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César, passant en Italie pour combattre Pompée, disait avec satisfuction : “ Je marche contre un général sans armée.”
On remarque aussi l’e“emple de Lucullus qui, n’ayant aucune expérience de la guerre, se forma promptement, parce qu’il commandait une arméc exercée et aguerrie.
Nous répondons que le même César, se rendant en Espagne rour comhattre Afranius et Petreius qui, sans talents, commandaient une armée courageuse, s’écria : ‘“ Je fais peu de cas de cette armée, parce qu’elle est sans chef.”
Quoique Lucullus n’eût pas encore fuit la guerre, son aptitude naturelle avait merveilleusement profité de l’éducation militaire imposée aux Romains de son rang.
Toute l’histoire prouve qu’une bonne armée mal commandée ne peut accomplir de grandes choses ; tandis que celle munie d’un bon chef à ordinairement triomphé.
Les Romains avaient toujours vaincu les Volsques, lorsque Coriolan, le meilleur de leurs généraux, fut forcé de se réfugier chez ceux-ci. Ayant levé une armée pour se venger de ses concitoyens, il les battit ; et il était même sur le point de s’emparer de la ville de Rome lorsque les supplications de sa mère décidèrent sa retraite.
Sempronius Gracchus fit une excellente armée des esclaves que Rome enrôla dans un moment de crise. ÆEpaminondas avec des paysans thébains triompha des troupes spartiates elles-mêmes. Annibal avec 50,000 hommes, dont les trois quarts étaient bien inférieurs en tout aux Romains, défit ceux-ci à Cannes, quoique
leur nombre fut presque double,
Duns la première guerre punique, dès que les Carthaginois obéirent à Xantippe, ils triomphèrent des mêmes soldats qui jusqu’à ce moment les avaient vaincus.
Alexandre le Grand battit les Perses avec une armée dix fois moins nombreuse. Il n'avait pas uffaire seulement à des barbares, car son ennemi comptait parmi ses troupes un corps de Grecs valant les Macédoniens en courage, en discipline et presqu’en nombre. Si la Perse eût écouté les conseils de Memnon, leur capitaine, il eut probabiement taillé en pièce l’armée d’Alexandre.
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A Rosbach, Frédéric remporta une victoire complète sur les coalisés au nombre de 50,000 hommes, quoiqu’il n’en eût que 22,000.
Napoléon, en jlusieurs campagnes, notamment dans ses premières, triompha presque toujours avec des troupes inférieures en nombre.
Après la bataille d’Hochstett, Marlborough, qui la gagna sur les Français, dit à un prisonnier qu’il avait remarqué pendant l'action: & Siton maître avait beaucoup de soldats comme toi, il serait invincible. “ Ce ne sont pas les soldats comme moi qui lui manquent, mais des généraux tels que vous,” répondit le Français.
Ces exeinples démontrent que les talents du général en chef ont ordinairement plus d’importance que le nombre et la qualité des troupes. Il est facile d’en expliquer les raisons, parce que la guerre est une science ; par conséquent elle a des lois et des règles qu'on ne viole jamais impunément.
Utilité et objet des états-majors.
Le service des états-majors n’est pas réglé comme celui des autres armes.
L’Infanterie, la cavalerie, lartillerie, ont des règlements pour le service intérieur et pour le service en campagne.
L’Etat-major n’en a pas. Son service n’est pas défini. 11 est réglé par les généraux. Il varie par conséquent avec les individus et avec les circonstances.
On ne peut donc sur ce sujet que présenter des idées générales, qu’esquisser là manière dont les choses se passent le plus ordinairement, sans rien préciser d’une manière absolue, et en se rappelant toujours que le général dont on est l’aide-de-camp, sous les ordres de qui l’on se trouve, peut à chaque instant modifier les règles du service.
Nous avons vu, dans l’organisation des armées, comment était
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constitué le commandement des grandes unités qu’elles présentent, c’est-à-dire, des brigades, des divisions et des armées.
Les généraux qui se trouvent à la tête de ces diverses unités, ont des obligations considérables. Ils doivent ordonner, voir, surveiller tout ce qui a rapport aux troupes sous leurs ordres. Ils doivent pourvoir à tous leurs besoins. Ils doivent présider à tous leurs mouvements.
