DU BOT
MètiM.
40S. En comparant les différentes modifications apportées successivement au canon et au chai^ement des ' armés à feu de guerre , on voit qii^on n^a jamais pu augmenter une des propriétés de ces armes sans sacrifier une partie des aptres*
- Dans Tancien chargement /le projectile étant séparé de la poudre , on pouvait tirer avec des balles d^un diamètre peu inférieur à celui du canon , et même d'^un es£bre égal , lorsque Parme était rayée ; la plus grande jutesse de tir qui en résultait » fut encore augmentée par ^ Pemploi de balles plus grosses , forcées dans des canons à rayures en hélice^ mais par cette disposition, on augmenta sensiblement la durée du chai^ment^; comme e» même temps la charge de poudre fut réduite^ et par suite la vitesse initiale diminuée , Fintensité des efiets ne fut plus assez grande, aux distances pour lesqudles la justesse de tir de Tarme avait été rendue suffisante.
Plu& tard on diminuaJe temps et la difficulté du chargement des armes à feu , en employant des charges préparées à Favance ; dans ces charges la poudre était réunie à^la balle et renfermée dans un cylindre en papier, qui
lOO ARMES PORTATIVES.
servait aussi de bourre ; mais alors le vent iu. projectile dut être augmenté d^une épaisseur ^ale , au moins , à celle du papier qui Pentourait; par là on rendit te tir incertain à dés distances auxquelles les effets conservaient encore une grande intensité.
On a cherché) à plusieurs reprises , et Ton cherche encore j à réunir » dctns les mêmes armes, la justesse du tir des canons rayés, à la célérité et à la facilité du chargement , en les chargeant , soit par la culasse , soit en aplatissant lia balle^ lorsqu'elle est arrivée sur la poudre ; mais le mécanisme des armes chargées par Ysl culasse nV pas offert jusqu'à présent une solidité suffisante et une manœuvre facile , lorsqu'il est encrassé par le tir ; et dans les armes chargées à balle aplatie , Tusure inévitable dans le service , des parois de l'arme et surtout des parties saU- Imtes., ne leur permet pas de conserver long-temps les qualités des armes carabinées.
Indépendamment des ineonvéniens qu'on "vient de signaler , on n'a pu remédier , dans ces deux modes de chaigemeat , au défaut d'intensité d^effet, provenant de la grande réduction de poids , opérée dans la charge des armes rayées.
Il serait peut-être possible de conserver à la fois l'intensité des effets, la simplicité et la solidité de construction des armes à feu ordinaires , tout en obtenant , en grande partie, la justesse de tir des armes carabinées, et sans diminuer la célérité du chargement : la régulfitrité de diamètre des balles fabriquées actuellement , permettrait de profiter de tous les avantages de l'ancien chargement , et l'on pourrait les obtenir avec les armes en usage diminuées de calibre , mais rayées ; on adopterait d'ailleurs des rayures peu prononcées , très-peu inclinées et les chaires qui , avec ces dispositions , communiqueraient aux balles les vitesses que donnent les armes en usage : si un long service pouvait effacer les rayures, les armes se trouveraient, dans le cas extrême , ramenées à ce qu'elles sont à présent.
BOUCH'eS a feu. 101
DESGRIPl^ION £T EFFETS DES. BÛfifiB£&.AF£U.
ANCIENNES SfAGHINES DE GUERRE.
i09. Le choc qui fiit le premier mode d^action des armes de main, dont on fit usage dans le combat, fat aussi celui qu^on employa pour produire de grands effets à Taide des anciennes machines de guerre; on arma de métal Féxtrémité d^une forte poutre , pour en augmenter le poids et la dureté , et Ton eut le Bélier. Cette machine qui * servait à renverser les obstacles résistans , comme les murailles des villes, fut dans le principe mue à bras dliommes. Pour faciliter, la manœuvré du bélier, dont on augmenta de plus en plus la masse 9 afin d^en accroître les effets , on le suspendit à des échafaudages , au moyen de cordes et de chaînes ; Te bélier poussé d^abord e:i arrière^ s^élevait et acquérait en retombant et par de nouveaux efforts des hommes, une vitesse avec laqiieBè it frappait Tobstacle , et par suite Tébranlait , ou le détruisait en partie ; on recommençait cette manœuvre jasqa'*à ce que Pobstacle eût été brisé ou renverse par des chocs réitérés. Pour fkire résister les murailles à ce genre de destruction , on leur donna plus d^épaisseur ; dès-lors on ne put plus les attaquer qu^avec des masses énormes , et Foueut des béliers qui pesèrent , dit-on, jusqu'à 3oo et 4oo mille livres , et qui eurent des longueurs de 20" et même de 35"*; mais comme un tel- poids ne pouvait être facilement suspendu, et à plus forte raison être porté à bras d'hommes, on mettait ces béliers en mouvement en les faisant glisâer sur des poutres enduites de matières propres à diminuer les frottemens.
lOS^ BOUCHES à rsD.
