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Napoléon le choisit aussi à Leipzig, mais vainement, à cause de la grande supériorité numérique de l’ennemi qui de son côté, pour la faire valoir, choisit l’ordre concave.
Ainsi le plan funeste aux coalisés en 1794 les fit triompher en 1813, tant il est vrai qu’un général doit avant tout connaître les circonstances, c’est-à-dire, la question de fait, de même qu’un juge, pour bien appliquer le droit, a besoin de s’enquérir parfaitement du fait.
Sans doute un ordre de bataille est rarement sur le terrain aussi régulier que sa figure géométrique ; néanmoins, le général, dès qu'il a résolu l’attaque ou se tient prêt à la soutenir, choisira le sien parmi les six que nous avons indiqués, en le modifiant ou combinant suivant le terrain et les forces respectives.
Il aura soin surtout de dissimuler ses dispositions, car il en pourrait perdre le fruit par les mesures que l’ennemi prendrait en conséquence.
A Cannes, Annibal présenta d’abord l’ordre parallèle, puis fit avancer son centre en laissant ses ailes parallèles à l’ennemi.
Il ne forma donc point d’abord sa /ure de peur de faire soupçonner son dessein.
On supposa qu’il ne s’avançait ainsi que par une téméraire ardeur, tandis qu’il ne voulait qu’attirer entre ses ailes l'ennemi, afin de le surprendre en flanc et de l’exterminer.
Il s’agit dans le choix de l’ordre de bataille de masquer, autant que possible, un stratagème, ce que Epaminondas avait aussi admirablement compris.
À Leuctres, par son ordre d’ubord parallèle, il feignit une attaque sur toute la ligne où les forces de son ennemi s’éparpillèrent.
À Matinée, sa perpendiculaire, ressemblant à une marche ordinaire, fit croire que son dessein n’était que d’aller camper ; ennemi débrida ses chevaux et commença à se débander.
Tout à coup notre capitaine renforce la tête ou la pointe de sa 24*
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perpendiculaire par une double colonne de soldats d'élite, et fond sur l'ennemi surpris. Observons toutefuis que Epaminondas ayant été blessé mortellement, cette bataille bien que gagnée ne fut d'aucun profit pour sa patrie. Que pouvaient faire les mains qui n'avaient plus de chef ?
Dasecoursinattendu,—Lorsqu’au fort d’une bataille une division composée de troupes fraîches et nombreuses, inattendue par ennemi, vient au secours de l’autre parti, elle décide presque toujours la victoire en faveur de ce dernier.
A Marengo, les troupes de Dessaix la donnèrent aux Français, vaincus jusqu’à ce moment.
A Waterloo, la marche de Blüûücher et de Bulow rendit infaillible la défaite de l’armée française.
A Magenta, l’arrivée du général Mac-Mahon presque intact décida lu victoire contre les Autrichiens.® Il ent laissé perdre la bataille en opérant sa jonction avec le quartier général qui se trouvait à quelques milles de Magenta; car l’armée autrichienne, libre sur sa propre droite, aurait pu le prendre en flanc et l’accabler.
Mais il comprit heureusement qu’arrivant tardivement, il devait changer la direction d’ubord concertée.
Toutefvis ce général distingué commit trois fautes :
lo. En annonçant son arrivée plus tôt qu’il ne put l’effectuer, car il aurait dû connaître sa route ;
20. En divisant son corps d’armée en deux fractions, pour opérer une marche divergente avant la bataille ; s’il ne pouvait marcher en masse, il devait du moins marcher parallelement ;
30. Quand, inquiet sur la division Espinasse, divergeant sans lui faire connaître ses propres aventures, il courut lui-même avec quelques cavaliers à sa recherche.
Il n’y devait envoyer qu’un officier subalterne.
En effet, en quittant le gros de son armée, il le laissait sans direction, ct s’exposait, sans aucune utilité, à être tué par un tirailleur ennemi dont les ravins étaient pursemés.
# On sait que pour cette action Napoléon EL le nomma Maréchal de France.
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D'ailleurs on ne doit jamais mafier de s'assurer des communications continues: c’est la première précaution à prendre, surtout après avoir négligé des reconnaissances toujours indispen-
sables.
Le général Giulay avait habilement choisi Magenta pour s'opposer au passage de l’armée française, dont l’objectif était Milan, capitale de la Lombardie.
Ce poste lui donnait, par la configuration et les accidents du terrain, la facilité de masser ses forces tout en les dissimulant.