Pour suffire à des occupations aussi étendues et aussi multipliées ils ont évidemment besoin d’avoir auprès d’eux les officiers destinés à faire exécuter leurs ordres et à les soulager du poids des détails de tant de différents genres de services.
‘ Pour faire mouvoir habilement une grande armée, dit le général Lamarque, celui qui la commande doit avoir cent yeux, cent ‘voix, cent oreilles. Ces voix, ces yeux, ces oreilles, ce sont les officiers de son état-major.”?
L’état-major est donc destiné à aider le commandement. Il sert d’intermédiaire entre les généraux et les troupes. C’est le Jien qui réunit entre elles les grandes unités de l’organisation.
«C’est le cadre de leurs mouvements, particulièrement de ceux
“exécutés en présence de l’ennemi.
On en trouve l’utilité dans toutes les circonstances de la guerre A la frontière, l’état-major concourt à l’organisation de l’armée. Dans les marches, il précède les colonnes pour montrer le chemin, pour reconnaître le pays, pour avoir des nouvelles de l’ennemi. Dans les camps, il fait les recounaissances préliminaires, il indique les emplacements des troupes, il établit les situations numé-
riques.
Dans les batailles, il fournit les renseignements et les croquis préparatoires, il trace les lignes, il transmet les ordres et les instruction des généraux.
Un bon état-major, dit le général Jomini, est indispensable pour bien constituer une armée ; il faut le considérer comme la pépiwière où le général en chef doit puiser les instruments dont il se sert ; comme une réunion d'officiers dont les lumières doivent seconder les siennes.
Il y a ainsi harmonie entre le génie qui commande et les talents de ceux qui doivent appliquer les conceptions.
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à un certain nombre d’aides-de-camp suivant son rang. Le commandant en chef en a cinq.
Un général en a trois.
Les lieutenants, majors, et brigadiers-généraux en ont un seul.
Le système qui permet aux généraux de choisir leurs aides-de-
camp dans tous les corps offre, pour ces généraux, l’avantage AS nes SAT PUR f
d’avoir auprès d’eux des ofliciers qu’ils connaissent mieux, qui sont mieux à leur main, avec quiil leur est plus facile d’établir des rapports d’entière confiance.
Le service d’aide-de-camp est un service militaire qui n’a rien de personnel.
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L’aide-de-camp d’un général est attaché à son commandement et non à sa personne.
Néanmoins, il est évident que ses fonctions, le rapprochant beaucoup et fréquemment du général, demandent des rapports de confiance et impliquent un certain degré d'intimité.
Cette intimité est plus ou moins grande suivant le caractère et les habitudes du général. Quelle qu’elle soit, un aide-de-camp doit toujours entourer son chef des égards et du respect que comportent son âge, son grade et ses services militaires.
L’aide-de-camp est particulièrement chargé de la transmission de ses ordres.
Qn peut distinguer deux espèces d’ordres à transmettre :
Sur un champ de bataille ;
Et sur un théâtre d'opérations.
Sur un champ de bataille, on transmet des ordres aux différentes lignes de l’ordre de bataille ou bien aux troupes de réserve. Les distances à parcourir sont généralement de un ou deux milles. De plus les circonstances sont pressantes ; il s’agit, par exemple, de porter à une réserve de cavalerie l’ordre de charger un ennemi ébranlé. Un ordre semblable demande, avant tout, de la rapidité. Il faut le porter au galop, en franchissant tous les obstacles.
Sur un théâtre d'opérations, on transmet les ordres du général vers des points plus éloignés, par exemple, dans une marche stra-
tégique, on transmet les ordres du général du centre à l’une des 25 *
Tout officier-général anglais exerçant un commandement a droit
ailes. Les distances à parcourir sont quelquefois de 3, 4 ou à lieues. Il faut alors une allure soutenue et du fond plutôt que de la rapidité momentanée. Il faut, en même temps, de l'intelligence dans le choix de la direction à prendre.
Voici un exemple qui ie prouve :
Le 18 Juin 1815, l’empereur Napoléon est en présence de l’armée anglaise à Waterloo, avec la colonne principale de l’armée française.
