ORGANISATION, EMPLOI ET SERVICB DE L'ARTILLERIE
37ft. L^omploi des machines de guerre dans les sièges , remonte à des temps très-reculés ; les défenses de Syracuse et de Jérusalem , contre les Romains , sont surtout ce- Ui>res par Temploi de puissantes machines. Onven l6t usage dans les batailles , lorsque leur construction per^ fectîonnée permit de les rendre mobiles , mais leur usage ne devint général que par suite de Finvention do la poudre. Le mélange de salpêtre , de soufre et do charbon, connu depuis très-long-temps comme composition d^arw tîficc, ne fut d^abord employé que pour produire de» dctonnations , « des éclairs ou des feux qui couraient sur le sol » . On connaissait ces effets de la poudre dans la première moitié du i3* siècle; mais il parait que ce fut Ycrs le commencement du siècle suivant y que ]e hasard fit découvrir la propriété qu'elle possédait de lancer des projectiles (lH); ce fut du moins vers cette époque quW remploya à cet usage , dans les machines de guerre.
On se servit delà poudre de deux manières différentes , à peu près en même temps ; Tune était analogue aux circonstances dans lesquelles cette propriété do projection fut découverte (113), et donna naissance aux grosses bouches à feu ; Tautre manière dériva de 4'eniploi de la poudre dans les anciennes boites de réjouissance, fut appliquée aux canons des armes de trait et devint Torigine des armes k feu portatives (34).
379. Le peu de précision apportée dans la fabricationr des armes à feu et dans la confection de leurs projectiles, occasionnait un tir très-irrégulier ; outre cela, les faoïsses
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idées qii^on avait alors sur la nature de la trajectoirp , qu'on crut d'abord iHre une ligne droite , puis deux droites raccordées par un arc de cercle et enfin une parabole , empfe;bèrent pendant long-temps l'établissement des vraia principes du tir. On uc pouvait employer ces armes avec succès que coutrc des buts d'une grande étendue , de sorte qu'on ne s'en servit le plus souvent que dans l'attaque des places, pendant la seconde moitié du i4° siècle et la première moitié du i5'- La lenteur du tir et le peu de mobilité de l'artillerie coutribuèreut aussi à ne la faire employer dans les batailles , qu'après cette époque.
L'armée française eut des boucbcs à feu de campagne, tant légères que pesantes, sous Louis XI, mais ce ne fut réellement que vers i494 < époque de l'expédition de Charles ^'III en Italie, qu'il exista des équipages considérables d'artillerie susceptibles d'une grande mobilité; c'est à l'adoption des projeclicles en fonte qu'on dut la légèreté , l'iutcnsilé des efiets , la rapidité et la justesse du tir «les bouches à feu françaises , qualités qui eu firent r^andre rapidement l'usage dans tous les pays,
580. Tant que l'artillerie fut peu mobile , elle n'eut qu'une faible influence dans la guerre de campagne,, k cause des dil^cultés qu'on éprouvait à lui faire changer de position pendant l'action ; aussi les grands généraux: cherchèrent à l'alléger. Gustave Adolphe ayant le premier senti l'inutilité des longues bouches à feu , pour obtenir des portées suffisantes en campagne, et le défaut de mobilité qui résultait du poids des canons trop longs , en fît fondre de plus courts et de plus légers que ceux dont on se servait ordinairement, et les attacha aux régimens d'infanterie; il réunissait les autres au centre et sur les ailes de son armée, au lieu de les disséminer le long de la ligne- des troupes; il en forma plus tard des brigades ou batteries qui marchaient indépendamment des
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parcs 9 ttfin de pouvmr accélérer leur nuarcbe ; on distingua dès -lors deux espèces d^artîUerie , rartillerie l^ère on rcgimentaire et celle de position. Gési de cette époque que date Timportanœ que Fartillerie a obtenue dans les batailles , et qui a continué à s^accroltre à mesure ^ue lés bouches à feu acquirent plus de mobilité.