La garde impériale française même incomplète commença attaque, ne croyant pas sans doute avoir en face des ennemis aussi nombreux. L’état-major eut tort de ne point faire de reconnaissance où de la mal faire.
D'ailleurs c'était un de ces cas où les présomptions seules montraient que l’ennemi ne défendait point le passage avec le peu de troupes qu’il laissait apercevoir.
Mais le courage et la tenacité du générallissime des Français, le dévouement de ses officiers et des soldats réparèrent cette faute.
Quant à l’Autrichien, il montra une incapacité visibie. Il devait amuser la garde avec dix mille hommes, et attaquer en flanc, avec le reste de son armée, les corps Français qui arrivaient,. Il les eût coupés et mis en déroute.
L'examen de cette bataille suggère une réflexion sur cette erreur commune, qu’un bon lieutenant marche au canon ; c’est-àdire que, s’il n’a pis reçu d’ordre du général en chef, il doit néanmoins raurcher dès qu’on se bat ; et que, s’il a reçu celui de marcher d’un côté opposé, il doit n’en pas tenir compte.
En soutenant une pareille thèse, on oublie le principe capital de la science, qui est l’unité ou l'harmonie.
Le général en chef est présumé tout prévoir et étublir son plan en conséquence,
Or, si une partie notable de son armée va d’un côté opposé à celui qu'il a prescrit, ou si, n’ayant point reçu d'ordre, elle change de position, un effreyable désordre en sera la conséquence.
Si c’est par oubli qu’un corps n’a point reçu d’urdre, ou si
l'ordre est intempestif, tant Le le général en chef qui ne peut imputer qu’à lui-même son oubli ou le défaut de communications.
Mais pour une fois que désobéissance sera utile, vingt fois elle fera détruire l’armée.
Des suites de la bataflle,—1I1 faut au général en chef une grande présence d’esprit pour déjouer les stratagèmes, comme pour faire naître des incidents favorables.
Le dictateur Caïus Sulpicius, au moment de livrer bataille aux Gaulois, fit monter sur les bêtes de somme tous les gens inutiles de l’armée, et leur donna des drapeaux susceptibles de les fuire prendre pour une cavalerie réglée. 11 les posta derrière une colline, et leur ordonna de se montrer au milieu de la batailie.
Ce:stratagème, qui fut bien exécuté, inspira une telle épouvante aux Gaulois qu’ils se laissèrent battre.
A Varennes, lorsque Louis XVI fut arrêté, Drouet, manquant de soldats pour lutter contre ses satellites, fit reculer ceux-ci en criant: canonniers à vos pièces !
Sylla, voyant le général de sa cavalerie passer à l’ennemi avec une partie de ses troupes, feignit que c’était un piège tendu par son ordre. Une autre fois, ses troupes auxiliaires cyant été enveloppées par les ennemis et taillées en pièces, il s’écria qu’il les avait engagées là à dessein pour s’en défaire, parce qu’elles se préparaient à la révolte.
Sertorius poignarda de sa main un barbare qui lui annonçait la défaite d’un de ses lieutenants, de peur qu’il n’allât divulguer cette nouvelle capable d’intimider le reste de l’armée alors engagée dans une bataille.
Manlius remporta une victoire contre les Toscans, pour avoir annoncé à son aile gauche qui pliait que la droite enfonçuit l’ennemi.
Muis le stratagème doit être si habilement conçu et exécuté qu’il ne soit pas découvert, car nntrement il tournerait au détri-
ment du parti qui en use.
* Semiramis, remurquant que le roi des Indes avait un grand nombre d’éléphants, voulut l’épouvanter à son tour en lui montrant
qu’elle n’en possédait pas moins.
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Mamercus avait été nommé dictateur contre les Fidénates. Leur chef, pour jeter l’épouvante dans l’armée romaine, ordonna qu’au plus fort du combat nn certain nombre de soldats sortissent de Fidèles avec des feux au bout des lances, dans l’espoir que les Romains étonnés de la nouveauté de ce spectacle, fuiraient en désordre. Ceux-ci éprouvèrent d’abord quelqu’émotion ; mais le dictateur étant accouru leur demanda s'ils n’avaient pas honte, semblables à des abeilles, de fuir la fumée, et leur ordonna de courir sur l’ennemi qui fut taillé en pièces.
