La guerre défensive
Suivant que l’on attaque ou bien que l’on se défend.
Il faut cependant encore envisager la guerre sous deux autres aspects, sous deux points de vue différents.
D'une purt elle ravage les campagnes, elle détruit les richesses d’une nation, elle tarit les sources de sa prospérité, elle fait couler des torrents de sang ; c’est évidemment un fléau pour l’humanité.
Muis en même temps elle donne la gloire et la puissance ; elle exalte, elle entretient le courage d’un peuple et ses sentiments généreux.
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“ fait une réputation pour la guerre, chacun cherche à éviter les “ coups qu’elle peut porter.”
Au point de vue de l’avenir, la guerre est un moyen de civilisation.
‘“ La conquête, dit Montesquieu, peut quelquefois apporter des ‘“ avantages au peuple vaincu, en renouvelant ses institutions, en ‘€ retrempant son courage, en reformant ses mœurs, en le régéné- ‘“ rant.”
La guerre est un fléau, mais on peut cependant en tirer quelques avantages.
Dans tous les cas, c’est un fléau inévitable, et il faut savoir parfois aller au devant de lui.
De l’art militaire.
Quelle que soit la manière dont on considère la guerre ; qu’on la désire ou qu’on la redoute ; que l’on veuille, comme Rome, conquérir le monde ; que l’on veuille, comme Sparte, défendre son indépendance et repousser loin de son territoire les malheurs d’une invasion, l’art d’en diriger les opérations n’en est pas moins important.
Tous les peuples l’ont senti, tous ont compris que l’art militaire tenait aux plus grands intérêts de la société et les dominait tous ; que l’agriculture, le commerce, l’industrie, les beaux arts, ne pouvaient fleurir que sous sa protection, et que sur lui reposait leur existence ainsi que celle de leurs gouvernements.
Tous se sont occupés successivement de l’art de la guerre. Cet art est ancien comme le mond:. Escrime chez les barbares, il est devenu une science chez les peuples civilisés.
Les principes de l’art militaire sont tirés de l’histoire. Ils sont calqués sur la conduite des grands généraux et particulièrement sur celle des six plus grands capitaines de notre temps : Gustave- Adolphe, Turenne, le prince Eugène, Frédéric, Napoléon et Wellington.
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L’art de la guerre moderne est leur ouvrage, on ne fuit ici que Pexposer.
Cet art, d’après sa définition même, donne les moyens d’organiser une masse d'hommes, de les discipliner, de réunir leurs efforts, de les diriger vers un même but. Il transforme une multitude confuse en une troupe instruite et obéissante. Enfin il permet de faire mouvoir, sur un champ de bataille, une armée entière à la volonté d’un seul homme, d’après une seule pensée, celle de son général en chef, ‘“ Pensée, dit M. Thiers, qui, lorsqu'il s’agit de Frédéric “ ou de Napoléon, se développe au milieu des éclats de la foudre “ et dn bruit des batailles, avec autant de netteté que celle d’un “ Newton ou d’un Descartes, dans le silence du cabinet.”
Les principes de l’art de Ja guerre ne sauraient être méconnus. Il est impossible de nier leur existence ; ils sont aussi évidents que les principes de l’école de compagnie.
Quand il s’agit d'organiser et de faire mouvoir 100 hommes, il faut établir certaines subdivisions, leur donner des cadres, convenir de certains commandements ; il faut admettreune instruction préalable des chefs et des soldats. Il faut en un mot, des principes, des règles, une théorie. Ce qui est vrai pour une compagnie l’est Lien plus encore pour une armée.
Tout dans une campagne doit être profondément médité. ‘“ Le hasard seul ne peut rien faire réussir,” dit Napoléon.
Ainsi donc cette science existe. Elle est la plus importante de toutes puisque c’est sur elle que repose l’existence des états.
Elle a pour classiques les mémoires des grands généraux : ceux de Turenne, de Frédéric, de Napoléon.
Et ces ouvrages sont aussi clairs, aussi complets, aussi célèbres que tous ceux qui servent aujourd’hui de bases aux autres sciences expérimentales.
La guerre n’est pas, comme on l’a prétendu, un jeu de la force et du hasard,
“ C’est un jeu, dit encore Napoléon, mais un jeu sérieux où l’on “ compromet à la fois sa réputation, ses troupes et son pays.”
C’est bien le triomphe de la force, mais de la force habilement préparée et organisée, guidée par l'intelligence et le génie, agis-
sant d’après les principes de l’art, enfin de la force servie par les plus hautes vertus sociales, le courage, l’abnégation, le dévouement.
Quant au hasard, il a sa part dans les circonstances de la guerre ; mais l’art consiste à la lui faire aussi petite que possible ; et les principes ont précisément pour objet de maîtriser la fortune à force de prudence, de sagesse et de calcul.
Nous disons donc, qw’il y a des principes pour créer et pour faire mouvoir les armées.
