère, la nature considérée dans son ensemble présente, au point de vue de la forme, de l’exécution et de la coloration, une variété qu'il faut bien observer et chercher constamment.
L’EXÉCUTION
L'exécution s’entend à la fois du moyen matériel employé pour traduire la nature et de la manière dont le peintre use, selon son tempérament, des divers matériaux mis à sa disposition. Pour l’aquarelle, dont nous nous occupons ici, ces matériaux sont, ainsi que nous l’avons déjà dit, le papier, la couleur à Veau, le pinceau de martre et la brosse.
L' exécution a sans doute une grande importance, mais il ne faut pas quelle tue l’œuvre ; or, ce qui jette le plus de défaveur sur l’aquarelle, c’est précisément le triste sacrifice qui, dans ce genre plus que dans tout autre, est fait au procédé. L’aquarelliste qui se laisse dominer par les moyens d’exécution, qui en devient l'esclave, qui tombe dans le léché, si apprécié des ignorants, est perdu pour l’art; c’est dès ce moment un fabricant d’images, à qui la nature ne suffit plus et qui croit en imposer par le brio et une certaine habileté dans la manœuvre du pinceau. Loin de s’arrêter devant ces œuvres bâtardes qui souvent et malheureusement ont du succès, il faut s’en éloigner; car ce sont des œuvres malsaines, dont la vue ne peut que gâter le goût et fausser la sincérité de l’appréciation artistique. Lors donc que l’on fait une aquarelle, il faut penser ci la nature et oublier le moyen matériel. Que l’exécution du peintre se voie le moins possible. Soyez habile, mais ne vous préoccupez pas de montrer votre habileté; n’ayez qu’4.111 but : la vérité et la sincérité de la représentation.
« La touche, disait Ingres, ést l’abus de l’exécution; elle n’est que la qualité des faux talents et des faux artistes, qui s’éloignent de l’imitation delà nature pour montrer simplement leur adresse.
PRINCIPES ELEMENTAIRES DE L’ART
Au lieu de l’objet représenté, elle fait voir le procédé; au lieu de la pensée, elle dénonce la main. »
L’ exécution ne doit jamais paraître pénible, quelques difficultés que l’on ait eu à vaincre et, quand même une partie de l’œuvre aurait été lavée et recommencée dix fois, on doit toujours y voir la franchise et la facilité; si au contraire on devine un travail fatigué, pénible, c’est que l’œuvre est mauvaise. La meilleure correction qu’on puisse y faire, c’est de la déchirer et de la recommencer.
En résumé, usez de tous les moyens matériels possibles, non pour produire simplement une œuvre jolie et coquette, mais pour produire une œuvre forte et sincère.