Quand la victoire paraît se déclarer, les officiers doivent contenir les troupes, les empêcher de se débander, et charger en bon ordre la seconde ligne, ou la réserve de l'ennemi. S'ils renversent encore celle-ci, ils doivent avec plus d’attention emjêcher que les troupes ne se débandent, de peur qu’elles ne soient chargées et mises en désordre par la première ligne de lennemi qui pourrait s'être ralliée.
Si l’on tombe sur les bagages, il ne faut point laisser débander les soldats disposés au pillage, mais achever d’accabler l'ennemi dans sa retraite, surtout en dirigeant la poursuite contre sun fluuc.
En un mot, il ne faut jamais oublier que tant que la victoire n’est pas complète, celui qui se croyait vainqueur peut être battu.
La poursuite se fait contre une armée inférieure, où devenue telle par la défaite, ou contre une armée supérieure, battue par accident. Au premier cas, il faut déployer beaucoup de vivacité et même de l’acharnement, en ayant soin toutefois de ne pas tomber dans une embuscade, ce qui est toujours honteux.
Au second cas, il est bon, suivant le précepte de $cipion, de faire un pont d'or à l’ennemi pour faciliter sa fuite.
En effet, quand celui-ci trouve un chemin libre pour se sauver, lesprit de déroute devient général ; tandis que, si on lui barre toute retraite, le désespoir peut le faire songer à ses ressources ; un homme énergique suffit pour le rallier et lui faire resaisir la victoire.
Il est du devoir rigoureux d’un général en chef de s’efforcer d’amcindrir son désastre en cas de défuite.
En conséquence, au moment qui précède la perte de la bataille, il doit prendre l’une des deux résolutions suivantes :
lo, Faire un effort considérable avec les troupes les moins endommagées, pour donner le temps aux autres de se rallier, et s’emnarer en arrière d’un poste ou d’un défilé qui Pabrite provisoirement jusqu’au moment où il pourra gigner un camp sûr et y réparer ses forces. Toutefois, en quittant uinsi le champ de bataille en plein jour, sans attendre la derniére extrémité, on peut s’exposer à perdre la partie au moment où l’enneini renonçait luimême à la poursuivre ;
20. Combattre à ou'‘rance jusqu’à la nuit, pour effectuer sa retraite à la faveur des ténèbres. Mais on peut être complètement défuit avant cet instant désiré ; d’ailleurs, si une retraite forcée se fait dans les ténèbres, comment éviter accroissement du désordre dans nne armée naturellement saisie d’épouvante, et qui ne peut plus rien voir ?
Les circonstances seules indiqueront lequel des deux modes on devra adopter.
En tout cas, quand la retraite est commencée, ii est dangereux d’ordonner uae marche forcée pour gagner de l’avance ; la fatigue pouvant achever la perte de l’armée.
La retraite doit donc être exécutée à petites journées et en bon ordre, parce qu’alors on peut former des arrière-gardes assez fortes pour se maintenir contre les têtes des colonnes ennemies.
On doit marcher en masse sur la même route, quand on se replie intact dans le but de combattre dès qu’on aura opéré une jonction; puis on atteint le point stratégique qu’on désire.
Napoléon dans sa retraite de Russie en 1812, échelonna son armée en plusieurs corps à une marche l’un de lautre, sur une seule route. Ce fut une grave imprudence, parce qu’il les isolait. L’ennemi au lieu de l’attaquer en queue le prit latéralement, et tomba perpendiculuirement sur les corps isolés; ce qui leur fut fatal, notamment dans les trois journées de Krasnoï.
Cette retraite fut la plus désastreuse que l’on vit jamais.
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ET D'HISTOIRE MILITAIRES. 371 Outre la retraite forcée, provenant de la défaite, il y en a de deux autres espèces :
10. Celle que l’on fait volontairement, avant d’avoir combattu, pour amener l'ennemi sur un terrain moins avantageux pour lui, comme Wellirgton se retirant de Quatre-Bras sur Waterluo.
En 1812, les Russes en firent une habile du Niémen jusqu’à Moscou, devant la formidable armée de Napoléon etsaus se luisser entumer dans cet espace de 240 lieues;
20. Celle que l’on opère sens être battue, pour courir à la défense d’un point menacé par l'ennemi, tel que la base d'opérations.
Ce cas se présente notamment quand on marche loin de ses propres dépôts duns une contrée épuisée, parce qu’alors on est forcé de s’en rapprocher.
Muis généralement elles exigent les mêmes précautions que les retraites furcées.
L'on n'a jamais trop de cavalerie dans une retraite, tant pour bien éclairer la route que pour flanqier l’armée et empècher l’ennemi de la couper à l’improviste.
