‹ Traité d'art et d'histoire militaires [microforme]Chapitre 94 sur 156 · X VI · texte numérisé non relu

X VI

Des plans de campagne.

“ Rien ne s'obtient à la guerre que par le calcul, écrit Napoléon à son frère Joseph, le 6 juin 1806. Dans une campagne, tout ce qui

n’est pas profondément médité dans le détail, ne produit aucun résultat. Toute expédition demande à être faite d’après un système ; le hasard seul ne peut rien faire réussir.”

Ce calcul, cet examen préparatoire des détails de la campagne, enfin cette étude préliminaire du système d’opérations que l’on veut suivre, forment ce qu’on appelle le p/an de campagne.

On peut donc définir le plan de campagne l’exposé des combinaisons et des manœuvres au moyen desquelles on croit pouvoir atteindre un but déterminé.

On distingue deux espèces de plans de campagne : 10. Le plan de campagne général ou le plan de la guerre ; 20. Le plan de campagne proprement dit.

Le plan de la guerre appartient à la politique de la guerre et est établi par le gouvernement.

Quand la guerre éclate entre deux puissances, elles peuvent ordinairement s’attaquer sur plusieurs points, et par suite sur plusieurs théâtres d’opérations.

C’est alors au gouvernement à déterminer la manière d’agir sur chacune de ses frontières. D’un côté, par exemple, il prendra l'offensive ; de l’autre, il restera sur la défensive.

Le gouvernement organise alors ses armées en conséquence. Il pourra avoir deux armées, l’une offensive et l’autre défensive, en proportionnant la force de chacune d’elles à la mission qu’elle doit remplir et à l’importance du but qu’elle doit atteindre.

Car le premier principe à la guerre-est évidemment de mettre les moyens en rapport avec le but que l’on se propose.

Vient ensuite le plan de campagne proprement dit, qui rentre dans le domaine de la stratégie, et qui s’applique alors aux opérations d’une seule armée.

Les bases générales de ce plan, c’est-à-dire l’attitude à prendre, offensive ou défensive, et le but à atteindre, sont indiqués par le gouvernement. Mais l’étude des moyens d’exécution appartient au général en chef, qui les met en rapport avec son caractère propre, avec ses talents particuliers, avec sa manière de faire la

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Un gouvernement qui voudrait imposer des plans de campagne ises généraux pourrait amener ainsi la défaite de ses armées.

Car ces plans, établis dans le cabinet, loin du théâtre de la guerre, peuvent ne convenir ni aux hommes, ni au terrain, ni aux circonstances.

Catinat, consulté par Louis XIV sur les affaires militaires, insistait surtout sur ce point qu’il ne fallait pas trop lier les bras aux généraux en chef, par des plans de campagne préparés à l’avance etenvoyés de la Cour.

Le général en chef de armée établit donc son plan de campagne. Ce plan détermine la marche générale des opérations.

Il doit réunir à la fois l’exactitude des calculs, la correction des mouvements et une connaissance profonde des hommes et des choses.

Quelquefois, quand il est établi par un général habile, il fixe le lieu et l’époque de la bataille qui doit décider de la campagne ; il marque d’avance les résultats de la victoire, ou les bornes d’un événement désastreux ; il prévoit toutes lies manœuvres de l’ennemi; il les lui impose pour ainsi dire.

Un jour, dit M. Thiers, avant de partir, couché sur ses cartes, y posant des signes de différentes couleurs pour figurer la position des corps français et autrichien, le premier consul disait devant son secrétaire, qui l’écoutait avec surprise et curiosité : Ce pauvre monsieur de Mélas passera par Turin, se repliera sur Alexandrie. Je passerai le P6, je le rejoindrai sur la route de Plaisance, dans les plaines de la Scrivia, et je le battrai là... En disant ces mots, il posait un des signes à San-Giuliano.

Tout le monde sait qu’il le réalisa de point en point.

Cependant il est clair que le plan de campagne doit se borner aux grandes dispositions stratégiques. C’est le cadre ou le canevas des opérations. Mais, tout en indiquant leur ensemble, il doit laisser une grande latitude pour les mouvements de détail et d’exécution.

Il ne serait pas possible d’en faire un journal qui prescrirait les manœuvres de chaque jour. Ce serait vouloir enchaîner d’une

manière trop rigoureuse les mouvements des corps d'armée. Ce serait en même temps ne pas tenir compte des nombreuses éventualités qui se présentent à la guerre.

I1 faut donc que le plan de campagne présente seulement l'en. semble général des opérations, et qu’il reste susceptible d’être modifñé suivant les diverses circonstances qui peuventse présenter,

Voilà les conditions générales que doit remplir un plan de campagne. Il y a :‘*“uite des conditions particulières, dont nous faisons l’énumér: on ci-dessous :

10. Un plan de campagus doit indiquer clairement le but des opérations ;

20. Il doit prévoir tous les cas, les succès pour en profiter, pour n’en pas être étonné ; les revers, pour y parer;

30. Ii duit estimer les moyens et les ressources de l’ennemi, et ne les estimer ni trop haut ui trop bas;

40. 11 doit être basé sur une connaissance parfaite des hommes, des circonstances et du pays ;

5o. Enfin, il faut toujours afficher l’offensive, même quand on reste sur la défensive.

Nous ajouterons que les moyens donnés à un général, pour atteindre le but qu’on lui indique, doivent être proportionnés à l’entreprise. C’est là le premier principe de la guerre et la base de tout plan de campagne.

