‹ Traité d'art et d'histoire militaires [microforme]Chapitre 120 sur 156 · La résistance à l’attaque générale · texte numérisé non relu

La résistance à l’attaque générale

PREMIER MOMENT.—L’ennemi est arrivé à portée de l’artillerie. Les parties de son ordre de bataille qu’! ne veut pas engager s’arrêtent et se déploient.

L’artillerie de l’armée défensive commence alors à entrer en action. Profitant des positions favorables qu’elle occupe, elle cherche à faire le plus de mal possible à l'ennemi. Les corps d'attaque de celui-ci continuent à avancer ; ils se déploient en colonnes de bataillons s’il n’y sont déjà ; puis ces colonnes ellesmêmes déploient à portée des petites armes, et le feu de mousqueterie commence, soit au moyen des lignes, soit au moyen des

grandes bandes de tirailleurs.

La résistance aux attaques partieiles s'exerce de deux manières : directement et indirectement.

La résistance directe est celle qui vient du point attaqué luimême.

La résistance indirecte s’établit à droite et à gauche de ce point.

La résistance directe s’opère par le feu des batteries d’artillerie établies en avant des points attaqués, ensuite par le jeu alternatif des deux lignes d’infanterie qui se remplacent successivement au feu et enfin par les réserves partielles qui viennent appuyer ces deux lignes.

La résistance indirecte s’opère par les parties latérales de l’ordre debataille. Ce sont des batteries d'artillerie, qui prennent d’écharpe ls colonnes ennemies. Ce sont des colonnes de cavalerie qui se

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Dans le cas où l’attaque de l’ennemi est dirigée sur un des points d’appui de la ligne de bataille, sur un village, une ferme, ne hauteur, une redoute, etc., la garnison de ce point résiste rar des feux W’artilierie et de mousqueterie, tandis que lon

cherche à croiser en avant et sur les abords le feu des batteries voisines.

Tel est le premier moment de la deuxième période, c’est-à-dire, la résistance aux attaques partielles.

Maintenant il peut arriver deux cas:

lo. Les attaques partielles peuvent être repoussées. Alors la bataille défensive est gagnée ;

20. Les attaques partielles peuvent réussir. Alors l’ennemi passe à l’engagement général.

Il s’agit de résister à cette attaque et l’on entre dans le deuxième moment de la deuxième période.

DEUXIEME MoMENT.--Par suite du succès des attaques partielles, l’ordre de bataille défensif est rompu sur plusieurs points.

L’ennemi a pris pied sur la position, il en occupe certaines parties.

Il porte alors toute son armée en avant, pour achever de culbuter l’armée défensive.

Il faut résister à son attaque.

Autant que possible, on cherche à conserver l’intégrité de son ordre de bataille, c’est-à dire, que les parties battues doivent rétrograder sans cesser de se lier au reste de l’armée et sans laisser de lacunes dont l’ennemi pourrait profiter.

On emploie alors les échelons, et on les dispose de telle manière que tous les feux se croisent et qu’il n’y ait pas d’intervalle.

L’ordre de bataille présente une ligne brisée. Et comme les points de brisure deviennent des saillants et peuvent être entourés par l'ennemi, il faut que ce soient des points forts et susceptibles d’une vigoureuse résistance. Il faut en même temps trouver pour les parties qui reculent de nouveaux points d’appui. On fait occuper ces points à l’avance par des troupes de réserve, afin d’arrêter l’ennemi et de permettre aux troupes de se rallier et de se reformer.

Généralement, on choisit les points de brisure dans les parties de l’ordre de bataille qui n’ont pas encore été entamées, de manière que dans les changements de front en arrière, des parties intactes servent de soutien aux parties mises en désordre.

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En même temps on prend l’offensive à son tour, sur les points qui présentent des chances favorables.

On fait des contre-attaques sur le flanc des colonnes ennemies.

Si l’on a conservé des troupes en réserve et en ordre pour ce moment décisif, un retour offensif exécuté par elle peut procurer la victoire, comme l'attaque de Desaix à Marengo, avec une division de troupes fraîches.

Ce qui prouve que dans la défensive, comme dans l'offensive, il faut tâcher de n’engager sa réserve qu’après celle de l’ennemi.

