‹ Traité d'architecture dans son application aux monuments de BruxellesChapitre 57 sur 143 · I. Enlart, Manuel d'archéologie française. Tome I, p · texte numérisé non relu

I. Enlart, Manuel d'archéologie française. Tome I, p

Fig. 12 1. Détail de la fenêtre gothique primaire du chœur de l'église de Laeken.

L’ARCHITECTURE DU MOYEN AGE

constitue une deuxième caractéristique. Elle a le chapiteau à crochets, la base faite d’un ou de deux tores et le socle carré, circulaire ou à pans coupés.

Pour discerner la période gothique primaire des deux autres périodes, on s’informera aussitôt de la présence de ces deux éléments.

Le type de la fenêtre de V église de Laeken est tout désigné pour nous aider dans notre travail de discernement (fig. 122). La baie est prise dans l’épaisseur du mur, dont elle va rejoindre, en s’ébrasant, le parement extérieur. Cet ébrase-

ment comporte différents plans.

du chœur de l’église de N.-D. à Laeken (seconde moitié du xiii® siècle).

L’ogive intérieure va s’appuyer sur les impostes des piédroits de la fenêtre, comme l’indique avec netteté le détail de la fig. 12 1. La présence de cette imposte nous intéresse, car elle ramène notre pensée au style de la période précédente.

Ne Tavons-nous pas rencontrée dans le fond de l’arc en plein cintre surhaussé de la fig. 79 ? et n’est-ce pas un semblable coussinet que nous découvrons dans les angles de la baie romane géminée de la fig. 45 ?

A cette première ogive, qui délimite l’ouverture par où passe la lumière, succède un deuxième arc de même forme, fait d'un tore qui se détache sur k plan du fond, premier élément caractéristique de la fenêtre de style gothique primaire.

Ce tore s’appuie sur des colonnettes d'angle, dont le fût est cylindrique. Le chapiteau a des

Fig. 123. Vue intérieure du chœur de l’église de Sainte-Gudule avec déambulatoire, triforium et voûte de l’abside, de style gothique primaire, (xiii® siècle.)

Fig. 124. Vue générale du collatéral droit de l’église de Saint e- Gudule (xiv® siècle), du transept sud, des tours et du porche du transept sud (xv® siècle) .

LE STYLE GOTHIQUE PRIMAIRE

crochets ou volutes’ (fig.

I2i), la base est figurée par deux tores et posée sur un socle carré. Cette colonnette constitue , un deuxième élément caractéristique de la fenêtre gothique primaire. Ce sont ces caractéristiques, bien plus que la forme aiguë de Togive, qui faciliteront la compréhension du style qui nous occupe.

B. Fenêtre à meneaux.

La fenêtre d’un édifice d’une certaine importance est subdivisée par un ou plusieurs meneaux, mais arrêtons-nous pour le moment à la fenêtre à deux divisions.

Nous en trouvons un exemple au chœur de l’église de Sainte-Gudule (fig. 125). Une colonnette centrale du type connu partage la baie en deux compartiments. Dans les angles, des colonnettes engagées du même type.

Les ogives géminées aiguës ont la forme d’un tore et s’appuient, d’un côté sur la colonnette centrale, de l’autre sur les colonnettes engagées.

Cette double caractéristique nous avertit déjà que la fenêtre relève du style gothique primaire.

Le tympan est percé d’une ouverture trilobée, géométriquement tracée, dont les lobes sont marqués par un tore. Une ogive aiguë recouvre le tout.

La partie supérieure du chœur de l’église de Sainte-Gudule est éclairée par de grandes verrières de style gothique pri-

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Fig. 125. Fenêtre ogivale primaire du chœur de l’église de Sainte-Gudule (seconde moitié du xiii® siècle).

Fig. 126. Fenêtre de style gothique primaire, éclairant la partie supérieure du chœur de l’église de Sainte-Gudule (seconde moitié du xiii® siècle).

LE STYLE GOTHIQUE PRIMAIRE

maire qui méritent de retenir toute notre attention (fig. 126).

Aussi longtemps que la voûte était basse et l’église peu élevée, des baies étroites suffisaient à l’éclairage de l’édifice. Au contraire, des nefs hautes exigeaient des ouvertures larges, sans lesquelles toute la région supérieure du temple eût été plongée dans une quasi obscurité. La construction d’une voûte dont la poussée ne s’exerçait plus qu’en certains points déterminés — à l’endroit des contreforts et des arcs-boutants — permettait à l’architecte d’améliorer du coup le système d’éclairage. Il pouvait disposer librement de l’espace compris entre deux contreforts et y percer à loisir d’immenses baies. C’est ce qu’il fit, et voilà pourquoi nos cathédrales gothiques sont si claires et si lumineuses.

Des colonnettes du type connu divisent la fenêtre en trois parties, recouvertes, chacune, d’une ogive à lancettes formée par un tore. Chaque partie est subdivisée, à son tour, par un meneau chanfreiné en deux compartiments, se terminant également par une ogive. Dans le tympan, une ouverture circulaire. Si par la pensée nous isolons une des trois divisions de la baie et si nous supprimons sa garniture en pierre, nous avons exactement l’image de la fenêtre gothique primaire du chœur de N. -D. de Laeken (fig. 122).

La baie tout entière est recouverte de plusieurs arcs en ogive. Deux d’entre eux affectent la forme d’un tore et sont séparés l’un de l’autre par une gorge. Le tore extérieur va s’accouder sur une colonnette identique aux colonnettes intérieures. Toutes sont dépourvues de base et de socle, ornements assez inutiles d’ailleurs, étant donnée la place très élevée qu’occupe la verrière.

Dans le tympan, un remplage fait de trois ouvertures rondes circonscrites par un tore, et dans chacune d’elles un quadrilobe différemment posé. Remplage et meneaux constituent une armature puissante qui répond à un but de solidité. Plus tard, nous le verrons, les meneaux deviendront ténus, la fenestration frêle et délicate, si bien qu’ils ne constitueront plus qu’un simple ornement qu’on pourra enlever à loisir sans nuire à la stabilité de la construction.

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