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Enfin elle subit celle de la forme de son gouvernement

Chaque peuple a son caractère particulier, qu’il doit àson climat, à la nature du pays qu’il habite, à son origine, à ses traditions, à sa religion, etc. Ce caractère particulier exerce évidemment une certaine influence sur sa manière de combattre. |

Les Français sont vifs, impétueux, impressionnables. Par suite ils affectionnent l’offensive. Ils aiment le combat en marchant et en manœuvrant. Ils emploient surtout les formations en colonnes et en tirailleurs, comme méthode habituelle de guerre.

Le combat en tirailleurs, dit le général Mathieu Dumas, plaît au soldat français par sa mobilité et par la liberté qu’il lui laisse. Il l'aguerrit promptement ; il l’accoutume à mépriser le danger, et il ne le rend que plus ferme, quand il doit combattre en ligne ou dans un poste fermé.

Les admirateurs de Frédéric le Grand avaient commis une faute

à dans le siècle dernier, en voulant imposer à l’armée française la

tactique linéaire qui réussissait avec les Allemands et les Anglais 1 *

Ces derniers sont calmes, patients, peu susceptibles d’enthou. siasme, mais en même temps difficiles à décourager. Ils aiment le combat de pied ferme et les formations régulières. Leur tac. tique habituelle se trouve ainsi en rapport avec leur caractère par. ticulier.

Ils excellent dans la défense des positions. Ils en ont donné des preuves nombreuses aux Français, dans la guerre d’Espagne.

Ils en ont donné une dans la guerre d’Orient sur les hauteurs d’Inkerman.

Enfin les Russes sont remarquables par leur tenacité, dont ik ont donné des preuves dans toutes les guerres.

En raison de la longue durée du service militaire en Russie, les soldats n’ont plus d’autre patrie que leurs régiments. Ils sat. tachent à leurs drapeaux, comme un paysan s’attache au clocher de son village. Par suite les Russes emploient habituellement des formations profondes, lourdes, mais très solides et qu’il faut démolir à coups de canons pour les faire disparaître du champ de bataille.

Les principes de la graude tactique sont aujourd’hui à peu prés les mêmes dans toute l’Europe. Les règlements de manœuvre des différents peuples ont de grandes analogies.

Mais dans l’application, le caractère propre de chaque peuple influe sur sa manière de combattre, et amène pour lui l’emplo fréquent, habituel, de certaines formations et de certaines manœuvres qui forment alors sa méthode particulière de guerre.

Telle est la première influence que subit la tactique. Elle subit ensuite l’influence de la nature des armes.

Les nations les plus riches et les plus industrieuses paraissent sur le champüe bataille avec des armes supérieures, et elles doivent en partie la victoire à cette supériorité ; la supériorité tactique cortribue considérablement au gain des batailles.

La confiance en soi, l’impétuosité, le fanatisme même, fit opérer de grandes choses; mais ils ne suffisent pas, dit le généri Gérard.

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sent pas non plus, témoin les Russes, Il faut ce que ne remplacent jamais ni le fanatisme guerrier, ni une discipline vigoureuse, il faut une tactique supérieure. C’est elle qui assure le succès.

Les combinaisons les plus audacieuses, ou si l’on aime mieux, les plus savantes, ne sont rien, si l’on n’y joint la supériorité tactique. Nous disons de plus, dans la plupart des cas, celle-ci suffit, car le dernier mot de la guerre c’est /a bataille.

Les grands généraux et les grands guerriers ont été avant tout de grands tacticiens. Ils ont eu des troupes mieux armées ou mieux exercées, ou bien combattant suivant des méthodes et des principes rouveaux ou plus parfaits, isconnus à leur ennemi.

Cela est vrai pour l’antiquité comme pour les temps modernes.

L'histoire nous apprend que si Alexandre, Annibal, César, vainquirent, c’est parce que leurs troupes, dans l’ensemble des mouvements comme dans les détails de manœuvres, avaient été exercées d’après des méthodes et des règles tactiques encore inconnues à leurs ennemis, et plus parfaites que celles dont ceux-ci se servaient.

Frédéric le Grand, roi de Prusse, muître d’une nation de 4,000,000 d’âmes et d’un territoire pauvre, résista durant sept années à la coalition de 3 puissances, l’Autriche, la France et la Russie ; il sortit triomphant de cette lutte gigantesque.

Frédéric vainquit l’Europe par la supériorité de sa tactique.

L’infanterie prussienne était aussi la meilleure de l’Europe pour l'armement, la charge et les feux. A cette époque la formation d'une armée en bataille consistait en deux longues lignes d’infanterie, terminées par deux ailes de cavalerie ; il n’y avait pas de réserve. La difficulté était de placer cette longue ligne. L’art de manœuvrer n’était pas encore né. Il fallait 24 heures pour prendre position. Et une fois placé le général n’aurait pas osé la quitter en face d’un danger quelconque. Le mérite du roi de Prusse est d'avoir prévu tout le parti qu’on pouvait tirer contre ces lourdes musses de troupes manœuvrières, de troupes assez instruites en un mot pour manœuvrer devant l’en1emi.