Les changements de front en arrière qui résultent des progrès de l’ennemi, et les mouvements en avant résultant des retours offensifs, peuvent amener un changement de front général.

Par exemple, l’armée défensive, battue à son aile droite, fait un crochet en arrière; elle prend l'offensive avec son aile gauche et peut alors exécuter un changement de front général sur son centre.

C’est quelquefois une manière de corriger la fortune et de prolonger ou de renouveler l’engagement dans des conditions nouvelles.

C’est, dit-on, ce que Napoléon voulait faire à Waterloo.

Tel est le deuxième moment de la deuxième période, c’est-àdire la résistance à l’attaque générale.

Nous supposons que cette résistance ne puisse pas arrêter l’ennemi. On passe alors à la troisième période.

Troisième période. —Elle comprend deux moments : lo. L’évacuation de la position ; 20. La retraite.

PREMIER MOMENT.—On procède à l’évacuation de la position quand on a perdu toute chance de rétablir son ordre de bataille et de reprendre les points perdus.

On se retire alors sur une seconde position parallèle à la première et que l’on a dû préparer d’avance.

Si l’on a conservé des forces suffisantes, on peut renouveler l'engagement et arrêter l’ennemi.

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Si, au contraire, on se sent décidément le plus faible, si on est incapable d’arrêter l’effort de son adversaire, il faut se résoudre à battre en retraite et passer au deuxième moment de la troisième période.

DEUXIEME MOMENT.—Il n’y a rien de si certain et de si variable que le moment où l’on doit donner l’ordre de la retraite. Cela dépend du caractère du général, du moral des troupes, du bnt de la bataille.

Un général prudent et timide craindra pour la totalité de son armée. Il ordonnera la retraite bien avant un général hardi et entreprenant.

Avec des troupes jeunes, il ne faut pas chercher à trop prolonger la résistance.

Fnfin ie but de la bataille détermine encore le moment de la retraite, Suivant son degré d’importance, on peut se retirer de bonne heure ou tout tenter au contraire pour conquérir le succès.

Indépendamment de ces considérations, le général en chef doit évaluer les pertes matérielles qu’il a déjà subies ; pertes en hommes, en chevaux, en bouches à feu.

Il évaluera aussi les pertes morales, c’est-à-dire, celles qui ont rapport à l’ordre, au courage, à la confiance, à l’ensemble de l’armée.

On évalue encore la perte du terrain, la quantité dont on a reculé.

Et enfin on compare ses réserves avec celle de l’ennemi.

On estime de cette manière de combien l'équilibre est rompu, et on se décide à prolonger la lutte ou à donner le signal de la retraite.

Quand la retraite est décidée, elle peut avoir lieu de plusieurs manières, suivant les conditions dans tesquelles on se trouve: conditions relatives à l'engagement et conditions relatives aux localités.

Si l’engagement a été défavorable sans amener de grandes pertes, on se retire avec ordre et facilité. Si l’on a au contraire éprouvé des peïtes nombreuses et un échec général, la retraite peut devenir un désastre, comme à Leipzig, comme à Waterloo.

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Quant aux localités, il faut tenir compte de la direction des lignes de retraite qui peuvent être perpendiculaires ou latérales à l’ordre de bataille. Il faut tenir compte de la nature du terrain, qui peut être découvert, ou qui peut présenter des accidents favorables, ou enfin qui peut offrir un défilé sur les derrières du champ de bataille.

Dans tous les cas il faut chercher avec les troupes de réserve à arrêter la poursuite de l’ennemi.

Si le terrain est découvert, on forme des carrés avec de l'artillerie dans les intervalles.

Si le terrain présente des obstacles favorables, on les occupe.

Enfin si l’on doit franchir un défilé, on en défend fortement la tête.

Pendant ce temps, les troupes des différentes armes exécutent leur retraite.

Celles qui ne sont pas entammées rétrogradent en ordre et lentement. Elles imposent à l’ennemi et protégent le mouvement.

Enfin il y a des troupes qui fuient en désordre. Pour celles-là, il ny a qu’un seul moyen de les rallier: c’est de se jeter avec d’autres troupes au-devant de l’ennemi pour l'arrêter. En même temps, les colonels se portent en tête des fuyards avec leurs drapeaux. Ils s’arrêtent dans quelqu’endroit bien visible. On bat la marche du régiment, et les officiers font tous leurs efforts pour rallier leurs hommes.

