‹ Traité d'aquarelleChapitre 194 sur 215 · TULIPES · texte numérisé non relu

TULIPES

Aquarelle (fig. 155.)

Ces tulipes (fig. 155), d’une coloration variée et généralement vigoureuse, doivent, si l’on veut éviter les duretés, être exécutées par le ton local, c’est-à-dire dans la teinte mouillée. Faire d’abord l’intérieur de chaque fleur, en mouillant légèrement l’extrémité des pétales qui en forment le dessus. Cette partie sèche et bien modelée, passer aux pétales du dessus. Ce moyen de procéder s’adresse au débutant; un aquarelliste exercé ferait la fleur du même coup, parce qu’il serait maître de son exécution. Les vigueurs répétées qui caractérisent les tulipes seraient dures, si elles n’étaient pas faites dans l’eau. 11 ne faut jamais oublier qu’il y a un certain degré d’humidité à observer : si la teinte est trop mouillée, on n’est pas maître de son modelé, qui peut s’élargir en s’amollissant, ce à (juoi l’on ne remédiera qu’en ajoutant un peu de blanc à la couleur; si la teinte n’est pas assez mouillée, le modelé moelleux est impossible; pourtant on peut revenir en plaçant de l’eau ensuite sur la fleur non terminée et modeler de nouveau.

Les tulipes étant complètement faites, passer au feuillage en procédant comme pour les fleurs.

Fig. 156.

fl

LES FRUITS

Par leur relief fortement accusé , par leurs intensités de colorations, qui dépassent souvent celles des fleurs les plus brillantes, les fruits se prêtent merveilleusement à l’étude de ce que nous avons déjà appelé le modelé dans l’eau, travail ferme et rapide, qui permet de terminer une étude du premier coup.

La lleur n’est en réalité formée que de surfaces d iversement superposées ou juxtaposées et qui ne prennent l’apparence du relief que par la multiplicité, le rapprochement et les enroulements de ces surfaces, feuillages ou corolles, qui arrivent ainsi à présenter une

LES FLEURS ET LES FRUITS

consistance et l'aspect illusoire d’un corps ayant son relief propre.

C’est donc pour le peintre une double difficulté de produire l’illusion de ce relief en laissant comprendre chaque détail suivant sa quasi-diaphanéité.

Fig. 137.

Le fruit, pris même isolément, est franchement un solide, et le pinceau n’a point à hésiter pour exprimer cette manière d être; en outre, le fruit étant toujours sphérique ou subsphérique, chaque coup de pinceau peut facilement se relier avec le précédent, s v fondre en arrondissant légèrement la touche.

LES FRUITS

Quand nous disons modelé dans l’eau, c'est évidemment plus moites que liquides que doivent être les tons successivement employés; tout est là : trop d’eau fait couler les tons les uns dans les autres, pas assez d’eau les empêche de se lier et laisse se foi’mer des zones qui perdent le travail.

Il est facile de composer, à l’aide de fruits bien choisis, de formes et de couleurs savamment variées, des groupes, même très simples, du plus séduisant aspect, et des tableaux complets de haute valeur ornementale et artistique, ainsi que nous en pouvons être témoins chaque jour dans les expositions.

Pour le travail dont nous venons de parler, on est obligé d’employer la couleur semi-épaisse, assez peu pour qu’elle reste très transparente, assez cependant pour que le ton prenne sa valeur du premier coup. On dit .aussi modeler dans la goutte, pour indiquer ce même travail.

L’aquarelle de fruits modelée dans l’eau permet une traduction plus large et plus sincère de l’aspect savoureux de nos fruits les plus exquis qu’on ne l’obtiendrait par un travail repris sur préparation. Nous connaissons telles aquarelles où la pêche, le raisin, la prune à la pulpe onctueuse sont reproduits avec assez de vigueur et de vérité pour donner à l’amateur la tentation d’y goûter.

Quel complément au tableau, si l’on peut ajouter aux fruits quelques feuillages aux gaufrures à reflets bleutés ou mordorés, qui feront venir en avant les premiers plans, ou quelque branche légère qui en adoucira la silhouette par quelque angle délicatement brisé !

Si le débutant ne doit pas dès l’abord chercher, comme dans tout autre genre, un ensemble trop complet, qu’il s’en console; car il pourra composera peu de frais, c’est-à-dire avec peu de chose, un ou deux fruits au plus et parfois une feuille comme accessoire ornemental, un motif ayant l’aspect intéressant d'un véritable petit tableau.

Mentionnons encore l’avantage que présentent les fruits de se conserver mieux que les fleurs dans leur couleur et leur forme, ce qui permet, si une première séance a dû être forcément inter-

LES FLEURS ET LES FRUITS

rompue, de quitter le motif sans trop de regret, puisque le lendemain le modèle se représentera tel qu’au début.

On ne devra pas cependant abuser de cette facilité que donne le fruit; car lui aussi perd son velouté, sa fraîcheur, et l’élude s’en ressentirait inévitablement.

Nous ne pouvons entrer ici dans de plus longs développements sur l’étude particulière des fruits; contentons-nous donc de présenter un groupe fort simple de deux grappes de chasselas et de raisin noir, toutes deux très clairsemées de grains, pour qu'elles soient plus faciles à reproduire, et d’indiquer le mode d’exécution qui convient le mieux à ce fruit, de forme et d’accent tout à fait spécifiques.

LES FRUITS

Page 1