TIR DES ARMES A FEU
73. Les feux de Finfanterie produisent de très-grands effets lorsqu'ils sont exécutés avec précision , avec justesse et à de bonnes distances y mais ils sont peu redoutables lorsque le tir a lieu avec précipitation, sans soins, ou à de trop grandes distances.
On a une preuve du peu d^efEcacité des feux exécutés à la guerre , en comparant le nombre des cartouches con«sommées à celui des hommes tués ; on a estimé , d'après le résultat de longues guerres, qu^on avait brûlé ou consommé de 3 à 10 mille cartouches par homme tué ou blessé, non-seulement par ces armes, mais encore par le canon, et que sur lo miUe coups de fusil tirés à Far-* mée , une seule balle atteignait rennemi.
En i83o, pendant l'expédition d'Alger qui a duré quinze jours , on a conitommé 3 millions de cartouches.
Pour bien exécuter les feux, il faut connaître les principes du tir , la construction des armes à feu et les r^les pratiques qui s'en déduisent.
On doit considérer dans le tir d'une arme à feu trois lignes principales : i° /a ligne de mire, c'est le rayon visuel passant par les points les plus élevés du tonnerre et du devant du canon ; on la dirige vers l'objet qu'on veut atteindre; â"" la ligne de tir, c'est l'axe du canon prolongé : cette ligne représente la direction quo la balle tend à suivre à l'instant où chassée par l'effet de la poudre elle sort du canon ; 3'' la trajectoire ou la courbe que la balle suit réellement. Dans les canons des armes à feu portatives en général , la ligne de mire et la ligne de tir se rencontrent en avant de la bouche du canon , eu faisant un angle très-aigu ; la balle, à sa sortie du canon, coupe d'abord la ligne de mire à peu' de distance de la
bouche, passe au-dessus de cette ligne, s^en rapproche ensuite , la coupe une seconde fois , puis s^en éloigne indéfiniment ; ce second point d^întersection est ce qu'ion appelle le but en blanc , et Ton entend par portée de but en blanc d'une arme , la distance de ce point à la bouche du canon, lorsque la ligne de mire est dans un plan horizontal, ou n^en diffère pas beaucoup.
A la guerre , comme on emploie constamment les mêmes balles et les mêmes charges , et que le but en blanc ne change pas sensiblement pour de petites inclinaisons de la ligne de mire , on regarde le but en blanc conune / constant pour une même arme.
On peut tirer de ces observations les conséquences suivantes :
i"" Si le but est entre la première intersection et la bouche du canon, il faut viser, c^est-à-dire diriger la ligne de mire au-dessus. (Cette circonstance ne se rencontre pas dans la pratique, parce que cette première intersection est très-rapprochée de la bouche du canon , et que, jusqu^à ce point, la ligne de mire; et la ligne de tir sont presque confondues).
2*^ Si le but est entre les deux intersections, il faut viser au-dessous.
3° Si le but est à Tune des deux intersections , il faut y viser directement.
4* Enfin , s'il est au-delà de la seconde intersection , il faut viser au-dessus.
74. Tir du fusil. Pour appliquer ces résultats au tir des armes de Finfauterie , il convient de distinguer le cas où Ton tire sans la baïonnette , et celui où Ton tire avec la baïonnette.
Lorsque le fiisil est sans baïonnette , Pépaisseur du canon au tonnerre étant plus considérable que les épaisseurs réunies du canon près de la bouche et de Pembouchoir,
TIR DES ARMES A FEU. Sgp
il en résulte que la ligne de mire , dirigée par le point supérieur du tonnerre et par le pied du guidon , rencontre la ligne de tir en avant de la bouche ; par conséquent, le fusil y sans baïonnette, a un but en blanc. Ce but en blanc est situé à 120"^ environ de la bouche du canon, lorsque Ton tire avec la balle et la chaîne ordinaires. Ainsi , le but étant à cette distance , il faudra Y viser directement; s''il est plus rapproché, il faudra Yiseç au-dessous; s^il est plus éloigné, il faudra viser au-dessus, d^une quantité qui dépendra de la distance.
Lorsque le fusil est armé de la baïonnette, il n^a pas de but en blanc , parce que Tépaisseur du canon au tonnerre ne surpasse que d^une quantité très-faible les épaisseurs réunies de la bouche , de la douille et de la virole, de sorte que la ligne de mire est sensiblement parallèle à la ligne de tir, et que la trajectoire, décrite par la balle , est dans toute son étendue au-dessous de la ligne de mire : par conséquent, à toutes les distances où le but se trouve généralement placé , dans les circonstances du service, il faut tirer au-dessus pour Tatteindre. Gomme en guerre , on tire ordinairement le fusil garni de la baïonnette, pour être toujours en état de remployer comme arme de main , c^est ce tir qu^il faut particulier rement étudier. L^expérience a fourni les données suivantes qui peuvent diriger dans le tir du fusil armé de la baïonnette. Pour frapper un homme au milieu du corps , lorsque est sur un terrain horizontal ou peu incliné, on doit viser, diaprés les réglemcns d^infiinterie :
Depuis la plus petite distance jusqu^à 100™ à hauteur de la poitrine.
Depuis 100" jusqu^à 140" à hauteur des épaules.
Depuis 140" jusqu^à 180"* à hauteur de la tête.
Depuis iSo*" jusqu^à 200*^ à la partie supérieure de la coifiure.
6o ARMES PORTATIVES.
Au-delà de aoo", il faut yiser an-dessus de la coiffure d^une quantité qu^on ne peut estimer qu^à vue.