Depuis lors Tartillerie fut employée par toutes les armées , pour détruire les obstacles dont on se couvre à la guerre, incendier les abris et briser le matériel de Fennemi , éteindre lé feu de ses batteries , ralentir ses mouvemens et le tenir à distance, étonner ses troupes et y semer le désordre, ccraster ses masses et arrêter ses colonnes, ébranler ses lignes dln&nterie , disperser sa cavalerie , et en général Taffaiblir au point où Ton dcit frapper les coups décisifs ; Tartillerie sert encore à donner de la confiance aux troupes auxquelles elle est attachée, à relever leur moral, à les soutenir, à les protéger et à assurer leur retraite.
381. Ce fut surtout sous le règne de Louis XIV que Partillerie acxjuit un immense développement , par suite des grandes armées que les puissances l)elligérantes mirent en campagne, et à cause des nombreux sièges qu^elles entreprirent et qui portèrent la grosse artillerie à un haut degré de perfection.
Frédéric établit une* séparation bien marquée entre Partillerie de campagne et celle de siège ; il forma des batteries beaucoup plus mobiles que celles des parcs, et lès employa avec succès ; mais aprèss avoir allégé et raccourci les canons de campagne outre mesure , il en fit fabriquer de très -longs et de très r lourds. Malgré Fexpérience de ses mémorables campagnes , il ne s^arréU à aucun systknt^ déterminé , car il fit couler des caiiODS de tons poids, de gS à aao fois le poids du bonlet, et de toutes dimensioins, de i4 à 22 calibres de
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extérieure. Eo Aulnchc, au contraire, on adopla uu système àc canons do campagne légers , cic 1 6 «libres de longueur et dVnvirou lao fois le poids du boulet j eu France, on douna aux canons une longueur de 18 ca- KbrcSf'ct an poids de i5o fois celui du boulet.
5S2. Les perfectiouucmens apportés successiTcmcnt dans le matériel de rarlillerîe , depuis Toriginc des armes à feu, furent le résultat des nombreuses observations faites pendant plusieurs siècles , par les individus qui composaient le corps charf^é de la coustruclion de ce matériel dans les arsenaux , de sa cousorralion pendant la paix , de sa conduite et de son exécution pendant la guerre.
Le personnel deTartilleric formait un corps, mâme avant l'invention de la poudre , le nom d'artillerie étant afleeté ans anciennes macbines de guerre , comme il l'est actuellement aux bouclies à feu. L"'arti lie rie était alors servie par des maîtres canonnîers , bombardiers, arquebusiers et artificiers , formant des corps de métiers qui avaient des compagnons, des apprentis, des aides oU servans , conamc les autres métiers avec lesquels ils présentaient la plus graude analogie ; ces maîtres canoauiers s'engageaient au service d'un état , pour un temps déteiminé. Lorsque l'usage des armes à feu eut pris une grande extension dans les armées , on créa des cbefs particuliers pour diriger et surveiller les maîtres canonniers , et l'on eut des maîtres-généraux de l'artillerie ; enfin les anciennes macbines de guerre ayant été abandonnées et remplacées par les bouches à feu, dont l'emploi se répandit beaucoup en Franco , sous les règnes de Charles VIII et de Louis Xn, on créa un grand -maître de l'artillerie, qui réunit bientôt à ses fonctions, celle du graad-mattre des
arbalétriers , dont la charge fut supprimée , ainsi que la plus grande partie de ce corps.
383. Organisation du personnel, A cette époque, aucun corps militaire n^était encore affecté au service de Tartillerie , les maîtres canonniers étaient seulement brevetés du grand-maitre et formaient , pendant la guerre , les compagnies ou bandes de Tartillerie , qu^on licenciait en partie à la paix. Il existait pour les commander, un corps d^officiers commissionnés par le chef du corps ; ils n'^avaient pas de rang parmi ceux des autres troupes et ne pouvaient pas commander dans les places, leurs fonctions étant entièrement différentes de celles des officiers des autres corps militaires ; les officiers d^artillerie étaient cependant susceptibles d^étre élevés aux grades d^officiersgénéraux, mais ce ne fut que sous Louis XIII, qu^ils furent assimilés aux officiers des différens grades de Farmée.