Le rôle principal est évidemment celui de la réserve, qui doit sauver l’armée.

On arrive ainsi en combattant jusqu’aux limites de la position. Les bataillons déployés se sont formés en colonnes, puis les colonnes de bataillon ont formé successivement des colonnes de régiment, de brigade et de division.

On évacue ainsi le champ de bataille. La nuit favorise ordinairement la retraite; on s’arrête un moment pour reprendre haleine, pour se réorganiser. Puis après quelques heures de repos,

on rentre sur le théâtre d’opérations et l’on exécute une marche 22 *

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stratégique rétrograde, d’après les principes énoncés dans le chapitre sur les retraites.

Les conséquences d’une bataille perdue se résument en perte d’hommes tués, blessés ou prisonniers ; perte de bouches à feu et de drapeaux; perte de bagages, d’équipages, de voitures de toute espèce ; désordre dans l’armée, allant quelquefois jusqu’à la désorganisation ; enfin perte de la confiance, du moral, de l’opinior; ce qui entraîne presque toujours l’insuccès de la campagne.

Tels sont les caractères généraux d’une bataille défensive.

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Elle est offensive ou défensive, selon qu’on la commence ou qu’on ne fait qu’y résister.

f Elle est dans son principe et sa pratique soumise au droit naturel Hot ja | et au droit des gens, au droit politique et au droit civil. HAUT

Le droit naturel concerne les rapports des hommes entre eux, ii | 14 sans distinction de pays. C’est la morale proprement dite, enseignée par Dieu lorsqu’il mit l’homme sur la terre, conservée par la religion ou la tradition, et d’ailleurs gravée dans la conscience de chacun. Indépendamment de la cité et des rapports de nation à nation, il n’est écrit dans aucun code humain.

Le droit des gens concerne les rapports des peuples entre eux. Il est dominé par ce principe, qu’ils doivent se faire dans la paix le plus de bien, et dans la guerre le moins de mal possible, sans nuire à leurs véritables intérêts. Lorsqu'il s’écarte du droit naturel, ce n’est g’accidentellement, et par des considérations de la plus haute importance ; dans le doute, le droit naturel l’emporte.

Le droit politique règle les rapports du prince ou gouvernement avec les citoyens.

Le droit civil ou privé règle les rapports de ceux ci entre eux. C’est le corps des lois civiles proprement dites, commerciales et criminelles, adoptées par un peuple.

Pour se rendre compte de ce que c’est qu’une guerre juste, il faut définir le mot ennemi.

“ C’est celui qui nous fait la guerre ou à qui nous la faisons, à la suite d’une déclaration publique.” Cicéron entend aussi par ennemi : “ celui qui a le gouvernement des affaires politiques, un conseil public, les finances, le droit de commander aux citoyens, en vertu de leur consentement et de leur union, et le pouvoir de faire le paix ou la guerre dans l’occasion.”

La loi naturelle commande aux hommes de vivre ensemble paisiblement, et de se rendre sans contestation toutce qu'ils se doivent réciproquement.

La paix distingue l’homme des bêtes. Elle est conforme à l’ordre qui est l’unité ou l’harmonie tandis que la guerre est la division, le désordre, comme son nom l'indique.

Mais quand la méchanceté ou l’avarice attaque les biens, la personne, l’honneur d’un homme, il faut se défendre.

Les sujets du même état invoque la justice publique ; mais deux états ou puissances ne reconnaissant point de juges communs, sont dans la nécessité d’employer eux-mêmes la violence pour obtenir justice.

De là le droit de la guerre ; or, aucune guerre ne doit être entreprise que pour l’une de ces trois causes ;

10. Défendre nous et ce qui nous appartient contre une agression injuste ;

20. Reconquérir ce qu’on nous a ravi, ou ce que l’on refuse injustement de nous accorder ;

30. Obtenir réparation d’un dommage causé, et des garanties afin qu’on soit pour l’avenir à l’abri d’un semblable préjudice.

Camille, haranguant ses soldats contre les Gaulois, argue des trois causes à la fois, en disant :

Qu'il prend les armes pour toutes les choses qu’on peut légitimement défendre, redemander et venger.

