LA PERSPECTIVE
« Ceux qui jugent et dirigent leurs œuvres d’après des règles sûres, dit Pascal, sont à l’égard des autres comme ceux qui ont une montre à l’égard de ceux qui n’en ont point, quand il s'agit de savoir l’heure qu’il est. »
Diderot, traitant de la théorie de l’art, dit aussi : « Le premier pas vers l’intelligence du clair-obscur, c’est une étude des règles de la perspective. » Et, plus loin : « Peintres, donnez quelques instants à l’étude de la perspective; vous en serez bien récompensés par la facilité et la sûreté que vous en retrouverez dans la pratique de votre art. »
Rien avant eux, Léonard de Vinci avait écrit : « Ceux qui s'abandonnent à une pratique prompte et légère avant que d’avoir appris la théorie ou l’art de finir leurs figures ressemblent à des matelots qui se mettent en mer sur un vaisseau qui n’a ni gouvernail ni boussole; ils ne savent quelle roule ils doivent tenir. La pratique doit toujours être fondée sur une bonne théorie, dont la perspective est le guide et la porte ; car sans elle on ne saurait réussir en aucune chose dans la peinture, ni dans les autres arts qui dépendent du dessin. »
Tous les maîtres anciens ont toujours, comme Léonard de Vinci, recommandé à leurs élèves l'étude de la perspective, non pas de cette perspective savante (pii raisonne beaucoup trop d’innombrables lignes à l’aide d’une règle et d’un compas, mais au moins de la perspective élémentaire, de la perspective du carré, (pii est la pierre fondamentale, la base de toute espèce de tracé. Nous lisons à co sujet dans l’ouvrage de Raphaël Mengs, ouvrage dont nous nous plaisons à citer souvent le texte, car tout y est bon : « Ce qui est indispensable au peintre comme perspective, c’est de connaître le plan, le carré dans tous scs aspects, le triangle, le cercle, l’ovale; mais, ce qu’il doit surtout bien connaître, c'est la différence du point de vue et la variété que produit le point de distance de près ou de loin. »
PRINCIPES GÉNÉRAUX
Mengs a raison, et il y a vraiment lieu d’être étonné qu’à notre époque on ose encore dessiner, et surtout peindre, avant de connaître la perspective, qui explique et enseigne tant de choses. Est-il permis à un peintre d’ignorer la dégradation générale des lignes, le changement, non de forme, mais d’aspect et de proportions des objets selon leur situation et leur distance? Peut-il ne pas savoir, en arrivant devant la nature, comment et à quelle distance il doit se placer pour bien prendre ce qu’on nomme Y étude ou le tableau '?