Le contrefort. Le
contrefort devient plus élancé; ses étages se multiplient, et comme il importe de le rendre plus résistant, on place tout en haut un massif de pierre qui doit appuyer sur les assises du pilier butant.
La fig. ii6 reproduit le contrefort du chœur de l’église de Laeken. Il compte quatre étages et jusqu’à la corniche ne diffère pas sensiblement du contrefort du chœur de N.-D. de la Chapelle (fig. 78). Mais voici où apparaît la nouveauté.
Tandis que ce dernier contrefort s’arrête à la corniche, celui de Laeken la
Fig. 116. Contrefort, gargouille et pinacle de style gothique primaire.
(N.-D. à Laeken, sec. moitié xiii« s.).
L’ARCHITECTURE DU MOYEN ACxE
dépasse. Il est surmonté d’un massif de pierre recouvert d’un petit toit à deux versants.
2. Le pinacle. Comme toujours, l’architecte du moyen âge cherche aussitôt à orner cet élément, indispensable à la solidité de sa construction. Il en fait un pinacle épannelé à toit conique, en attendant qu’il en fasse un élégant clocheton. Ce pinacle est tantôt plein, tantôt ajouré, suivant les circonstances et les nécessités: Le contrefort du chœur de l’église de Sainte-Gudule doit nous servir ici de guide.
Fig. 117. Chevet du chœur romanoogival (début du xiii^ siècle) et chœur ogival primaire (seconde moitié du XIII® siècle, de l’église de Sainte-Gudule. (Voir fig. 292.)
La fig. 117 nous en donne une image complète. Remarquons une fois encore, avant d’aller plus avant, les deux parties nettement distinctes dont se compose cet édifice. Le chevet est romano - ogival. Nous connaissons son histoire.
Nous connaissons aussi en détail les intéressantes fenêtres qui l’éclairent et que nous voyons ici replacées dans leur milieu. Au - dessus du chevet s’élève le chœur de style ogival primaire dont l’histoire nous est également connue.
Occupons - nous des puissants contreforts qui sont destinés à résister à la poussée formidable de la voûte du chœur.
Ils se composent de six étages et tout en haut nous remarquons un petit édicule ou pinacle ajouré, reposant sur un piédestal massif. Sa fonction est celle que nous signalions tantôt : peser de tout son poids sur le
LE STYLE GOTHIQUE PRIMAIRE
contrefort. Mais à cette utilité constructive s’ajoute immédiatement un intérêt décoratif : il couronne le contrefort et Tembellit. Quatre colonnettes soutiennent une toiture conique à quatre faces. Un gâble minuscule triangulaire et trilobé s’appuie sur les colonnettes. Le tout repose sur un piédestal rectangulaire massif (fig.
ii8).
3. L’arc-boutant. Comme le contrefort est devenu insuffisant pour neutraliser la poussée do la voûte, on le relie au mur par un arc qui va huter ou bouter contre le mur, à V endroit où se produit la poussée. C’est V arc-boutant.
L’arc-boutant n était primitivement qu’un quart de cercle s’interposant entre le mur et le contrefort, comme le montre la fig. 119. L’extrados de ce quart de cercle est protégé par un rampant permettant aux eaux de glisser rapidement au-dessus de Tare. On comprend que sans cette protection, l’humidité attaquerait les points de jonction de l’arc, surtout à l’endroit où celui-ci rejoint le contrefort.
Fig. 118. Pinacle couronnant les contreforts du chœur de l’église de Ste-Gudule (vers 1280).
L’architecte s’empresse de garnir ce rampant et il l’orne de crochets placés de distance en distance. Ce sont des feuilles stylisées, enroulées à leur extrémité (fig. 117) rappelant l’ornementation de la corbeille du chapiteau gothique primaire.
Généralement dans le style gothique primaire un seul arc-boutant suffit d’auxiliaire au contrefort. Exceptionnellement nous en trouvons deux qui sont superposés.
C’est le cas à l’église de Sainte- Gudule (fig. 120 et 292). Deux arcsboutants y relient le contrefort au mur. Leur rampant est décoré de crochets et l’arc à son point de jonction avec le mur du chœur, c’est-à-dire à sa tête, repose sur Arc-boutant en
une colonne avec chapiteau et quart de cercle.
L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
base circulaire. Ce soutien est nécessaire, remarque le chanoine Reusens, quand Tarc-boutant n'est pas engagé dans le mur principal mais reste libre, en ce sens qu’il peut glisser dans une certaine mesure le long du mur contre-bouté, si un tassement vient à se produire dans un des points d'appui.
La solidité obtenue par le système de la neutralisation de la poussée des voûtes par l’arc-boutant et le contrefort est telle que la plupart des monuments construits suivant ces principes ont pu résister, jusqu’à nos jours, à toutes les causes de destruction