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LE HÊTRE

Le hêtre, par sa majesté, rivalise avec le chêne et semble lui disputer la royauté de nos forêts. Pour le pittoresque, il est vrai, la première place appartient au chêne ; celui-ci estplusûprc, plus tourmenté, plus rarjeur, disent les peintres ; mais le hêtre a plus de noblesse; son port général est plus majestueux , scs formes sont plus sévères.

Il faut être un dessinateur habile pour bien peindre unhèlre, sans quoi son grand caractère disparaît et son côté pittoresque no peut suffire à contre -balancer la négligence de ses formes.

Les principales

Fig. i 12.

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branches du hêtre, peu variées dans leur forme, s’élèvent hardiment vers le ciel; fortement attachées au corps de l’arbre, elles semblent menacer les nuages (fig'. 'H4).

L 'écorce du hêtre est fine, distinguée de couleur et d’un caractère essentiellement di lièrent de celui de l’écorce du chêne et du châtaignier Comme direction, elle s’étend horizontalement (fig. 1 II) et enveloppe le corps de l’arbre et les branches ; çà et là elle se couvre de taches noirâtres qui forment comme des grains de beauté sur les membres du géant des forêts.

L a pied du hêtre est fortement attaché au sol, dans les hautes futaies surtout. De ce pied gi- Fi„ 113 gantesque, qui sem-

ble être celui d’un

monstre antédiluvien (fig. 112), partent d’énormes racines qui

Fig. 114.

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courent, s’étendent et saisissent le sol comme les ongles d’une immense grille. Dans les courses rapides an milieu des forêts peuplées par ces géants du règne végétal, l’œil, fasciné par les mille objets qui l’entourent, croit, en regardant ces racines aux formes bizarres, voir s’agiter sous les feuilles mortes des milliers de serpents, et il n’est pas rare, à la fin du jour, d’apercevoir le promeneur inexpérimenté sauter à droite et à gauche pour éviter ces êtres étranges qui semblent ramper sur le sol.

Le feuille du hêtre (fig. 113) s’étend en masses sévères et élégantes. Surlabase de l’arbre, autour des grosses branches, s’attachent d’autres petites branches fines et capricieuses au possible, prenant des formes tout à fait singulières et soutenant avec une grâce inimaginable des groupes de feuillage dont la forme est impossible à décrire. Aucun arbre ne présente dans ses détails et dans l’allure de son ensemble une plusmerveilleuse réunion de beautés pittoresques. Le peintre qui le voit se développer au milieu de nos forêts avec ses grandioses proportions est d’abord effrayé; mais si, préparant hardiment sa palette et ses pinceaux, il se met sérieusement en devoir de le reproduire, les obtacles qui lui semblaient insurmontables cèdent peu à peu au charme qui le captive; il oublie tous les autres arbres ; pour lui, rien n’est majestueux, rien n’est beau que le hêtre; plus il le contemple, plus il l’aime, et ce n’est qu’à regret qu’il le quittera.

Le feuillage du hêtre est ondoyant et noble; au printemps, lorsque le soleil le frappe, c’est le vert éclatant de l’émeraude; au commencement de l’automne, c’est la chaude coloration de l’or jaune; un peu plus tard, c’est le rouge métallique des charbons ardents. Aussi, reproduit avec sincérité à ces différentes époques, le hêtre semble-t-il, pour ceux qui ne connaissent pas les forêts, un brillant caprice de l’imagination.

Pour traduire le feuillage du hêtre, il est bon, selon nous, d’employer simultanément la brosse et le pinceau.

Des dessous de bois où les hêtres se trouvent groupés exclusivement entre eux peuvent présenter des tableaux d’un grand caractère et du plus intéressant aspect (fig. 115).

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