Frédéric opéra une véritable révolution dans la tactique de l'infanterie en introduisant la formation et le déploiement des colonnes,

Sous la main de ses généraux, ses colonnes se prétèrent à une foule de combinaisons inconnues jusqu’alors—changements de front, échelons, passage de ligne etc., etc.

L'ordre mince était seul admis comme ordre de combat. Les bruyères de Berlin virent souvent 20 bataillons, dont l’étendue était de 4000 mètres, opérer une marche de bataille de 1200 pas.

La force de l’armée prussienne consistait en ce qu’elle était plus mobile que ses rivales.

Elle étuit aussi mieux armée et son feu était plus vif. Lors donc qu’on interroge l’histoire, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, sur la cause des grands succès militaires, elle répond presque toujours que ces causes sont dues à la supériorité tactique des troupes victorieuses et à la supériorité des armes.

Dès lors malheur à la nation qui laissera péricliter son armée et négligera de la maintenir à la hauteur de la science.

Il est probable que la tactique moderne se modifiera par suite de invention des armes rayées. Mais on ne pourra pas plus aujourd’hui qu’autrefois décider la victoire en se fusillant de loin. Les batailles ne seront pas davantage que par le passé, des duels à la carabine.

Il faudra toujours manñœuvrer et finir par aborder lennemi. Comme précédemment, la victoire restera à l’armée la plus mobile, la plus manœuvrière, à celle qui aura une tactique et des armées supérieures.

Et cette tactique devra être bien en rapport avec le caractère particulier de la nation et avec la nature de ses armes.

Elle sera aussi en rapport avec la forme de son gouvernement, parce que c’est là, pour ainsi dire, la représentation de la cause pour laquelle on combat.

Montesquieu distingue trois espèces de gouvernement : Républicain, monarchique et despotique.

Le principe de chacun d’eux est différent.

Pour le premier, c’est la vertu.

Pour le second, l’honneur.

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Ces trois principes exercent une grande influence sur le rapport des citoyens, soit avec leur gouvernement, soit entre eux.

Jls en exerceront évidemment une très-grande sur la manière de combattre du peuple auquel ils s’appliquent.

La forme républicaine, ou tout au moins libérale, développera le courage individuel et conduira aux tirailleurs en grande bande. C’est ainsi qu’en 1793, les Français adoptèrent une tactique offensive basée sur l’emploi des grandes bandes de tirailleurs soutenues par des colonnes : tactique qui était en rapport non-seulement avec jeur caractère particulier, mais encore avec l’élan et l’enthousiasine inspirés à leurs soldats par la forme de leur gouvernement.

La forme despotique conduira aux formations rigides, à la tactique automatique, à celle de Frédéric, où le soldat ne combat plus comme un homme, mais comme une machine, toujours sous la canne de son instructeur.

Au moment d’une entrée en campagne, la méthode de guerre que l’on se propose d’adopter doit être telle qu’elle surprenne l’ennemi, qu’elle né soit pas prévue par lui à l’avance, et surtout quelle agisse par les contraires, opposant le feu au choc, la solidité à l'élan, la rapidité à la lenteur, les manœuvres à l’immobilité.

Des champs de bataille, combinaisons et manœuvres tactiques,

Nous avons vu que la grande tactique était l’art de disposer et de faire mouvoir ses troupes sur un champ de bataille.

Nous allons voir, d’une manière générale, ce qu’est le champ de bataille.

Nous supposons deüx armées en présence et sur le point de procéder à nn engagement. L’une d’elles, la plus faible, est sur la défensive, et occupe une position défensive, c’est-à-dire une surface de terrain couverte par des obstacles qui ajoutent à sa force. L'autre armée, la plus forte, qui a l’offensive, occupe une posi-

tion offensive, c’est-à-dire une position telle que, tout en étani à l’abri d’une attaque inattendue, cette armée puisse déboucher avec avantage pour attaquer la position opposée.

Les deux armées sont donc vis-à-vis l’une de l’autre, attendant le moment d’en venir aux sains.

Cette situation dure quelquefois plusieurs heures, d’autres fois une nuit, d’autres fois encore plusieurs jours, comme à Austerlitz.

Quoi qu’il en soit, l’ensemble des positions des deux armées, l’espace vague qui les sépare, et sur lequel doit avoir lieu le choc de leurs divers éléments, une zône de terrain sur chaque flanc, soumise à l’action de l’artillerie et pouvant devenir le théâtre de quelques manœuvres, enfin les derrières des deux positions jusqu'aux limites où cesseront les opérations de la bataille proprement dite, voilà le champ de bataille.

