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IV. L’ordre composite

L ordre composite est à! origine romaine. Il vient s’ajouter aux trois ordres fondamentaux de l’architecture grecque (p. 247). Il est appelé composite parce qu’il n’est qu'un com-

Fig. 274. Vue générale d’une ordonnance corinthienne.

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posé des ordres précédents, notamment des ordres ionique et corinthien. Il emprunte à l'ordre ionique les oves ainsi que les volutes, mais il retient de l’ordre corinthien la feuille d’acanthe (fig. 275).

On comparera attentivement entre elles les fig. 267, 269 et 272. Les oves ou perles font leur apparition dans le style dorique (fig. 267). Ils passent dans le style ionique où ils deviennent un ornement essentiel du quart de rond du chapiteau; en même temps apparaît la grande volute (fig.

269). Le style corinthien invente un chapiteau entièrement nouveau. Il adopte la forme de la corbeille et l’orne de feuilles d’acanthe (fig. 272). Les Romains combinent ces éléments (oves, volutes et feuilles d’acanthe ) et en font un composé. Le chapiteau ainsi composé, à’ où composite, se distingue du chapiteau corinthien par les oves et les grandes volutes ioniques, mais il s’en rapproche par la feuille d’acanthe qui décore la corbeille (fig- 275)-

La fig. 276 servira de récapitulation et permettra d’embrasser d’un seul coup d’œil toute l’évolution du chapiteau.

Fig. 275. Chapiteau composite. Dessin de R. Van de Sande.

Les trois ordres dans leur application pratique.

Nous voilà initiés aux grands principes de l’architecture classique ou gréco-romaine. La Renaissance prit soin de les appliquer. Elle adopta les deux éléments essentiels de l’architecture antique, la colonne et V entablement. Ses monuments, pourtant, ne furent pas la reproduction servile des temples grecs ou romains. Leur plan, leur ordonnance générale s’éloignent de la conception gréco-romaine, et ils devaient s’en éloigner à raison même de leur destination. Le palazzo

italien du xvi® et du xvii® siècle ne peut être bâti sur le plan d’une domus patricienne de Rome ou de Pompéi, ni l’église chrétienne sur le modèle d’un temple grec ou romain. La Renaissance interprète et adapte, mais elle maintient toujours les deux éléments fondamentaux de l’architecture classique, la colonne et V entablement .

Ce sont ces éléments que nous retrouvons dans toutes nos églises du xvii® siècle. Sans doute, l’entablement y apparaît couvert d’ornements qui n’ont rien de grec ou de romain, mais en dépit de ces ornements il n’en existe pas moins, et il existe avec ses trois parties essentielles, l’architrave, la

DORiOUL

iONiQUL

CORiNTHiEN

conposiTE

Fig. 276. Tableau synthétique des chapiteaux classiques.

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frise et la corniche (voir paragr. 17). Le chapiteau, lui aussi, est presque toujours fidèlement reproduit, et nous retrouvons presque partout l'emploi harmonieusement combiné des chapiteaux dorique, ionique, corinthien et composite.

Un simple coup d'œil suffit pour reconnaître dans le rezde-chaussée ^de l'ancienne église des Augustins une ordonnance dorique avec triglyphes, d'un classicisme parfait, et à l'étage des colonnes composites engagées avec entablement à modillons non moins conformes à l'art classique (fig. 287).

Cependant le désir d'orner amena très souvent nos artistes, à l'imitation d'ailleurs des artistes italiens, à ajouter aux chapiteaux ioniques une guirlande de fleurs et de fruits.

L'architecte de l'église du Béguinage eut recours à ce décor pour les pilastres ioniques du rez-de-chaussée de son monument (fig. 280). Celui de N.-D. de Bon Secours préféra s’en tenir au modèle classique et reproduisit l’ordre ionique pur (fig. 286).

En construisant l’église des Jésuites, Jacques Francquart, quoique imbu des vrais principes du classicisme, se départit des règles de la décoration corinthienne du chapiteau et entoura la corbeille, très basse, d’une simple guirlande de feuilles d’acanthe, soutenant une rangée d’oves sans volutes, identique à celle que nous découvrons dans le style dorique évolué (fig. 267). C’était un composite d’un genre nouveau, mêlant au corinthien, non plus l’ionique, mais le dorique. L’architecte qui, quarante ans plus tard, édifia l’église du Béguinage, copia ce genre dorico-corinthien pour les colonnes de la nef, tout en maintenant le corinthien composite romain pour les colonnes du carré du transept. La fig. 293 nous donne la perspective des colonnes de la nef; la fig. 277 un détail de ce

Fig. 277. Chapiteau dorico-corinthien de l’église du Béguinage (1657-1676).

décor pseudo-corinthien. De son côté, la fig. 281 laisse entrevoir le chapiteau composite qui surmonte les colonnes du carré du transept.

Le même architecte donna à la base un profil qui rappelle bien plus le profil gothique primaire (fig. loi), que le profil gréco-romain. On ne peut dire qu’il fut heureux dans son innovation (fig. 278).

Du PILASTRE.

Le pilastre est d’un emploi fréquent dans l’architecture de la Renaissance. C’est une sorte de pilier adossé à un mur, de faible saillie, auquel on donne les mêmes proportions et la même décoration qu’à la colonne

à laquelle il fait pendant. Tout ce que nous avons dit de la colonne s’applique par conséquent au pilastre.

A une colonne correspond généralement un pilastre. Par exemple, si une colonne corinthienne sépare la grande nef des collatéraux, on aura, adossé au mur des bas-côtés, à un endroit correspondant à celui de la colonne, un pilastre de même ordre.

Suivant la forme qu’il a, suivant la place qu’il occupe, le pilastre

Fig. 279. Pilastre cannelé et rudenté. Pilastre bandé.

Fig. 278. Base des colonnes de la nef de l’église du Béguinage (1657-1696).

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reçoit diverses qualifications. Ainsi, on nomme pilastres accouplés des pilastres qui sont réunis par deux (fig. 280) ; pilastre bandé, celui qui est traversé horizontalement, de distance en distance, par une bande, comme dans la colonne à bossages (fig. 279) ; pilastre cannelé, celui qui est décoré de cannelures ; pilastre cornier ou angulaire, le pilastre double, situé à l’angle saillant d’un bâtiment; pilastre plié, par contre, est le pilastre qui se trouve placé dans l’encoignure d’une salle; pilastre doublé, le pilastre qui est le pendant du pilastre cornier, situé comme le pilastre plié, dans une encoignure, mais formé par deux pilastres entiers qui se joignent à angle droit et rentrant ou à angle obtus, et qui ont leurs bases et leurs chapiteaux confondus ; pilastre flanqué, celui qui a sur ses côtés, sur ses flancs (d’où flanqué), deux demipilastres sur lesquels il a une légère saillie (fig. 290, à droite et à gauche de la porte, et aussi aux angles de l’étage) ; pilastre rudenté, le pilastre cannelé dont les cannelures sont remplies jusqu’au tiers inférieur de leur hauteur par

des rudentures (fig. 279) ; Fig. 280. Pilastres accouplés d’ordre

pilastre cintré, celui qui ionique avec guirlande et piédestal

est circulaire dans son confondu, ornant les angles de la i__ façade de l’église du Béguinage.

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