Au premier cas, c’est la guerre défensive ; aux deux autres, c’est la guerre offensive.

En résumé la guerre est légitime et nécessaire : 10. Pour sauver l’indépendance nationale dès qu’on l’attaque ; 20. Pour protéger les peuples faibles opprimés par des tyrans.

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Elle est inutile et criminelle quand elle est fuite :

10. Par des tyrans qui veulent opprimer la liberté d’un peuple dont ils craignent l’exemple ou la propagande.

20. Par des monarques ou leurs complices voulant maintenir leur domination sur un peuple ou reconquérir celui qui les a chassés ;

30. Par des gouvernants qui veulent augmenter le nombre de leurs sujets, et agrandir leur territoire, soit pour accroître leur commerce, soit par un esprit d’orgueilleuse admiration, soit pour vivre aux dépens du labeur des peuples conquis ;

40. Par des tyrans qui sentent le besoin d’occuper par des nouvelles l'esprit du peuple qu’ils oppriment, et de donner carrière à ambition et à la cupidité de leurs satellites.

De la stratégie,

Des deux principes fondamentaux de la guerre.—Deux principes fondamentaux dominent la science de la guerre : la force et la mobilité,

On obtient lu force en dirigeant la masse de ses troupes sur le point décisif.

L'homme le moins éclairé comprend que deux valent plus qu’un : si donc j’attaque avec 40,000 hommes un détachement de 20,000 isolé d’une armée de 60,000, je dois l’écraser, quoique l’armée ennemie soit supérieure à la mienne.

Les stratagèmes, le bon emploi de chaque arme, l’ordre de bataille n’en sont que des moyens.

Il en est de même des approvisionnements de bouche et de guerre, car faute de vivres les soldats ne sont pas présents, ou manquent de vigueur ; faute de munitions, les armes deviennent impuissantes.

La mobilité est un autre grand principe ; sans elle, on ne pourrait réunir ses forces en temps utile sur le même point ; en outre,

celles-ci, demeurant entassées, perdraient une grande partie de leur valeur.

On doit donc se tenir constamment dans la crainte salutaire d’éparpiller et d’entasser.

Ces deux principes, bien qu’appliqués dans tous les temps par les grands capitaines, ont été méconnus aux époques de décadence militaire, notamment en France, depuis le milieu du règne de Louis XIV jusqu’en 1793.

Dans cet intervalle, Eugène de Savoie et Frédéric II, roi de Prusse, surent en profiter. Mais durant les vingt premières années de la guerre qui ensanglanta l’Europe après 1792, le gouvernement français seul les appliqua, tandis que le reste de l’Europe, y compris la Prusse, paraissait l’avoir oublié. Celle-ci voyait alors dans des détails insignifiants la cause des victoires et des défaites. Simaginant que Frédéric n’avait triomphé qu’au moyen de la discipline, elle la porta jusqu’à une raideur ridicule et nuisible.

Lorsque Napoléon et Moreau se rencontrèrent pour la première fois : “ Vous arrivez d'Egypte victorieux, dit celui-ci, et moi “ d’Italie après une grande défaite. Si Joubert, qui avait formé 4 la résolution de profiter de l’enthousiasme que causait sa prêsence & à l’armée, s’y était rendu incontinent, les Russes et tes Autri- “ chiens, avec les seules troupes qu’ils avaient alors, eussent été “ infailiblement battus. Mais ce général ayant perdu un mois à ‘ Paris à cause de son mariage, les ennemis réunirent toutes leurs forces et nous accablèrent. C’est toujours le grand nombre qui ‘ bat le petit.”

“ Vous avez raison, répondit Napoléon. Lorsqu’avec de moindres “ forces j'étais en présence d’une grande armée, groupant avec 4 rapidité la mienne, je tombais comme la foudre sur l’une de ses “ ailes, et je la culbutais. Je profitais ensuite du désordre que “ cette manœuvre ne manquait jamais de mettre dans l’armée “ ennemie, pour l’attaquer dans une autre partie, toujours avec “ toutes mes forces. Je la battais ainsi en détail ; et la victoire “ que je remportais était toujours, comme vous le voyez, le tri- “ omphe du grand nombre sur le petit.”

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