Nous ajouterons que lexpérience et la pratique de la guerre, quoique très-utiles, ne sauraient les remplacer ni suppléer à la théorie. Celle-ci est indispensable, parce que la guerre présente tant de conditions diverses que la pratique ne peut suffire à apprendre tout ce qui en dépend ; parce que la vie de l’homme est trop courte pour qu’il puisse espérer tout expérimenter par luimême ; enfin parce que pendant les longues périodes de paix, l’art et les principes périraient et chaque génération devrait recommencer le travail des générations précédentes.
Certains auteurs allemands ont défini l’art de la guerre : “ l’es- “ crime de l’armée.”
Il ya en effet une certaine analogie entre l’art militaire et l’escrime.
L’un et l’autre offrent un certain nombre de combinaisons qui se rapportent aux circonstances les plus fréquentes des luttes individuelles ou des luttes d’armérvs.
Mais il faut savoir adapter ces combinaisons aux lieux, aux hommes et aux choses, et savoir encore les exécuter avec précision, énergie et à propos.
A la guerre comme dans l’escrime, l’exécution joue un grand rôle.
De plus il faut se rappeler qu’à la guerre, l’instrument dont on se sert, l’armée, n’est plus un élément inerte, mais un élément vivant, variable, susceptible d’enthousiasme et de découragement.
Ceci doit faire pressentir qu’indépendamment de la partie positive de l’art de la guerre, il y a encore une purtie morale qui est forte, importante et qui joue un grand rôle.
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On lit dans les mémoires sur la campagne de 1813, par le Maréchal Gouvion Saint-Cyr, que Napoléon en apprenant la défaite de Ney à Interbogk, entra dans les plus petits détails des mouvements opérés par les différents corps, et expliquant d’une manière aussi claire que juste, il rejeta tout sur les difficultés de l’art qui, disait-il, étaient loin d’être connues.
Napo éon était d'avis qu’il n’y avait qu’un seul général qui eût constamment acquis par l’expérience, que ce général était Turenne, dont les grands talents étaient le fruit des études les plus approfondies.
Après 14 campagnes et des succès inouïs, Napoléon reconnaissait, que l’expérience de la guerre, la pratique des combats, les vertus guerrières les mieux développées, ne sont pas suffisantes pour former un bon officier. Certes, ces qualités sunt indispensables, mais seules elles sont impuissantes.
Il leur faut un complément d’instructions qui ne s’acquiert pas au milieu du feu, mais que donnent l’étude, la méditation et les travaux approfondis du cabinet, à savoir, la science de la guerre.
Frédéric pensait comme Napoléon ; aussi longtemps qu’il garda l’offeusive, des officiers rompus aux mouvements et à la connais- Mais quand il dût conduire une guerre défensive, manœuvrer, opposer des détachements aux détachements ennemis, il regretta que les chefs de ses
sance des règlements suffirent à ses desseins.
braves troupes ne possèdassent que l’expérience des combats.
A quoi sert l'expérience, disait-il, quand elle n’est pas guidée par la réflexion ? la pensée seule, ou pour mieux dire la faculté de combiner les idées, distingue l’homme de la bête de somme.
La science n’e xclut aucune des qualités militaires, au contraire elle les développe et les complète.
guide l’homme de guerre, il le met à même d’employer avec fruit les vertus guerrières dont il est doué.
Ainsi un officier d’une intelligence médiocre comprendra et
Le savoir est le flambeau qui
possèdera les règles de la guerre en quelques mois, tandis que l'humanité produit à peine un grand homme de guerre par siècle.
Telles sont les considérations générales relatives à l’existence et à l'importance de l’art militaire.
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Jetons maintenant un coup d’œil +ur l’orig'ne de cet art et sur sa marche à travers les siècles. Nous arriverons ainsi naturellement au seuil de l’art militaire moderne, l’objet de ce traité.
Coup d'œil rapide sur l'histoire de l’art militaire,
L'histoire militaire se divise en deux grandes époques :
La première comprend les trente siècles écoulés avant l’invention des armes à feu, et se décompose en trois périodes secondaires :
La période grecque ;
La période romaine ;
Le moyen âge.
La deuxième époque commence à l’invention des armes à feu et arrive jusqu’à nos jours.
Elle comprend environ trois siècles et se décompose aussi en trois périodes secondaires :
lo. La période de renaissance et de transition, lorsque les armes à feu commencent à paraître sur les champs de bataille, mais sous la forme de canons et de bombardes ;
20. La période de Henri IV et de Gustave-Adolphe au moment de la guerre de trente-ans, et jusque vers la fin du XVIIe siècle, lorsque les armes à feu sont devenues portatives et se trouvent mélangées avec les anciennes armes ;
30. Enfin la période moderne, depuis la disparition des piques et l’invention de la baïonnette, périodes comprenant les derrières guerres de Louis XIV, celles de Fréderic, de la République, de l'Empire, et celles qui ont lieu de nos jours.
Parcourons rapidement ces deux époques et ces six périodes.
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