TOIT, CORNICHE, BALUSTRADE, GARGOUILLE, PINACLE
Toit. Le toit est construit comme dans la période précédente, c’est-à-dire qu’il reste en deçà du parement du mur, déversant les eaux pluviales dans un chéneau (fig. 84).
Corniche. La corniche existe toujours. Elle est simplement moulurée ou décorée d’une guirlande de feuilles, mais ne connaît plus ces figures grotesques et ces modillons ornés qui font le charme des corniches romanes et romanoogivales (fig. 87). La présence de ces motifs amusants ne
LE STYLE GOTHIQUE PRIMAIRE
s’explique, d’ailleurs, que dans une corniche peu élevée, nettement visible du spectateur. S’ils disparaissent, * c’est qu’ils sont devenus sans objet, et non parce que le style ogival primaire leur est hostile. Aussi les retrouve-t-on dans les églises rurales, dès que leur application a sa raison d’être, par exemple au chœur relativement bas de N.-D. de Lombeek.
Balustrade. Toit en retraite, chéneau recueillant les eaux, corniche soutenant et ornant le bord supérieur du mur, ce sont là des caractères communs aux toitures romano-ogivale et gothique primaire. Mais voici un élément nouveau inconnu du style de transition ; la balustrade.
La balustrade est un couronnement ajouré qui contourne et cache la partie inférieure du toit. Elle permet aussi de circuler sans danger dans le chéneau.
Pinacle ou clocheton. La balustrade est interrompue de distance en distance par un pinacle qui couronne et renforce le contrefort.
Ce pinacle, qui deviendra dans la suite un véritable ornement, est lourd et massif au début. Nous en trouvons un exemple au chœur de l’église de Sainte-Gudule (fig. 132). C’est un bloc de maçonnerie surmontant un pilastre de renforcement, recouvert d’un petit toit à deux versants et couronné d’un fleuron; il est en tout semblable au pinacle qui s’élève au-dessus des contreforts du chœur de l’église
124 L'ARCHITECTURE DU MOYEN AGE
de Laeken, (fig. ii6), auquel on le comparera utilement. Comme ce dernier, il porte une gargouille dans sa face antérieure.
C’est encore à l’église de Sainte- Gudule que nous rencontrons un exemple, unique d’ailleurs, de balustrade. Elle couronne le chevet du chœur et la toiture du chœur. Elle est très simple, massive encore, et percée d’ouvertures quadrilobes (fig. 131). Sa présence au chevet romano-ogival du chœur s’explique par les embellissements dont celuici fut l’objet à l’époque gothique primaire. Elle ne devait pas être prévue dans le plan primitif, car on ne connaît pas d’exemple de balustrade couronnant des édifices romans ou romano-gothiques.
Gargouille. Les eaux accumulées dans le chéneau s’épanchent par une conduite dissimulée dans le rampant de l’arc-boutant et sont rejetées par la gargouille loin du parement du mur.
Le dessin de la fig. 133 nous indique le système d’écoulement et nous permet en même temps de faire une sommaire récapitulation des notions acquises. En A nous avons le chéneau, en C la corniche, en B la balustrade. D indique le canal longeant le rampant à crochets de l’arc-boutant, et F la gargouille. Enfin, E rappelle la présence de l’édicule ou pinacle qui couvre le contrefort.
Fig. 132. Pinacle couronnant la balustrade gothique primaire du chevet du chœur de l'église de Sainte- Gudule (seconde moitié du XIII® siècle. Reconstruit).