Il cst nécessuire surtout de bien régler l’ordre de ja marche et de l’arrivée de chaque ccrps, ce qu’un trop grand nombre de généraux ont néglioé. |
Quand il s’agit de passer une rivière, il faut faire prendre les devants aux parcs, afin qu’on n’en soit pas encombré,et tenir l’'arrière-garde assez loin du corps de bataille.
L'armée aura uinsi le temps de filer sans être serrée de trop près.
A mesure qu’elle passa, elle établira des têtes de pont et redoutes pour protéger les derniers corps.
La marche de lurrière-garde doit être combinée de façon qu’elle se trouve en position, 2n avant des ponts, dès que les dernières troupes du corps de bataille auront effectué leur passage.
TI y a peu d'opérations aussi difficiles qu’une retraite, parce qu’elle diminue le courage des soldats en redoublant celui de ennemi.
Par conséquent le général doit persuader à son armée qu’il ne se retire puint pour éviter le combat, mais parartifice, afin d’attirer
l'ennemi sur un terrain où il pourra lui dresser des embuscades.
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Souvent une retraite a été favorisée par un piége tendu au vainqueur. Afranius opérant la sienne devant César feignit de camper, ce que l'ennemi fit à son exemple ; mais lorsque les troupes de celui-ci furent dispersées pour le fourrage, Afranius continua sa marche.
Philippe, défait en Epire par les Romains, et craignant d’être poursuivi dans sa retraite, demanda une suspension d’armes pour enterrer les morts et se retira pendant ce temps.
Des surprises et coups de mains.—La meilleure manière de surprendre une armée, c’est de tomb:r avant le jour sur son camp au moment où elle ne s’y attend point,
On doit en garder avec soin le secret, même à l’égard de ses propres troupes, de peur quil ne soit révélé à l'ennemi par un espion, où un déserteur ou un vantard.
Il n’est point de meilleurs desseins que ceux qui seront absolument ignorés de l’ennemi avant leur exécution, dit Vegéce.
La surprise doit aussi être préparée par une fausse démonstration qui détourne l’attention de l’ennemi du véritable projet, et la lui fasse porter ailleurs dans le cas où il aurait eu l’éveil.
C’est surtout dans ces occasions que se montre le coup d’æil tactique et le sang-froid d’un capitaine habile, parce qu’il faut que, dans le fracas même des armes, toutes ces manœuvres tendent au but.
1] faut avoir une exacte connaissance du pays et des troupes ennemies sur lesquelles on veut entreprendre, ainsi que de la protection qu’elles peuvent recevoir par le voisinage d’une armée ou d’une place ; enfin, profiter de tous les accidents même climatériques, tel qu’un orage.
Mais on doit éviter de déployer toute l'armée derrière l’avantgarde, parce que si l'ennemi pousse celle-ci vigoureusement, sa déroute entraîne ordinairement celle des autres troupes.
L’exécution d’une surprise doit être pratiquée avec vivacité,
sans confusion, de manière que chaque commandant d’un corps ou d’u détachement se trouve, en arrivant au lieu de son opératics, instruit du parti qu’il prendra, soit qu’on réussisse, soit qu’on échoue dans l’entreprise.
tendu au vaingnit de camper,
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On nomme coup de maïn l'escalade ou la prise de vive force d’une place fortifiée ou d’un camp retranché, quand il n’y a pas de brèche, ou que celle-ci n’est pas praticable,
L’audace déconcerte souvent, parce qu’elle fait supposer plus de force qu’il n’y en a réellement.
Généralement la réussite d’un coup de main est due plutôt à l’imagiration, au tact et à l’audace du général qu'aux règles de la tactique.
Ce qui a réussi dans un cas réussirait difficilement dans un autre semblable, Mais chacun doit se mettre à l’abri en se tenant constamment sur ses gardes.
Philippe, à l'attaque d’une place maritime, fit élever secrètement sur deux vaisseaux des tours à plusieurs étages ; et comme il donnait l'assaut du côté de la terre, 1l les approcha tout d’un coup de l’autre et prit la ville par là.
Lorsque le général Pélissier eut résolu la seconde attaque de la tour Malakoff, il donna durant plusieurs jours de fausses alertes au moyen de son artillerie ; de sorte que les Russes, y étant habitués et n’y prenant plus autant garde, furent enfin forcés le Jour de l’attaque sérieuse.
