‹ Traité d'aquarelleChapitre 62 sur 215 · j PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES DE L'ART · texte numérisé non relu

j PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES DE L'ART

réellement pour but la représentation de la nature, avec toutes ses intensités de tons: ce fut une véritable rénovation de l'art de l’aquarelle.

Tue pléiade d’artistes, français et anglais, furent l’âme de ce -euro qui, sous leur pinceau, sembla prendre une vie nouvelle en revêtant un habit nouveau, où la gamme entière du prisme s’étalait en toute liberté. Le charme était rompu; la mesquine aquarelle à l’encre de Chine avait fait son temps. Parmi ceux qui occupèrent à ce moment la première place citons Robert, Pérignon, Fragonard et Leprince.

Depuis cette époque, l’aquarelle a encore progressé, et son cercle s'est élargi.

L’école anglaise, guidée par Turner et Constable, a surtout cherché les effets de clair-obscur, en s’inspirant des œuvres de Rembrandt: à ces effets magiques est venu s'ajouter le charme d’une brillante coloration; en un mot, les Anglais ont àce momentconduit l’aquarelle à un point qu’il parut longtemps impossible de surpasser.

Cependant, quelques années plus tard, un de leurs artistes les plus distingués, Harding, frappé de la faiblesse relative des moyens d’exécution de l’aquarelle, inventa un papier avec lequel, au moyen de la gouache, il se proposa de rivaliser avec l’huile; nous ne croyons pas que, malgré sa science et son habileté, il y ait réussi ; mais il lit certainement faire un grand pas à l’aquarelle en la dotant d'un puissant moyen de plus. Comme toutes les choses nouvelles, ce moyen fut contesté, blâmé, ce qui n’empêche pas qu’avec lui l’aquarelle est entrée dans sa troisième phase et que, lorsqu’il sera bien compris, il sera supérieur à tout ce qui a été fait jusqu’à présent.

Chose étrange et qui prouve combien les extrêmes se touchent, pendant que, nourri à la grande école de l’ensejnble et de la couleur, Harding s’elforçait de communiquer à son école le sentiment du genre large et simple, il surgissait une autre école avec une allure tout opposée, nous voulons parler de l'école qui prit le titre de prerap/taéliste et qui, avec un courage vraiment remarquable, étudia,disséqua la nature dans ses moindres détails, et fit consister tout

le mérite du peintre dans l’analyse du brin d’herbe, de la pâquerette, etc. Les préraphaélistes, nous devons leur rendre cette justice, ont fait de fort belles choses et ils ont le grand mérite d’avoir l’amour de la nature, qu’ils savent aborder en face, mais sans en rechercher les grands effets. Depuis quelque temps, cette école semble faiblir et il est bien possible que, dans peu d’années, le genre dont elle est l’expression soit remplacé par un genre nouveau.

Le petit nombre d’aquarelles allemandes que nous avons pu voir et apprécier nous ont paru avoir été inspirées par l’art français.

La Belgique possède un assez grand nombre d’aquarellistes de beaucoup de mérite; mais nous ne voyons à signaler chez eux rien de nouveau, au point de vue du progrès de l’art.

La Suisse a eu Calame, qui a obtenu dans l’aquarelle un succès légitime; mais ce genre fut pour lui un accessoire et il ne lui est redevable d’aucune innovation.

L'Italie a pris depuis quelques années un rang distingué dans l’art de l’aquarelle, et il y est actuellement représenté par quelques peintres de grande valeur, dont les œuvres tout ensoleillées sont aussi remarquables par la composition que par l’effet et le charme de la couleur. Cette école semble s’être formée sous l’inlluence du célèbre peintre et aquarelliste espagnol Fortuny.

En ce moment, l’aquarelle suit une marche ascendante ; tous les peintres de talent s’en occupent avec succès; elle ne peut donc manquer d’agrandir son cercle et de conquérir un jour la place qu’elle est digne d’occuper, en rivalisant, par des qualités opposées, avec la peinture à l’huile. En effet, si celle-ci lui demeure supérieure comme puissance de rendu, l’aquarelle doit prendre la première place dans la traduction des effets lumineux.

7i PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES DE L’ART.

L'art est un diamant à mille facettes, dont chacune lance son étincelle. Quelle est la plus brillante? Nous ne saurions vraiment le dire et nous nous contenterons de donner sur ce sujet quelques conseils au débutant qui, lorsqu’il aura beaucoup observé par luimème, pourra modifier son jugement selon son tempérament et la science qu’il aura acquise.

Est-ce au printemps, en été, à l’automne, que la nature revêt son plus brillant aspect? Elle est belle en tout temps, même en hiver; à n'importe quelle époque, elle peut servir de thème à un chef-d’œuvre.

Il n’est pas digne d'un peintre de nos jours d'affirmer que telle ou telle* saison de l’année offre une nature plus belle; pour le peintre qui a réellement de l’individualité, toutes les saisons sont belles; il suffit de choisir le moment où la nature sourit au coloriste, où l'effet harmonise le tableau et le présente complet à l’œil du peintre. Il faut donc apprendre à voir la nature et à trouver le tableau; tout est là.

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