Nous distinguons deux espèces de plans de campagne : les plans de campagne offensifs et les plans de campagne défensifs.

Dans le cas de l’offensive, le but à atteindre est l’occupation des points principaux du théâtre des opérations, et particulièrement des divers objectifs, après la ruine des forces ennemies.

Dans le cas de la défensive, le but à atteindre est de couvrir les mêmes points et d’empêcher les progrès de l’armée opposée.

Il est évident que les combinaisons à employer dans les deux cas ne sont pas les mêmes.

Il y a donc une différence entre les plans de campagne offensifs et les plans de campagne défensifs.

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10. Il y a d’abord une partie géographique, comprenant l'étude de l’ensemble du théâtre d'opérations. Cette étude se fuit d’après une curte générale, offrant dans un même cadre la totulité de l'échiquier.

Pour remplir son objet, il suffit que cette carte donne exactement :

Les limites des Etats ;

La position des lieux, particulièrement des points stratégiques, c'est-à-dire de ceux qui doivent jouer un rôle dans les opérat ns:

La direction des cours d’eau, des montagnes et des voies d: communication, c’est-à-dire des lignes stratégiques, territoriaivs ou de manœuvres.

Les cartes les meilleures sont les plus claires, c’est-à-dire celles qui présentent le moins de détails inutiles.

L'étude géographique du théâtre d'opérations comprend lexamen du rôle de ses divers accidents, le calcul des marches qu’offrent les diverses lignes d’opérations, et de plus tous les détails que lon ne trouve pas sur les cartes,

20. Enfin nous trouvons ensuite dans un plan de campagne la rartie historique qui présente l’étude des campagnes précédemment faites sur le théâtre où l’on doit opérer.

On recherche alors les fautes commises et les inspirations heu-.

reuses, on examine les succès et les revers en s’efforçant d’en pénétrer les causes. C’est dans cette étude qu’un général trouvera la source de ses combinaisons.

Celles qui sont applicables sur un même théâtre ne sont pas très nombreuses,

Sachant ce qu'ont fait ses devanciers, un général en chef devinera alors plus facilement ce qu’il doit faire lui même, en tenant compte de la différence des temps, des hommes et des circonslances.

30. Enfin vient la partie statistique relative à l'évaluation des ressources des deux puissances belligérantes ; ressources en hommes, en chevaux, en argent, en approvisionnements de toute espèce.

Partie spéciale à l’offensive,—Cette deuxième partie s'établit d’après les considérations purement militaires ; elle présente l’en. semble des combinaisons à exécuter. On connuit ensuite la furce, l'organisation et la pusition des différents corps ennemis. On obtient des renseignements sur ces divers objets au moyen des reconnaissances, des correspondances, et surtout at muyen des espions. En même temps on connait, d’une manière plusou moins complète, la valeur des troupes opposées, les sentiments qui les animent et le caractère particulier du général qui les commande,

Alors connuissant le but à atteindre, la résistanee que l’on doit rencontrer, et enfiu les moyens d’attaque dont on dispose soi-même, on établit la combinaison stratégique qui parait la meilleure pour assurer la ré: ssite de ses projets.

Napoléon veut que l’on donne les 3 de chances au calcul et 4 au hasard.

Quoiqu’il en soit, la combinaison stratégique que l’on établit est comme suit, savoir :

Attaque de front ;

Attaque de flanc ;

Mouvement tournant.

En tenant compte des manœuvres de l’ennemi et des mouvements probables qu’il opposera à notre attaque, il fuut apprécier alors les diverses hypothèse: qui peuvent se présenter. Cette appréciation est délicate ; elle est basée sur la connaissance du terrain, de la valeur des troupes ennemies, du caractère particulier de leur général.

Il faut, en même temps, prévoir le cas où des manœuvres ne suffiraient pas pour déposter l’armée défensive, et où il faudrait en venir à une bataille.

On doit se préparer à la livrer avec des éléments de supériorité ; et on prévoit aussi toutes les chances avantageuses ou désavantageuses.

Toute combinaison stratégique repose sur une base et s'exécute sur une ligne d’opérations.

Le plan de campagne offensif, après l’indication de la combinaison, doit donc indiquer la base d’où l’on partira et la ligne d’opérations que l’on devra suivre.

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La buse d’opérations doit remplir toutes les conditions irdiquées précédemment, et surtout permettre jusqu'au dernier " vment de tenir l'enneini duns l’incertitude sur le véritable point d’attuque.

La ligne d’opérations doit également remplir toutes les conditions indiquées : elle sera étudiée avec soin ; le calcul des marches qu'elle présente, l’indication des ressources qu’elle offre, enfin l'exumen des divers fronts d’opérations, pur lesquels passera l'armée, serout également contenus dans le plan de cdmpagne.

Ce plau indiquera ainsi d’ubord tout ce qui se raporte à lu première combinaison stratégique, dirigée contre la première position de l'ennemi et formant la première périvde de lu campagne.

Il devra indiquer ensuite les manœuvres des périodes suivantes.

Muis ici, en raison de l'éloignement et de l'incertitude des événements, le plan de campagne sera plus que jamais seulement un cunevas, un grand cadre, susceptible d’être modifié suivant les circonstunces et de se développer au fur et à mesure que la campagne s’avancera.

Voilà les principes généraux d’après lesquels on établit un plan de campagne o iensif.

Du plan de campagne défensif, —Le plan de campagne défensif s'appelle généralement plan de défense.

Il a la même base que le plan de campagne offensif, et ses trois premiers éléments sont :

lo. Une description géographique de léchiquier ;

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