4 10. Les aimes de trait servirent de point de départ pour la construction de machines de guerre plus puissantes , dont la manoeuTre exigeait, il est vrai, Femploi dWe force plus grande y mais dont la construction reposait toujours sur les mêmes principes. Dans ces machines , un ou plusieurs ressorts formés de corps flexibles ou élastiques^ étaient tendus, à bras ou avec des treuils; en se débandant tout-à-coup j ils frappaient des projectiles disposés devant eut , et les lançaient à d^assez grandes distances.
Les batistes pouvaient projeter des masses de a5 à 3o^ , et tuer 5 à 6 hommes d^un seul coup, à la distance de aSo pas. Les mangonnaux lançaient des projectiles du poids de iSo^^ les catapultes ^ des pierres de 5oo à 760^ , à la distance de 4oû pas i on dit même qu^on lançait des projectiles de 600^ jusqu^à la distance de 1000" , avec de semblables machines.
Les dimensions de ces engins étaient énormes; Tare des arbalètes de rempart , avait jusqu^à 7 mètres de longueur. Les balistes exigeaient une grande quantité de bois pour leur construction (*) ; une de ces machines , nommée mouton, destinée à lancer de grosses pierres, au si^e d^Audenarde, en i38a, avait 6^,5 de largeur, et 13"* de longueur (**). Ces machines qui pouvaient lancer de très-fortos masses, mais non leur communiquer de grandes vitesses, furent conservées long-temps encore après que Fusagc des bouches à feu se fut répandu ; elles rivalisèrent avec ces dernières, pendant près de deux siècles, tant que celles-ci ne servirent qu^à lancer des
(*) La démolition d''une baliste établie sur la tour de S*-Paul à Orléans , procura 26 voitures de bois. Comptes de forteresse. JoUois, Histoire du si^ d^Orléans. Paris 1833, page 12.
(**) Froissart. Histoire et chronique. Lyon 15S9 - 1361 » vol. II, page 188.
AHCIEITHES BOVCSBS A FEU. Io3
pierres. Les ancieiiiies machines de guerre ne sont pas abandonnées depuis très-long-temps, car on se servait encore de balistes, en 1587 , au si^ de l^Eduse.
ANCIEirHES BOUOHES A FEU.
411. Premières bouches àfeik* On ne fut pas conduit à remploi des bouchessà feu, pour lancer les gros pro-' jectiles ayec la pouore, en remplacement des anciennes machines de guerre, par des modifications partielles et successives, apportées à. la construction de ces machines , oomme cda eut lien pour les petites armes à feu ; il v^y eut pas de transition.
^introduction des nouvelles machines parait être due, en grande partie, au hasard: une certaine quantité d^un mâange de salpêtre et de matières combustibles, ayant été laissée dans le mortier où eUe avait été triturée, et recouverte d^une pierre, une étincelle de feu pénétra dans ce vase, ki composition s^enflamma et la pierre fut lancée avec force. Cet accident fit penser à se servir du même moyen pour projeter des masses pesantes , au lien dVmployer les machines de guerre de cette époque, dont les efiets n^étaient pas en rapport avec leurs poids et leurs dimensions considérables. Les circonstances dans lesquelles le phénomène fut observé d^abord , donnèrent la première idée de ce genre de bouche à feu et de leurs projectiles : la matière lancée accidentellement par la poudre et la fiicilité de s*en procurer partout , firent adopter généralement Temploi de boulets de pierre 2 la forme de Tinstrument fiit imitée dans la construction de la bouche à feu , qui fiit appelée mortier j nom qu^dle porte encore aujourd'hui , quoique sa forme ait été modifiée et qu'acné soit employée à lancer une autre espèce de projecÛe.
Io4 BOUCHES A FEtJ.
^ i 12. Le ptemier mode de chargement des bouches à feu ^ qui coasislait à mettre la pondre seule dans Tîntërieur de rinstrument, et à placer sur roriiîce la masse à lancer , se perfectionna bientôt ; la lenteur de Finflammation de la poudre employée alors, ne lui permettait pas de produire beaucoup d^effet sur le projectile soumis très-peu de temps à sou action ; on essaya, pour augmenter la durée de cette action, de contenir les gaz de la poudre eillre les parois delà bouche à feu, pendant les premiers instans du mouvement du projectile, en plaçant celui-ci dans Pintérieur de Tàroe prolongée à cet effiet. Le peu de régularité du calibre des projectiles employés à cette époque, obh'gea de donnera la bouche à feu une forme (Fig. 41)9 évasée pour lui permettre de recevoir des boulets de différens diamètres , qui entraient ainsi plus ou moins avant dans Tàme , suivant leur grosseur, mais toujours de manière que le vent fut annulé à Torigine du mouvement. Cette disposition était clément favorable dans le cas , très -fréquent alors , où Ton lançait plusieurs pierres à la fois , circonstance qui leur fit donner les noms de pîerriers et de perrièresy noms qui avaient déjà été appliqués à d^anciennes machines de jet destinées à lancer des pierres.
