LE DESSIN
(Voir fig. 1 03 et 1G3.)
Après l’étude de la perspective, ce qui importe le plus au peintre d’aquarelle, c’est de savoir dessiner parfaitement ; car pour lui, beaucoup plus même que pour le peintre à l'huile, le dessin serré et étudié est indispensable. Il faut qu’il sache se placer devant la nature, c’est-à-dire trouver l’endroit favorable pour prendre un site dans un ensemble simple et élégant ; car l’aquarelle est surtout le genre gracieux. // doit connaître et comprendre le clair-obscur, c’est-à-dire les principes de l’effet. Enfin, il faut que son dessin soit simple, ferme et nerveux.
Ingres a dit quelque part : « Le dessin est la probité de l’art. » En effet, celui qui veut être honnête ne doit pas, devant la nature, viser seulement à la coloration, mais encore à la forme, qui est plus que la couleur.
Ingres définit ainsi le dessin : « Dessiner ne veut pas dire simplement reproduire des contours; le dessin ne consiste pas seulement dans le trait. Le dessin, c’est encore l’expression, la forme intérieure, le plan, le modelé... Le dessin comprend les trois quarts et demi de ce qui constitue la peinture.» Impossible de dire plus en moins de mots; nous voudrions que cette merveilleuse explication fût gravée en gros caractères dans toutes les écoles de dessin; car elle est irréfutable et d’un grand enseignement.
Liions encore du même maître ce précepte, que nous engageons les aquarellistes à retenir et à méditer : « Dessinez longtemps avant de songer à peindre. Quand on construit sur un solide fondement, on dort tranquille. »
PRINCIPES GÉNÉRAUX
Le célèbre peintre-auteur Dufresnoy, dans son Art de la peinture, a dit aussi : « Ne donnez jamais aucun coup de pinceau qu’auparavant vous n’ayez bien examiné votre dessin, arrêté vos contours, et que vous n’ayez présent dans l’esprit l’effet de votre ouvrage. »
Le grand malheur de notre temps, c’est de vouloir exécuter vite; de là la tendance de beaucoup de jeunes peintres à négliger le dessin, à s’en affranchir presque complètement, le considérant comme une entrave, alors qu’il doit rester pour eux ce qu’il est réellement, leur plus solide appui.
LA COULEUR
Le coloriste est celui qui obtient les plus qrandes variétés de tons et de valeurs; sa science repose surtout sur l’appréciation relative et l’application des tons, qui forment des gammes analogues à celles de la musique ; ainsi, de même que le musicien a l’échelle des sons, le peintre a l’échelle des tons; de même que le ténor, le baryton ou la basse, le peintre prend une note plus ou moins élevée devant la nature, selon son individualité et son tempérament.
Le coloriste aux notes élevées est celui qui, bravement, sans hésitation, cherche la gamme brillante de la nature sans l’atténuer et en modifie seulement les notes selon leur distance.
« Si vous ne pouvez trouver le ton juste », disait Ingres, « et tout à fait vrai, tombez plutôt dans le gris que dans Tardent. »
« Nous sommes trop faibles », a dit Corot, « pour aborder le ton de la nature ; aussi, lorsque nous sommes devant elle, pour ne point nous compromettre, transposons; que le ton soit trois fois plus faible que celui qu’elle présente : de cette manière, nous serons harmonieux. »
L’aquarelliste qui adopte les notes grises et procède par des tons légers, mais qui a toujours pour but l’harmonie des valeurs, peut être aussi bien coloriste que celui qui voit la nature en jaune ou en rouge et qui adopte les notes brunes, dorées, lumineuses et
PRINCIPES ELEMENTAIRES DE L’ART
chaudes. Ainsi, Ruysdael et Ilobbcma, qui ont une coloration grise, sont aussi bien des coloristes que Cuyp, dont la coloration est chaude, douce, harmonieuse.
En résumé, le meilleur conseil que nous puissions donner à l’aquarelliste, c’est de suivre son inspiration et son émotion devant la nature, selon son individualité, en se rappelant seulement les théories générales de l’art, qui le guideront et arrêteront au besoin ses écarts; mais que, devant ce modèle toujours admirable, il soit surtout sincère.
« Il faut copier la nature et apprendre à bien la voir », a dit Ingres; nous ajouterons que, quand on est fort, il faut l’interpréter do manière à produire une œuvre originale et personnelle.