‹ Traité d'architecture dans son application aux monuments de BruxellesChapitre 37 sur 143 · TOIT, CORNICHE, GARGOUILLE · texte numérisé non relu

TOIT, CORNICHE, GARGOUILLE

Un progrès sensible se manifeste dans la construction du toit. Les édifices romans étaient peu élevés et il n’y avait aucun inconvénient à déverser directement les eaux plu-

viales sur le sol (fig. 53). Il ne pouvait en être de même dans les édifices gothiques beaucoup plus élevés et plus élégants. Il importait d’écarter des murs les eaux pluviales et de les rejeter bien loin de la muraille et de ses fondations. Pour arriver à cette fin on eut recours au système des chéneaux. Le toit n’avance plus au-delà du parement du mur, comme dans l’architecture romane; il reste en deçà. Entre le mur et le toit vient se placer un caniveau ou chéneau, dissimulé dans la corniche et destiné à recueiller les eaux (fig. 83-84).

Les eaux pluviales, réunies dans le chéneau, ne sont pas conduites jusqu’au sol par des tuyaux de descente. L’architecte a placé de distance en distance, dans l’alignement du toit, une conduite d’écoulement qui dépasse de beaucoup le parement du mur, de manière à déverser les eaux loin de la base de l’édifice et d’empêcher les infiltrations

LE STYLE ROMANO-OGIVAL

dans les fondations. Cette conduite d’écoulement, sorte de large tuyau, s’appelle gargouille. Comme le but de la gargouille est de lancer les eaux le plus loin possible du mur, on l’adapte tout naturellement au contrefort, celui-ci dépassant déjà de toute son épaisseur le parement de la muraille.

Fig. 85. Monstres faisant office de gargouille. Chœur de l’église de N.-D. de la Chapelle (début du xiii® siècle).

L’esprit fantaisiste de nos constructeurs du moyen âge s’applique tout de suite à donner une forme intéressante à ce tuyau d’écoulement, devenu un élément constructif

indispensable. On en fait un motif décoratif et on lui donne la figure d’un monstre humain ou d’une chimère crachant l’eau. C’est sous cette forme vraiment curieuse que nous le trouvons au chœur de l’église N.-D. de la Chapelle. La

L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE

fig. 85 nous le présente dans la place qu’il occupe au haut du contrefort, en avant de la corniche.

La fig. 86 nous fait voir le monstre de plus près. Il a la figure humaine, la bouche largement béante; par un effort des mains il essaie d’accentuer encore cette horrible grimace.

Fig. 87. Corniche du chœur de l’église de N.-D, de la Chapelle (début du XIII® siècle).

Son expression contraste singulièrement avec la tête de moine qui sourit malicieusement dans l’angle de cette extraordinaire sculpture. En dessous de ce monstre et servant de soutien à celui-ci, se voit un deuxième monstre, plus petit, qui imite le geste hideux du monstre principal.

La corniche du toit s’embellit et se couvre de sculptures. Elle n’était dans le style roman qu’un simple quart de rond; dans le style romano-ogival, elle est moulurée et décorée. Elle devient même plus saillante, car le chéneau qui recueille les eaux doit être porté le plus possible en dehors du mur afin d’éviter les infiltrations d’eau. A cet effet on l’aménage de préférence dans la corniche même.

La corniche de l’église de la Chapelle est typique à cet égard. On y voit des figures tantôt grimaçantes tantôt rieuses, placées de distance en distance, et faisant office de modulons ou de corbeaux. Entre ces figures, des feuilles de vigne, des lis, des dessins variés et fantaisistes (fig. 87 et 93 pour la vue d’ensemble).

Ailleurs encore, ce sont des modillons qui ont l’aspect d’un monstre accroupi (fig. 88).

L’art qui se révèle dans ces sculptures est extrêmement réaliste. Il n’a rien encore de la finesse de la sculpture gothique et s’éloigne des belles formes de l’art roman, tel que les moines de Cluny le pratiquèrent à l’époque caro-

Fig. 88. Monstre accroupi à N.-D. de la Chapelle (même ép.).

LE STYLE ROMANO-OGIVAL

lingienne. On chercherait vainement ailleurs, en Belgique, une décoration « grotesque » aussi abondante que celle de l’église de N.-D. de la Chapelle. Des figurines du même genre se rencontrent, il est vrai, dans le chœur de l’église de Duysbourg, édifié en 1263 par les chanoines du chapitre de

Fig. 89. Gâble ou pignon romano-ogival du transept sud de l'église de N.-D. de la Chapelle (première moitié du xiii® siècle).

Saint-Jacques-sur-Coudenberg, à Bruxelles, ou dans l’église de Droogenbosch, qui appartient à la fin du xiii® siècle, mais elles n’y sont employées qu’accidentellement

Remarquons aussi que la toiture des édifices romanogothiques est beaucoup plus inclinée que la toiture romane.

I. Celui qui s’intéresse plus avant à ces sculptures voudra bien consulter notre Notice sur le Musée communal dans le tome II du Guide illustré de Bruxelles, Les Musées, pp. 218 à 221, ainsi que le tome de Qg guide, 2® édition, pp. 226 à 268.

Fig 90. Galerie romano-ogivale contournant le chœur de l’église de N.-D. de la Chapelle (première moitié du xiii® siècle).

Fig. 91. Galerie romano-ogivale du chevet du chœur de l'église de Sainte-Gudule (première moitié du xiii® siècle).

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Enfin, notons que le style romano-ogival ne connaît encore ni balustrade ni pinacle. Ces éléments n’apparaîtront que dans la période suivante, dans le style gothique primaire (fig- 93)-

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