384. Régiment d'artillerie. Cette organisation du personnel de Partillerie, obligeait d^avoir des troupes d^infanterie pour la garde et pour la défense des canons ; Louis XIV assura plus de fixité à la constitution du corps, en lui donnant une organisation toute militaire. Il sup« prima Temploi de maître canonnier et forma, pour en faire le service , des compagnies permanentes de canonniers tirés des différens régimens d^infanterie ; il créa de plus, en 1671, pour la garde de 'Partillerie, le réginient des fusiliers du roi Ç/^q^^ qui avait des compagnies de grenadiers, de canonniers, de sapeurs et d^ouvriers; son effectif fut successivement augmenté à mesure des besoins et il prit bientôt le nom de régiment royal artillerie. Le service des mortiers était fait par des hommes classés dans des compagnies de bombardiers , distinctes de celles de canonniers.
En 1695, toutes les compagnies de canonniers furent incorporées dans le régiment dWtillcrie; mais celles de
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bombanlieni et de mineurs en restèrent séparées. L*éU(- I major de l'arme se composait alors dn grand-inBltre , de lieutcnans du grand -maître, ayant rang d'offiôers- ^ndranx , do brigadiers ou de colnnels , de conmiissaires provinciaux, avec rang de lieutenanl-colonel , de commissaires extraordinaires ayant rang de capitaines en premier et d'oQIcî ers-pointeurs , avec rang de lieutenant.
385. En 1J10, toutes les troupes dVrtillcrie fiirciit incorporées dans le régiment royal artillerie, dont les officiers prirent rang avec ceux de réUt-major ; le lieutenant-colonel avec leslieutexiansdugrand-uialtre; les deux plus anciens capitaines avec les commissaires provindanx, et les autres avec les commissaires ordinaires j les lieutenans furent commissaires extraordinaires ; les cadets tirent le service dans les compagnies et suivirent les cours de théorie ; des volontaires suivaient les instructions et devenaient officiers pointeurs.
En 1765, Gribeauval prit, pour l'organisation de l'artillerie , une base diiféreDte de celle de Tinfanterie ; les hommes nécessaires au service d'une bouche h feu, formèrent une escouade , et quatre ou six escouades formèrent une compagnie, commandée par un capitaine, ayant sous ses ordres quatre lieutenans } Ton d'eux était tiré du corps des sergens; il prit plus tard le nom d'adjudant. Des compagnies de canonniers , de bombardierB et de sapciu^ formèrent des régimens d'artillerie. Les compagnies de mineurs et celles d'ouvriers furent séparées des rumens.
386. Pontonniers. £n i794) 'b personnel destiné à l'établissement des passages sur les cours d'eau , pour le service de l'armée, fut organisé militairement et distinct des autres corps de l'artillerie , on en forma des compagnies de pontonniers.
387. Train d'artillerie. Les voitures dn matériel de l'artillerie n'étaient attelées ancienn^uent que pendant la
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guerre , et alors elles relaient avec des chevaux fournis par des entrepreneurs qui avaient des conducteurs à leurs gages; mais, vers la fiq du dernier siècle , on donpa une organisation militaire à ce service ; les chevaux furent au compte de FElat et les conducteurs formèrent des compagnies et des bataillons du train.
388« artillerie à cheval. Pendant long-temps on a cherché à donner à une partie de Tartillerie employée en campagne , la plus grande mobilité possible y afin de pouvoir la porter rapidement d^un point à un autre, ou lui faire accompagner des troupes légères , pour des expédia lions qui exigeaient une grande célérité. En i5i5, la cité de Metz mit en campagne huit pièces d^ artillerie volante, dans une expédition contre Philippe Schlucléreri seigneur d^Efienstein (^). A la bataille de CérizoUes , en i544» l^armée française avait dçs pièces de 4» dont la mobilité était assez grande pour qu^elles pussent suivre la cavalerie. En Autriche, ea 1778^ on organisa dWe manière permanente des batteries susceptibles de remplir le même objet; on disposa les affûts elles caissons de manière qu^on pût y placer les canonniers, pour Texécution des mouvemens rapides. Frédéric atteignit encore plus complètement le but^ en &isant monter les canonniers sur des chevaux; par cette disposition, les batteries pouvaient suivre la cavalerie dans tous ses mouvemens , et exécuter des marches avec une grande célérité. En 1 79 1 , on forma en France des compagnies dVrtillerie k cheval., qui rendirent de très-grands services dans les batailles , par Thabileté et la rapidité de manœuvres audacieuses , dont jusque-là on n avait vu aucun exemple.