Une colonne secondaire, sous les ordres du maréchal Grouchy, est à environ six lieues sur la droite, à Genbloux, à la suite des Prussiens, qui ont été battus à Ligny.
L'empereur, voulant attaquer les Anglais, cherche à rapprocher de lui sa colonne secondaire et à la faire déboucher sur le flanc de la position de Mont-Saint-Jean.
Deux ordres sont envoyés à cet effet au maréchal.
Le premier ne lui parvint pas.
Le second fut confié vers une heure, au moment où s’engageait sérieusement la bataille, à un colonel polonais, le colonel Zenovitz. Au lieu d’aller au-devant du maréchal et de chercher à passer la Dyle aux ponts de Limale, de Limelette, d’Ottignies ou de Moustier, ce qui était possible dans laprès-midi du 18 juin, le général Excelmans «ayant alors dépassé Mont-Saint-Guibert avec l’avantgarde du maréchal, le colonel Zenovitz revint aux Quatre-Bras, puis se dirigea sur Genbloux par Sombref. Il fit ainsi 11 lieues au lieu de 5. Il ruit 6 heures de temps pour remplir sa mission. J1 n’arriva à destination qu’à 7 heures du soir.
S'il s'était rendu directement à Mont-Saint-Guibert, il pouvait rejoindre le maréchal en deux heures. La bataille aurait eu peutêtre un autre résultat.
Cet exemple montre l’importance qu’il fart attacher à la transmission des ordres et aux fon2tion des officiers d’état-major.
Les fautes d’un colonel, dit à ce sujet un officier-général Russe, voir même celles d’un général de brigade, sont faciles à réparer. Ceiles d’un officier d'état-major sont le plus souvent irréparables.
Quelle que soit la nature de l’ordre à transmettre, un officier d’étatmajor doit s’attacher, en le recevant, à le bien comprendre, à en
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saisir l’esprit plutôt que la lettre, c’est-à-dire à saisir surtout l’intention dans laquelle cet ordre est ordonné, le moment et les circonstances auxquels il se rapporte.
Il doit chercher, en le transmettant, à le faire aussi clairement, aussi fidèlement, aussi simplement que possible. Il assiste ensuite au commencement d'exécution et enfin il vient rendre compte au général. Un officier d’état-major n’est donc pas seulement le porte-voix de son général ; il est, pour ainsi-dire, son représentant.
A ce sujet, le général Thiebault dit qu’il serait à désirer que, dans certaines circonstances, un général pût autoriser son aide-decamp à modifier, en cas de besoin, des ordres destinés à des corps éloignés, car la face des choses changz2 d’un moment à l’autre ; et un ordre bon pour un moment peut ne plus l’être pour un autre.
Exemple :
Torstenson était page de Gustave-Adolphe en 1624.—Le roi, près d’attaquer un corps de Lithuaniens en Livonie, et n’ayant point d’adjudant auprès de lui, envoya Torstenson porter ses ordres à un officier général, pour profiter d’un mouvement qu’il vit faire aux ennemis. Torstenson part et revient. Cependant les ennemis avaient changé leur marche. Le roi était désespéré de l’ordre qu’il avait donné ; sire, dit Torstenson, daignez me pardonner; voyant les ennemis faire un mouvement contraire, j’ai donné un ordre contraire. Le roi ne dit mot; mais, le soir ce page servant à table, il le fit souper à côté de lui, et lui donna une enseigne aux gardes ; quelques jours après, une compagnie ; ensuite un régiment. Torstenson fut un des plus grands capitaines de l'Europe.
Bien entendu, malgré l’exemple ci-dessus, un officier d’étatmajor ne doit jamais prendre sur lui de changer ua ordre reçu, à moins, comme nous l’avons dit tout-à-l’heure, qu’il n’en #1t obtenu l'autorisation du général et qu’il ne possède toute sa confiance.
Indépendamment d‘s orûres transmis par eux-mêmes, les aidesde-camp sont encore chargés fréquemment d’en faire transmettre par des plantons et ordonnances. Ce sont ordinairement des ordres écrits auxquels il faut assurer une réception rapide.
On confie alors la dépêche à un planton, cavalier ou fantassin, sous-officier, brigadier ou soldat. On lui donne en même temps un