TOUR ET COUPOLE
I. Emplacement de la tour. La tour a changé de place. Elle ne se trouve plus en tête de l’édifice, comme dans les églises des xv® et xvi® siècles, mais elle est traitée comme une partie indépendante du monument. Aussi, se trouve-t-elle à côté de celui-ci, à l’imitation des campaniles italiens.
Qu’on regarde le plan de l’église du Béguinage (fig. 262) et on remarquera que la tour se dresse en dehors du chœur mais
Fig. 296. Bas-relief, V Adoration de V Eucharistie, décorant le chevet du chœur de l'église des Riches-Claires, par Luc Fayd'herbe (1665).
Fig. 297. Intérieur de l’église de Notre-Dame de Bon Secours, par Jean Cortvrindt (1664-1694), d’après V Émulation.
Fig. 298. Arcade et entablement de la grande nef de l’église du Béguinage (1657-1676). Dessin de R. Van de Sande.
dans Taxe de celui-ci, tandis qu’à l’église des Jésuites, aujourd’hui démolie, elle se trouvait à côté du chœur (fig. 288)
2. Persistance de la structure gothique. La tour de Saint- J ean-Baptiste au Béguinage est à pans coupés, renforcés par des pilastres à chapiteaux. La partie supérieure se compose d’une lanterne polygone, flanquée à chaque angle d’une sorte de clocheton, surmonté d’une torchère. Tous les éléments décoratifs de ce campanile sont évidemment empruntés au style baroque, mais l’ossature de la tour gothique a été maintenue et on est tenté de voir dans les clochetons d’angle un rappel des clochetons de la tour de l’hôtel de ville de Bruxelles.
La tour de l’église des Jésuites, que Guillaume De Bruyn acheva en 1665, est carrée. Elle se compose d’une succession d’étages, ornés aux angles de pilastres classiques et éclairés par une fenêtre également de forme classique (fig. 288). Une balustrade entoure l’étage supérieur. Deux campaniles octogones sont posés en guise de couronnement sur la partie carrée de la tour, le premier orné d’une balustrade, le second, plus petit, surmonté d’un toit en forme de coupole. Sans doute, ici encore, tous les éléments sont empruntés au style baroque, mais l’idée de la tour gothique n’en persiste pas moins.
3. La Tourelle. Dans les églises de moindre importance il n’y a pas à vrai dire de tour, mais une simple tourelle ou clocheton, placé soit au-dessus de la coupole, comme c’était le cas dans le plan primitif de N.-D. de Bon Secours ou bien au-dessus de la nef, comme à l’église des Riches-Claires
I. Voir le Guide illustré de Bruxelles, 2® édition, p. 346. La tourelle se trouve actuellement en tête du monument (fig. 300).
Fig. 299. Tour de l’église du Béguinage (dessin de R. Van de Sande).
L’ARCHITECTURE ITALO-FLAMANDE
(fig- 303)* La tourelle de l'église de la Madeleine est un modèle charmant, tant par ses lignes gracieuses que par ses heureuses proportions (fig. 301).
Ces tourelles ont des formes imprévues et fantaisistes, bulbeuses ou renflées, alternant avec des courbes rentrantes ou concaves. Elles n'obéissent à aucune règle fixe de construction et il est impossible de les décrire avec précision (fig. 300 et 303. Voir aussi la toiture galbée et la lanterne de la cha- • pelle Maes fig. 292).
4. La Coupole. Le style de la Renaissance écarta la tour au profit de la coupole, dont l'architecture romaine et orientale offrait de magnifiques exemples. Michel-Ange couvrit d'une coupole l'église de Saint-Pierre à Rome et il fut aussitôt suivi par la généralité des architectes.
La coupole s'élevait à l'intersection du chœur et de la nef.
Sande.)
Fig. 301. Tourelle de l’église de la Madeleine (vers 1700). Dessin de R. Van de Sande.
Fig. 302. Coupole de l’église de Notre-Dame de Bon Secours, par Jean Cortvrindt (1664-1694). D’après V Émulation.
Fig. 303. Tourelle et coupole avec lanterne de l’église des Riches-Claires, par Luc Fayd’herbe (1665). D’après Baes.
L’ARCHITECTURE ITALO-FLAMANDE
à l’endroit qui correspondait au carré du transept des églises gothiques.
Nous avons vu que nos architectes n’abandonnèrent pas tout de suite la tour élevée et svelte de l’architecture ogivale. Mais comme elle ne pouvait plus faire corps avec la façade, ils la placèrent en dehors et à côté de l’édifice.
L’architecte de l’église du Béguinage construisit une tour dans l’axe du chœur et couvrit le carré du transept d’une voûte circulaire (ûg. 281). Un architecte italien n’eût pas hésité à supprimer cette voûte et à la remplacer par un dôme. C’est ce que fit d’ailleurs Adrien van Zellick, l’architecte de l’église de Grimberghen, dont le plan est identique à celui de l’église du Béguinage. S’il maintint une tour en tête et en dehors du chœur, il rompit résolument avec la tradition ogivale, en supprimant la voûte du carré du transept et en élevant en cet endroit une superbe coupole.
L’architecte de l’église des Riches-Claires, Luc Fayd’herbe, eut recours au système de la coupole, qu’il avait l’intention d’appliquer à l’église de N.-D. de Hanswyck à Malines. Jean Cortvrindt imita son exemple et surmonta d’un dôme l’église de N.-D. de Bon Secours (fig. 300).
Le dôme est généralement de forme polygonale. Il est surmonté souvent d'une lanterne, comme à l’église des Riches-Claires, dont la lanterne est d’une construction presque identique à celle de la chapelle Maes (fig. 292 et 303). Les parois de la coupole sont percées d’ouvertures ovales par où la lumière se déverse, abondante, dans le temple. L’intérieur est presque toujours richement orné, comme à Bon Secours (fig. 302) et aux Riches-Claires.
Fig. 304. Église des Carmélites, construite par Wenceslas Coebergher (1607-1615), démolie en 1785.
Première construction italo-flamande élevée à Bruxelles.
L’ARCHITECTURE NÉO-CLASSIQUE
DÈS le début du xviii® siècle, il se produisit en Europe une réaction contre les exagérations ornementales du style baroque. On s’efforça de revenir à une application plus rigoureuse des règles de la construction classique, de la construction grecque surtout, et on donna naissance à une nouvelle forme d’architecture dite néo-classique.