413. Il est très-difficile de déterminer Tépoquc à laquelle on découvrit la puissance de la poudre pour projeter de grandes masses, et celle du premier emploi des bouches à feu, à cause du peu dWx;ord des anciens auteurs à ce sujet , et de la confusion apportée par les noms d^armcs do jet, donnés dans Porigine, à différentes armes à feu. Il paraît (Jueleur emploi à la guerre ne remonte pas au-delà du i4' siècle; car plusieurs auteurs remarquables, qui écrivirent vers 1290 sur les armes en usage à cette époque , et qui s'étendirent beaucoup sur leur description , n'ont fait aucune mention des armes à feu. Leur existence dans le i3* siècle est donc douteuse ,> quoiqu'on oonnrit alors
ANCIBKWBS BOUCHES 'a FEU. Xo5
le» noms SOUS lesquels on les a désignées dans la suite; ces nomds ayant pu appartenir à d^ancîennes machines , ou leur étire «pjdiqués dans des temps postérieurs.
Les plus andennes indications de bouches à feu paraissent être celtes d^instrumens en forme dWtonnoirs , dont les Génois se servirent en 1 3 19^ et de vases dirigés contre le bourg de Cividal en i33i : cette dénomination de T9tsé semble devoir être appliquée aux bouches à feu , car on trouve dans plusieurs auteurs de la fin du même sîéele, quW se servait de vases de fer pour lancer de grosses pierres, et qu^on les appelait alors bombardes ; les descriptions laissées par les anciens auteurs, des bouches à feu dont les Maures se servirent en 134^ et en 1343, confirment celte coniècture.
il4. Bombardes, La forme conique qu^on donna aux premières bouches à feu, diaprés celle du mortier qui servit ^^yp®> ^^t avantageuse dans le tir de projectiles de diffîrentes grosseurs ; quelle que fut ceftegrosseur , les projectiles laissaient au fond de Tâme un vide proportionné «a volume de la charge de poudre néc^saire pour les laneer; il était très-avantageux de pouvoir faire varier, sans inconvénient , le calibre des projectiles , à cette époque où Ton nVmployait que des boulets grossièrement taiUés dans les carrières ; mais par suite de la forme évasée de Fâmc dans la partie rapprochée de la bouche, le vent était considérablement augmenté aussitôt que le projectile se déplaçait , et une partie seulement de la forcé expansive des gaz de la poudre était utilisée ; de pins , le projectile pouvant être lancé sous des directions assez divergentes de celle de Taxe de Fàme , la chance dVtteindrc le but était très-petite* En employant une forme conique plus allongée , on diminua les inconvénicns relatifs au vent et à la déviation dans la bouche à feu , et Ton put placer en arrière du projectile des charges
to6 ÂOUCHSS A FBU.
plus fortes. Mbis bientôt la précision apportée dans là confection des projectiles, permit de diminuer le diamètre de Fàme près de la bouche, de manière à le rapprodier
<le cdui du boulet , et enfin d^àtténuer beaucoup ces deux inconvéniens , en rendant cylindrique la partie antérieure
^dcFwiïe (Fig.4!i).
115. Le fond deP&me des premières bouches à feu conserva dVbord la'^bnne tronc^oontque ; mais comme
'le projectile occupait toujours la mène position, on put dans la suite allonger et proportionner les dimensions de la partie destinée à4a charge, de manière à lui fiûre produire beaucoup plus dWet. En rendant la •chambre cylindrique (Fig. 43)> ou du moins peu conique (Fig. 44)» on' put la fermer avec un tampon en bois, comme on le /faisait pour les petites armes ^ feu (3&) ; 'la jdus grande partie de la poudre était alors oomburée -avant que le «projectile se tiA sensiblement déplacé , avantage très- ^prand , dans ces boudies à feu à âme co9rte, pour l'efilet d'aune poudre dont Finflammation était très4en(e. Le bruit de Fexplosion qui s^accrut avec Feffet, fit donner à ces bouches à feu le nom de bombarde , sous lequel elles furent généralement désignées pendant long-temps (*),
116. n parait quW se servit de bouches à feu : en Ecosse, dès 1827; en Prusse, en i338; en France, en i33g devant le château de Thin-FEvèque , et en i34o au Quesnoy ; à Algéziras, en 134^ (^); en Italie, en i352, et en Danemarck, en i354*
(*) L''état de Farmeinent de la cité de Metz , en 1406 , contient 6 à 7 espèces de bouches à feu , qui sont toutes appelées bombardes. Il en fut de même à Orléans , [dans toute la première moitié du 15* siècle^ Archives de la cité de Metz, et Comptes de forteresse de la ville d^Orléans.
Y**) J. Barbour. T?te life oj Robert Bruce. Edmbmgh 1758,pag. 40S
Mezeray. Histoire de France. Paris 1685 , tome 2 , pag. 399«
Froissart. vol. I , pag. 61.
Cronicorum de rébus Alphonsi , cap* 333.