I LE PROTOTYPE PHÉNICIEN DE LA VENUS DE MÉDICIS
L'introduction du présent ouvrage était depuis longtemps imprimée, lorsque parut la XV"« série de V Histoire de VArt dans Vantiguité, Tome III, Phénicie-Cypre, par G. Perrot et Gh. Chipiez. Si cette œuvre avait été publiée plus tôt, j'aurais moins insisté sur Toriginalité de la composition des statues grecques d'Aphrodite (Vénus), que je ne Tal fait dans mon introduction. Les comparaisons nombreuses que l'on établissait depuis quelques années entre certaines statues phéniciennes et quelques-uns des types grecs les plus renommés m'avaient, en effet, donné lieu de craindre que l'on exagérât cette influence de l'Orient sur Tai't grec. Mais M. G. Perrot, dans le chapitre où il a traité du prétendu prototype phénicien de la Vénus de Mêdicis, a précisément évité, avec beaucoup de soin, ces rapprochements qu'une critique moins minutieuse tendait à accepter trop facilement.
Je dois cependant faire remarquer, à propos de l'étude si lucide de M. Perrot, que la Vénus de Praxitèle ne peut pas être — comme on l'a fait — comparée ni de prés ni de loin aux statuettes phéniciennes. La figurine pliénicienne ne peut guère être rapprochée que de la Vénus de Médicis, la moins pudique des Vénus grecques ; c'est aussi ce qu'a fait E. Curtius dans son article sur c Le prototype phénicien de la Vénus de Médicis * (^Das phœnikische Urbûd der mediceischen Vénus). Mais la pose de la Vénus de Praxitèle, telle qu'elle rous est connue par les monnaies de Cnide, est entièrement dififérente de celle de la Vénus de Médicis. Dans la Vénus de Piaxitèle, la main droite cache le giron, tandis que la main gauche dépose la dernière pièce du vêtement de la déesse sur un vase contenant l'huile parfumée, la tête se détourne avec une sorte d'inquiétude pour suivre de l'œil le mouvement du costume abandonné, toute la composition respire la pudeur d'une femme embarrassée do sa nudité, au moment de descendre dans le bain. Cette préoccupation est absolument étrangère soit à la Vénus de Médicis, soit à la statuette phénicienne. Or, c'est précisément dans cette pudeur et dans la tortue, symbole de la vie d'intérieur, réservée aux femmes grecques, dont Phidias a, comme je l'ai rappelé dans mon introduction, accompagné sa statue d'Aphrodite (Vénus) que l'on peut reconnaître une conception supérieure de la femme et de la famille, spéciale aux races d'origine aryenne, mais inconnue au monde sémitique et à ses divinités. Une nation de négociants avide» et sensuels, comme les Phéniciens, faisait ses déesses à son image, ses Vénus ne symbolisent que la féoondité de la femelle humaine. Un peuple de philosophes, de poètes et d'artistes, descendants des Aryens, comme l'étaient les Grecs, devait créer l'Aphrodite, chaste et pure, dont la nudité doit être expliquée par le bain et par les préparatifs de la toilette. Il n'est guère possible, au siècle de Darwin, de taire bon marché de ces questions de race, dans la philosophie de l'art.