Le consul Cornélius Cossus prit plusieurs villes de Sardaigne en débarquant ses meilleurs soldats la nuit, dans un endroit couvert, et en abordant le matin d’un autre côté avec ses navires ; tandis que les ennemis accouraient en foule pour s’opposer à la descente, ceux qu’il avait mis en embuscade emportaient la place.
Periclès, ässiégeant une ville qui se défendait bien, fit sonner les tiumpettes la nuit et jeter des cris du côté de la mer. L’ennemi croyant être attaqué de ce côté là y accourrut, ct Periclès put entrer.
Le même, assiégeant dans le Peloponèse un château où il n’y avait que deux avenues, ouvrit un fossé dans l’une ponr empêcher les sorties, et attaqua l’autre où se trouvèrent toutes les furces de l'ennemi. Alors il fit jeter des ponts sur son retranchement et prit la place par l’endroit où il n’était point attendu.
De l'unité du commandement et de son indépendance.
“ Les grandes entreprises, disait Walstein, ne peuvent guère ‘ réussir que sous la conduite d’un seul homme ; elles échouent “ ordinairement quand plusieurs s’en mêlent.”
Les Romains ayant chassé leurs rois furent contraints dans les dangers de leur nouvelle république à créer des dictateurs avec une puissance souveraine.
Le roi de Suède agit seul, c’est par là qu'après de si faibles commencements il se trouve victorieux au delà de ses espérances.
La crainte de la honte et le désir de la gloire nous font agir rigoureusement quant clles ne regardent que nous.
Si ces choses sont communes, on néglige la réputation et le blâme où l’on a peu de part.
Le même inconvénient se rencontre dans les négociations ménagées par plusicurs. Le nombre nuit au secret.
Déjà Polybe, le plus judiciaire des historiens militaires, avait signalé le danger de placer deux chefs à la tête d’une armée, I nous apprend qu'Emile voulait éviter une rencontre à Cannes, parce que cette vaste plaine laissait à Annibal la faculté d'employer toute sa cavalerie, supérieure à celle des Romains ; mais Varron, son collègue profita du lendemain, jour de son commandement, pour livrer batu‘ile, ce qu’il n’eût point fait sans la jalousie qu’il avait conçue.
Quintius et Agrippa envoyés contre les Êques, cc dernier vit du péril dans le partage du commandement, et exigea que son collègue en fut seul chargé.
11 faut, dit-il, que dans les graves occasions il n’y ait qu’un seul chef.
à sui E d’av sien: nom sien:
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litaires, avait ne armée, I itre à Cannes, Al la faculté les Romains ; de son comat fait sans la
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En effet les Romains se sont toujours mal trouvés d'avoir partagé le commandement de l’armée entre les deux consuls, car son unité est le plus grand de tous les avantages.
Un chef médiocre est moins dangereux que deux éminents qui ne sont pas d'accord,
Les Athéniens étaient encore plus prodigues du commandement en élisant dix généraux, dont chacun le prenait à son tour.
Daus un grand danger de lu patrie, Aristide, sentant que la jalousie allait faire triompher les barbares, céda son tour à Miltiade qu’il jugeait le plus digne, Les huit autres généraux se crurent obligés de montrer le même désintéressement, l’imitérent, et la patrie fut sauvée.
Les républiques italiennes ayant l’habitude de nommer plusieurs généraux furent souvent battues à cause de cette imprudence, comme les Français aux quinzième, seizième et dix-septième siècles.
Quoique Napoléon ler se réservât le commundement suprème, il eut à regretter la restauration des Maréchaux de France, à chacun desquels, dans la même campagne, il confia le commandement d’un corps d'armée, c’est-à-dire, d’une trentaine de mille hommes.
En 1813, après la bataille de Dresde, les coalisés se décidèrent à suivre le conseil de Moreau et de Bernadotte.
Evitez, disaient ceux-ci, tout engagement contre Napoléon avant d’avoir rétini sur le même point une armée au moins double de la sienne, car il est si habile tacticien qu’il vous battra toujours à nombre égal. Tandis que vous réunirez vos forces, épuisez ies siennes par des marches contre-marches et pourparlers.
Ce plan fut habilement exécuté, l’armée de Napoléon, en grande partie composée de recrues, diminuait chaque jour, tandis que celle des coalisés augmentant sans cesse se concentrait sur Leipzig pour livrer une bataille décisive.
