LE TABLEAU
Ce qui constitue l’entente du tableau, c’est une note dominante comme force; c’est aussi une note dominante comme lumière, soit dans le ciel ou ailleurs, et une vibration de couleur ou exaltation colorante à un endroit voulu du tableau. Ces trois notes bien à leur place constituent en quelque sorte l’animation, la vie de l’ensemble.
Lorsque l'œil regarde la nature, les rayons visuels décrivent un cercle (fig. 78) et vont se concentrer vers le point principal, c’est-àdire vers le point qui correspond au centre de l’œil; c’est en raison de ce cercle décrit par les rayons émanant de l'œil que le travail aux quatre angles du tableau est négligé, l’œil ne voyant qu’indirectement ces quatre angles.
« Un tableau, dit M. J.-D. Re gnier dans son livre De la lumière et de la couleur, n’est pas ce qu’on peut voir sans changer de place,
COUP D'OEIL SUR LA NATURE
mais tout ce qu’on peut voir avec netteté sans que la vue change de direction et d’un seul coup d'œil ; car, chaque fois que l'œil change de direction, il voit une autre scène, d'autres objets ou d’autres actions; chaque regard différent constitue pour l’œil un tableau différent; autrement dit, chaque jet de vue sur une scène quelconque constitue un tableau. »
La figure 79, eau-forte de l’une de nos aquarelles, peut être prise comme type du tableau. La plus grande lumière est dans le ciel; la plus grande coloration, comme force, se trouve vers la droite, sur l’arbre le plus important, et l’exaltation du coloris, sur le terrain du premier plan.
Tous les noirs, tous les bruns, toutes les lumières, en un mot, le coloris général du tableau doit être subordonné aux notes les plus élevées: c’est ce qui fait l’unité du tableau.
Jamais deux clairs semblables, jamais deux noirs ou deux tons de même force ne doivent exister dans le tableau, et cette variété doit s’étendre à la forme et à la dimension des objets. C’est dans cette variété bien entendue, conforme à la nature, où il n’y a ni formes, ni couleurs, ni valeurs semblables, que consiste l’harmonie.
Le véritable tableau n’existe réellement que s'il a été fait d’après les grandes lois de la composition, auxquelles il n’est permis de déroger en aucune manière. Une œuvre où ces lois ne seront pas strictement observées sera toujours une œuvre incomplète, quel que soit le mérite du peintre qui l’aura produite.