Pour des petites armées, c’est-à-dire pour des armées au-dessous de 60,000 hommes, le champ de bataille aura 16 ou 20 milles carrés.

Pour de grandes armées, fortes de 100,000 hommes par exemple, le champ de bataille aura une étendue de 10, 15, 20 lieues carrées.

Ses limites sont ordinairement indiquées par les obstacles qui servent d’appuis aux flancs de l’ordre de bataille défensif, co:nme un grand cours d’eau, une chaîne de montagnes, un marais, etc.

Un champ de batsille présente des accidents de toute espèce. Les positions des deux armées sont formées par la combinaison de ces accidents.

Ce sont des fermes, des châteaux, des villages, des bouquets de bois, des défilés, des chaînes de hauteurs, des ruisseaux, des marais, etc.

Relations tactiques.—Les relations que l’on établit entre les troupes sur le champ de bataille s’appellent -e/ations tactiques.

Elles lient, elles roulent pour ainsi dire entre elles les diverses parties d’un ordre de bataille de manière que tous les éléments de l’armée s’appuient mutuellement et que l’ennemi ne puisse pas se glisser entre eux.

On entend la liaison des troupes de la manière suivante :.

Dans un bataillon, les hommes seront coude à coude.

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Dans une brigade, les bataillons seront séparés seulement par les intervalles réglementaires.

Dans une division, les brigades seront également liées entre elles, mais en tenant compte des formes du terrain et de l’emplacement des différentes armes.

Les intervalles entre les divisions ne peuvent pas être arrêtés d’une manière absolue, mais il faut toujours que ces diverses unités soient bien liées les unes aux autres et que l’ennemi ne trouve pas entre elles de lacunes dont il pourrait profiter.

Les relations tactiques ne doivent pas seulement exister dans le sens du front de l’armée, mais encore dans le sens de la profondeur de l’ordre de bataille.

Ainsi la deuxième ligne est généralement placée à 200 ou 300 mètres derrière la première et peut marcher rapidement à son secours, soit pour la soutenir, soit pour la relever.

La réserve est à 1000 ou 1200 mètres de la ligne de bataille, mais les communications entre elles ont £té assurées à l'avance.

Les mêmes relations doivent exister encore entre les différentes armes.

Le cavalerie est aux ailes ou derrière les deux lignes de l’infanterie.

Celle des ailes appuie les flancs de l’infanterie, et en même temps elle en reçoit protection ; c’est derrière cette infanterie qu’elle vient se rallier dans le cas d’une charge malheureuse.

L’artillerie (indépendamment, bien entendu, de celle conservée en réserve) est disposée par batteries sur les points saillants et favorables de la position aux ailes et sur le centre.

Ainsi donc, les relations tactiques, c’est-à-dire, les relations que l'on établit entre les ‘roupes sur les champs de bataille, sont basées sur les mêmes principes que les relations stratégiques, c’est-à-dire, que les relations établies entre les troupes sur les théâtres d’opérations,

Les uns et les autres ont pour but de disposer les troupes de manière qu’elles se soutiennent mutuellement et que l’ennemi ne puisse pas s’interposer entre elles.

Combinaisons tactiques. —Les combinaisons tactiques sont celies que l’on forme sur le champ de bataille,

Elles doivent toujours remplir deux conditions principales :

10. Il faut, dans ces combinaisons, que l’armée couvre ses lignes de retraite, au moyen d’une direction convenable donnée à la ligne de bataille ;

20. Il faut que le corps d'attaque soit plus fort que le corps ennemi qui lui est opposé sur le point décisif du champ de bataille,

Il y a deux espèces de combinaisons tactiques : Les combinaisons tactiques offensives ; Et les combinaisons tactiques défensives.

Les combinaisons tactiques offensives ont pour but d’attaquer l'ennemi, de le chasser de sa position et de l’occuper à sa place.

Les combinaisons tactiques défensives ont pour but de résister aux diverses attaques de l’ennemi.

Nous verrons plus loin comment on les exécute.

Les diverses attaques employées sur les champs de bataille sont: Des attaques d’ailes ;

Des attaques centrales ;

Des attaques de flanc ;

Ou des attaques de revers.

Souvent on combine ces attaques deux à deux, et les combinaisons dont on trouve le plus d’exemples sont les suivantes :

Une attaque d’aile combinée avec une attaque centrale.

Une attaque d’aile combinée avec une attaque de flanc.

Une attaque sur chaque aile.

Enfin une attaque d’aile ou de flanc combinée avec une attaque de revers.

Telles sont les principales combinaisons tactiques dans l’offersive. Et la résistance à ces diverses attaques donne lieu aux principales combinaisons tactiques défensives.

Un officier supérieur. ou général a besoin de crois qualités principales :

lo. Il doit savoir juger, apprécier et employer utilement le terrain ;

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