Quand Napoléon reconnut qu’on l’avait joué, qu’il ne pouvait plus mettre en ligne que 180,000 hommes, tandis que ces ennemis en pouvait mettre le double, il eut le présentiment de sa défaite prochaine. Alors il réunit à Duben un grand conseil de guerre où
il exposa le projet suivant : “au lieu d'engager une bataille contre des troupes plus exercées, et beaucoup plus nombreuses, marcher sur Berlin, s’en emparer, rappeler toutes les garnisons de l’Elbe et de l’Oder, ce qui ujouterait 160,000 à son armée, et tenir ainsi les coalisés entre lui et le Rhin. La France est encore en état de leur résister, disait-il, je la soulèverai contre eux.
En même temps, je couperai leurs communications et leur retraite, et tomberai sur leurs derrières, après avoir fait reposer mes troupes.”
Muis comme cet ingénieux plan forçait l’armée française à guerroyer encore un hiver au moins, presque tous les maréchaux remontrèrent qu’on était assez fatigué, et qu’il valait mieux de suite livrer la bataille.—Eh bien, nous la livrerons, dit l’ Empereur, mais comment tournera-t-elle? Dès que la séance fut levée, il se pluigait avec ainertume en présence de quelques intimes. /s sont trop riches, s’écria-t-il, ts veulent aller passer l'hiver dans leurs hôtels à Paris et jouir! !....
Outre que le commandement ne doit pas être partagé, il faut encore que le général jouisse d’une grande liberté et ne soit pas dépendant des ordres d’un ministre ou d’un cabinet. Voilà pourquoi les monarques capables de commander eux-mêmes leurs armées ont eu tant de supériorité sur leurs ennemis.
Tite-Live,discutant la question de savoir si Alexandre-le-Grand avait triomphé des Romains, s’exprime ainsi: “ Non-seulement les rois re connaissent point tous les obstacles qui nuisent aux géné-
aux subordonnés à un sénat, mais ils sont maîtres des temps et
des événements. Loin d’être obligés de suivre une impulsion étrangère, ils donnent le mouvement à tout.”
L'indépendance, dit aussi Ainelot de la Houssaye dans ses réflexions sur Tacite, est un grand avantage dans un général d’armée pour l'exécution des grandes choses. Germauicus aurait achevé de subjuguer toute l’Allemagne, si Tibère n’eût pas été jaloux de sa gloire. Le duc d’Albe aurait pris Rome et le Pape, si Philippe II, son maître, eût été de l’humeur de Charles-Quint, Le comte de Rantzau, qui fut depuis maréchal de France, aurait infailliblement surpris la citadelle de Gand, où il y avait alors beaucoup de
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aye dans ses à général d’arsaurait achevé été jaloux de pe, si Philippe t. Le comte ait infailliblebeaucoup de
prisonniers français, portugais et catalans, si M. Desnoyers, qui gouvernait tout sous l’autorité du cardinal de Richelieu, eût voulut seconder cette entreprise ; au lieu qu’il :a fit échouer, pour empêcher que le comte, dont il haïssait la personne, ne devint trop considérable à la cour par un si grand service.
Le maréchal de LaMothe-Houdancourt aurait amené le roi d’Espagne prisonnier à Paris, si la régence n’eût pas été entre les mains de sa sœur, qui préféra en cette rencontre les intérêts de son frère à ceux de son fils.
Le gouvernement dont le siége est éloigné du quartier général doit donc être très-circonspect dans ses ordres, qui peuvent être impraticables ou funestes. Voici un exemple entre mille qui le prouve.
L’empereur d'Autriche manda à Eugène de Savoie de ne pas livrer bataille aux Turcs. Cet ordre arriva au moment où le général avait pris toutes ses mesures, car il voyait ia nécessité de ne pas la différer, le moindre retard pouvant devenir funeste. Il remporta cette fameuse victoire de Zenta où périrent 25,000 Turcs ; leur armée fut dispersée, et le grand seigneur forcé de souscrire la convention de Carlowitz, si favorable à la chrétienté. Mais le vainqueur fut mis aux arrêts et destitué par l'Empereur, qui, rougissant enfin de cette injustice, rendit toute sa confiance au sauveur de l’Empire.
Qu'il est plus important d'avoir un général excellent qu'une bonne armée.
On a souvent demandé s’il vaut mieux avoir affaire à une bonne armée mal commandée qu’à une armée faible bien commandée.
La plupart croient qu’une bonne armée produira toujours un bon général, parce qu’une réunion de braves trouvera plus aisément dans son sein un homme éminent qu’un tel homme ne formera une multitude.
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