‹ Traité d'art et d'histoire militaires [microforme]Chapitre 1 sur 156 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Introduction.

Jusqu’à présent, ceux qui se livrent à l’étude de Part militaire, se sont contentés de l’étude des instructions sur les exercices et manœuvres, croyant, lorsqu'ils ont réussi à s’en rendre parfaitement maîtres, avoir atteint ou plutôt posséder à peu près ce qui constitue ’éducation d’un officier.

[ls oublient qu’une connaissance parfaite des principes qui servent de base à la tactique peut seule les mettre en état de se servir avec avantage des connaissances qu’ils auraient pu acquérir dans la manière de se servir des troupes, c’est-à-dire la tactique.

L’instruction donnée dans nos écoles militaires, initie au métier des armes, c’est-à-dire à la routine ; mais il faut savoir distinguer le métier, de la science et de l’art, surtout en art militaire.

La science est un système de connaissances raisonnées ; l’art est l'apphonion de cette science.

| “ Cette science, dit Villiaumé, n’a rien de mystérieux, et “ n’exige point une longue pratique, elle s’acquiert par l’étude et

‘ l’observation.

xX “ Marcher quand on marche, dit à ce sujet Frédéric, s'arrêter “ quand on s’arrête, se camper quand on campe, se battre quand q , il “ on se bat voilà ce qu’est la guerre pour la plupart des officiers

“ qui la font.” dai

Mais il ne faut pas que ce soit là la guerre pour tous les officiers. elle

[ls doivent travailler, réfléchir et posséder des notions d’art

militaire suffisantes pour comprendre le sens, la marche et la valeur à LL des opérations auxquelles ils prennent part.

D’après Napoléon, ainsi que d’après beaucoup d’autres auteurs,

il faut, pour acquérir la véritable instruction militaire, étudier avec ë

soin un grand nombre de campagnes et de batailles, particulièrement celles des généraux habiles ; cette étude est la source et la base de cette instruction.

Napoléon dit dans ses mémoires :

“ Alexandre a fait 8 campagnes,Annibal 17, dont une en Espagne, ‘ 15 en Italie, et une en Afrique ; César en a fait 13, dont 8 contre D “ les Gaulois et 5 contre les légions de Pompée ; Gustave-Adolphe ÿ RE “ 3; Turenne 18,le prince Eugène de Savoie 13; Frédéric en ! is

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“ a fait 11. L’histoire de ces 84 campagnes, faite avec soin, serait #. ‘ un traité complet de l’art de la guerre. Les principes que l’on tro “ doit suivre dans la guerre offensive ainsi que dans la guerre ne ” + défensive en découleraient comme de source.” dde A! Etudier et méditer les campagnes des grands capitaines, ce n’est L: pas suivre leurs opérations dans des relations pius ou moins et de exactes, mettre en présence sur la carte les armées rivales ; il faudrait pour apprécier la conduite des généraux et porter un | U jugement sain sur leurs actions, pouvoir faire revivre les circons- conc tances, les mille incidents qui ont accompagné les événements, et } intré tenir compte des influences morales et de l’état des armées ; il à [I faudrait surtout parvenir à connaître la valeur et la portée des : que renseignements que le général possédait sur l’ennemi. ù ‘lu S Fe & d'à

Pour atteindre ce but il faut étudier principalement les corres-

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pondances des généraux et des états-majors des deux partis. Si l’on est doué du génie de la guerre (car sans cette faculté toute étude reste stérile) le cerveau accomplira son travail d’assimilation et deviendra lui-même créateur.

Lorsqu'un artiste, un poète conçoit une idée, il la domine, il l'envisage sous toutes les faces ; les choses ne se passent pas ainsi dans la conduite de la guerre. On n’est pas maitre de l’idée, elle est imposée. On n’est pas maître de la développer à son gré, de la poursuivre dans les développements qu’on aura conçus ; l'ennemi, le terrain, mille circonstances diverses, viennent à chaque pas contrarier nos projets, entraver notre pensée.

L'urtiste illumine et pénètre par la pensée tout le sujet qu il traite un chef, au contraire, marche au milieu d'illusions et de déceptions continuelles.

Et encore lorsqu'on a deviné jusie et surpris les secrets de l'adversaire, le moindre incident survient, qui renverse les plus belies combinaisons.

L'instrument de la guerre c’est l’armée, élément vivant, variable, soumis à des perturbations continuelles, à des causes de destruction et de désordre, et dont lu formation, l’organisation et l’entretien exigent des soins constants auxquels son existence même est attachée.

Le but de la guerre est de mettre l’armée en contact avec les forces ennemies dans les circonstances les plus favorables ; et dans ce moment suprême, qui décide du sort de la campagne, elle échappe à la main qui jusqu'alors avait dirigé sa course.

La victoire dépend alors du courage et de l’audace des soldats, et de lu perfection des méthodes de combat qu’ils emploient.

Une armée médiocre peut compromettre ou rendre funestes les conceptions les plus sublimes, de même qu’une armée imstruite et intrépide peut faire surgir la victoire des situations les plus fausses.

Il west pas de traité qui puisse teuir compte des mille incidents quentravent journellement une opération. Aussi, Napoléon dit: “ Lu guerre est une affaire de tact. Elle n’est composée que “ d'accidents, et bien que tenu à se plier à des principes généraux,

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