La portée d^un fiisil peut s^étendre bien plus loin , puisquVlle est de 600"" sous Fangle de ij^ à S"", et que la balle va à 1000"^ sous des angles plus élevés. Mais audelà de ^oQ^y la balle conserve assez peu de vitesse pour ne produire que rarement des blessures dangereuses , et audelà de aoo"", les coups sont incertains ; ce n^est que )U8qu''à cette distance que le feu de Tinfanterie est réellement redoutable , et la bonne portée de Tarme est encore moindre.
75. Tir dei mousquetons. Dans le mousqueton de cavalerie, répaisseur de Tembouclioir empêche de diriger un rayon visuel par les points les plus élevés du tonnerre et de la bouche du canon , mais on peut faire passer la ligne de mire sur Tembouchoir et sur Textrémité du canon. Ces deux points étant très-rapprochés, et la différence des épaisseurs correspondantes étant assez considérable , il en résulte que Fangle, que la ligne de mire fait avec la ligne de tir, est plus ouvert que dans les armes plus longues, et que le but en blanc est à une plus grande distance de la bouche du canon. Cette distance est de 200" environ; elle excède celle à laquelle les coups d'une arme aussi courte peuvent être dirigés avec un peu de certitude. Il suit de là, qu'avec le mousqueton de cavalerie , modèle 1822, il faut viser au-dessous du but pour Tatteindre.
L'expérience a indiqué que, pour frapper un homme au milieu du corps, il faut, depuis la plus petite dis-* tance jusqu'à 70", viser directement ; et depuis 70" jusqu'à 160", viser à la hauteur des genoux.
Avec le mousqueton d'artillerie , dont le but en blanc est le même que celui de cavalerie, jusqu'à 70", on peut viser au but même, et depuis 70" jusqu'à 160", il faut viser à o",45 au-dessous.
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76. Tir des pistolets. A la guerre, on n'a pas besoin d'avoir égard au but en blanc du pistolet de cavalerie , les coups de cette arme n'^ayant quelque effet que lorsqu'ils sont tirés à une très-petite distance ; alors le cavalier vise directement au point qu'il veut frapper.
77. J^ets du recul. Il existe une limite supérieure et une limite inférieure pour les poids que l'on peut donner aux armes à feu portatives ; car si un poids trop considérable a des inconvéniens ] sous le rapport de la fatigue qu'il occasionne dans leur transport et dans leur emploi, un poids trop faible en a d'autres non moins grands sous le rapport du recul, attendu que la vitesse da recul et son effet contre l'épaule du tireur, augmentent à mesure que le poids de l'arme diminue.
La charge actuelle de 9%5 , de poudre de mousqueterie , lançant une balle de 25°,6 avec le fusil du poids de 4^,68, est celle qui, sans trop incommoder les hommes, donne à la balle une vitesse suffisante pour produire l'effet voulu. La vitesse du recul] que le fusil tend à prendre , qui varie en sens inverse de son poids et croit avec la vitesse de la balle , est ainsi déterminée, et l'action qu'il faut contrebalancer, est celle d'un corps animé de cette vitesse et d'un poids égal à celui du fusil.
La partie du corps de l'homme qui doit détruire cette vitesse, en prend elle-même une autre plus petite, et la pression qu'elle éprouve à chaque instant, dépend de la différence de ces vitesses ou de leur vitesse relative ; il résulte de là que , tout étant égal d'ailleurs , plus l'arme sera légère , plus la pression sur l'épaule provenant du recul sera considérable ; si le poids du fusil diminuait suffisamment, cette arme ferait l'effet du projectile et briserait les corps qui s'opposeraient à son recul.
Pour atténuer les effets nuisibles du choc de l'arme,
le tireur doit appuyer fortement la crosse à l'épaule^ alors cette partie du corps prend graduellement le mouvement de Tarme , et Fefiet du choc est beaucoup atténué.
Quand on veut alléger le poids d'une arme, il faut en diminuer la charge pour n'avoir pas un recul trop considérable ; c'est ainsi qu'avec le fusil de dragon , la quantité de poudre employée n'est que les trois quarts de la cartouche d'infanterie , la moitié avec le mousqueton et le pistolet de cavalerie et un cinquième environ avec le pistolet de gendarmerie.
78. Le recul n'est pas le même dans toutes les armes dHme même espèce, il peut varier de l'une à l'autre, suivant la manière dont elles sont chargées, et suivant l'état intérieur du canon. Mais ce qui a la plus grande influence c'est la manière dont l'arme est montée , c'est-à-dire , la ^orme et les dimensions du bois du fusil qui le font agir différenmient sur l'épaule.
Si l'épaule était placée dans le prolongement de l'axe du canon, elle devrait résister à l'effet tout entier du recul ; il n'en sera plus de même , si on y adapte une crosse courbée qui abaisse le point d'appui. Le mouvement de l'arme ne peut plus alors être entièrement détruit par la pression de l'épaule, l'arme tend à prendre un mouvement de rotation autour de ce point, qui n'a plus qu'une pa]çtie de l'effort à supporter; cette partie diminue, en général, à mesure que le point d'appui s'abaisse, le centre de percussion se rapproche alors du prolongement de l'axe du canon, et s'il y arrivait, la pression sur l'épaule serait annulée, mais au-dessous d'une certaine limite , les bras ne peuvent plus s'opposer au mouvement de rotation qui devient de plus en plus prononcé , et peut occasionner le choc de l'arme contre la tête du tireur, n n'est pas possible de courber assez la crosse des fusils pour en diminuer le recul au point d'avoir à craindre