‹ Traité d'aquarelleChapitre 120 sur 215 · LETTRE DE CHARLET SUR L’AQUARELLE · texte numérisé non relu

LETTRE DE CHARLET SUR L’AQUARELLE

chers, qui attestaient le goût de l’amateur et lui donnaient position dans le monde, comme connaisseur et protecteur éclairé des arts.

« Bonington, Anglais d’origine, mais ayant étudié en France, porta dans son temps l’aquarelle à son plus haut degré d’habileté. J’ai vu de lui une aquarelle de neuf pouces sur six qui avait été vendue trois mille six cents francs. C’était un effet de soleil, un dessin entièrement clair ; un seul groupe d’arbres formait la masse brune opposée à la lumière, et cette lumière, la traversant en quelques parties, venait scintiller sur l’eau : c'était un vrai Claude Lorrain.

« Plusieurs artistes après Bonington, MM. Decamps, T. Johannot, II. Vernet, Bellangé, P. Delaroche, etc., etc., ont fait des aquarelles très recherchées lors de la fureur des albums.

« Moi-même j'en ai fait quelquefois d’assez heureuses ; j’en ai vendu jusqu’à quinze et dix-huit cents francs, bon nombre à mille et à cinq cents francs. J’aurai à en rendre compte au jugement dernier : quel vol! Enfin, je n'avais pas l’intention; j’espère donc de la circonstance atténuante. »

Charlet a été un maître en aquarelle, et quiconque a vu ses œuvres charmantes où déborde l'esprit et dans lesquelles le métier est maîtrisé par la science avec tant de force et d’habileté sera heureux de retrouver tracée par la main du maître une donnée sur un genre qu'il connaissait à fond et qui lui était si familier.

Toutefois, quand Charlet, parlant du noir, dit qu’il est la mort de toutes choses, que le lecteur n’aille pas s’y tromper, le maître veut parler du noir employé comme noir, et non de cette couleur employée dans l’infinité de ses mélanges et do ses dégradations.

Plus loin, il conseille de glacer avec une eau légèrement gommée; c’est un moyen dont il parle en maître et qu’il employait de même; mais que le débutant se tienne bien en garde contre l’abus de ce moyen, qui le conduirait vite au brillant vulgaire de la toile cirée.

Que l’élève médite encore la fin de cette lettre, où le maître avoue avec une si naïve bonhomie n’avoir pas toujours réussi; la conclusion à en tirer, c’est que l'homme réellement fort est toujours, en raison de sa science même, forcément modeste.

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