DE LX SPHÈRE DES CIEUX
poserait à ce qu'il rapportât leurs positions , géométriquement parlant, à ces points d'une pareille sphère purement imaginaire , entre-coupée par leurs rayons visuels respectifs; il y aurait même beaucoup d'avantage à agir ainsi, attendu que par ce moyen , leur aspect et leur situation relative pourraient être soigneusement mesurés et notés pour en dresser une carte. Les objets d'un paysage sont à toutes sortes de distances de l'œil , et cependant nous les dessinons sur un tableau dans le même plan , et à la même distance , dans leurs véritables proportions apparentes, et la ressemblance n'est pas taxée d'incorrection, pour le fait qu'un homme sur le devant du tableau sej-ait représenté plus grand qu'une montagne dans le lointain. Le même elïet est éprouvé par le spectateur des corps célestes représentés, ^rojeirà ou distribués sur cette sphère imaginaire que nous appelons le firmament ou. le cieLl^Jous pouvons ainsi concevoir aisément que la lune, qui nous parait aussi grande que le soleil , quoique moins brillante, peut devoir cette apparente égalité à un plus grand rapprochement , et être en réalité beaucoup moindre; tandis que tant la lune que le soleil peuvent ne paraître plus grands et plus brillans que les étoiles qu'à cause de l'éloignement de ces dernières.
50. Un spectateur placé sur la surface de la terre nepeut,à cause de la grande masse sur laquelle il se trouve , voir toute cette portion de l'espace qui est audessous de lui. 11 est vrai que si son lieu d'observation se trouve à imc grande hauteur , la ligne de l'horizon présentera à ses regards une base sur laquelle s'appuie un peu plus qu'un hémisphère ; et la réfraction , dans quelque lieu qu'il puisse être, lui permettra de regarder, pour ainsi dire, un peu au dessous; mais la zone ainsi ajoutée à sa portée visuelle , ne surpasse presque jamais , à moins que ce ne soit dans des circonstances bien extraordinaires (i), la hauteur de deux degrés , et les vapeurs près de l'horizon ne permettent de la voir qu'imparfaitement. A moins donc que, par le changement de sa situation géographique, il ne transportât ailleurs son horizon ( qui est toujours un plan qui touche la convexité sphériquc de la terre à sa station) ; ou bien que, par quelques mouvemens propres aux corps célestes , ils vinssent d'eux-mêmes au-dessus de l'horizon ; ou , enfin , que par quelque rotation de la terre elle-même sur son centre , le point de sa surface qu'il occupe fût transporté circulairement , et présenté à une région différente de l'espace , il n'obtiendrait jamais la vue de presque toute une moitié des objets extérieurs à notre atmosphère. Mais si ces cas là existent , il en est aussi d'autres où un plus grand nombre de corps et même tous , peuvent se présenter à la vue.
51. Un voyageur, par exemple, qui change de séjour sur notre globe, obtiendra la vue d'objets célestes , invisibles de sa première station , d'une manière qui s'expliquera assez bien en le comparant à un individu qui se tiendrait dans un parc contre un grand arbre. L'obstacle massif présenté par son tronc lui coupe la vue de toutes les parties du paysage qu'occupe ce tronc comme objet ; mais en marchant tout autour , il peut se procurer la vue successive complète de tout le panorama. Précisément de la même manière , si nous quittons une station , Paris , par exemple , et que nous nous dirigions vers le sud , nous ne m.anquerons pas de remarquer que beaucoup de corps célestes que l'on ne voit jamais de
(-1) Comme celle, par exemple, que l'on va voir. Feu M. Sadlor, le cc-lèbre aéronaute , fit à Dublin mie ascension aérostatique à environ deux heures après-midi , et fut lancé dans les airs à travers le canal St. -Georges. Vers le coucher du soleil, au moment où il approcha de la côte anglaise, le ballon descendit près de la surlace de la mer. Le soleil couché , et les ombres du soir commençant à cesser , il jeta presque tout son lest , et s'élança soudainement à une grande liauteiir , ce qui lui procura tout le phénomène d'un lever occidental du soleil. Une descente subséquente dans le pays de Galles lui grocura le spectacle d'un second coucher le même soir. Je liens cette anecdote du docteur Lardner, qui assistai son ascension j et nte lut son propre v'oii dh-ToyàgQi
Paris, s'offrent successivement à nos regards comme s'ils s'élevaient du sud aaudessus de l'horizon , une nuit après l'autre , quoique ce soit en réalité notre Wiorizon qui , voyageant avec nous vers le sud autour de la sphère , s'enfonce poeu à peu au-dessous d'eux. La nouveauté et la splendeur des constellations qui l se présentent graduellement à la vue pendant les nuits sereines et calmes des climaats des tropiques , dans les longs voyages du côté du sud, sont des sujets sur desquels s'étendent avec plaisir tous ceux qui ont joui de ce spectacle, qui ne manque jamais de s'offrir à leur souvenir au milieu des conversations les pllus agréables et les plus intéressantes sur les voyages de long cours. Un coup-d'cxeil sur la figure 6 , qui offre trois stations successives d'un voyageur, A, B, C, awec l'horizon correspondant à chacune , donnera à cette doctrine un caractère dTévidence supérieur à toute description.
52. Supposons maintenant que la terre ait elle-même un mouvement de rottation sur son centre. Il est évident qu'un spectateur en repos ( selon les appparences ) placé sur un point quelconque du globe , sera , sans s'en apercevoiir , emporté circulairement avec lui : sans s'en apercevoir, disons-nous, parce q\ae son horizon contiendra toujours les mêmes objets terrestres qui ne cesseroDnt pas d'en être les limites. Il aura le même paysage constamment devant le yeuix^ et les mêmes objets qui lui servent de bornes et de direction , conserveent entre eux et avec lui les mêmes situations invariables. Cette douceur parfaitte , cette uniformité de mouvement d'une si vaste masse , auquel tous les objets qui'il voit autour de lui participent également , l'empêcheront (art. 1 5 ) de concevooir aucun soupçon de son changement réel de place. Cependant, eu égard aux objeets extérieurs , c'est-à-dire aux corps célestes qui ne participent pas à la rotaticon supposée de la terre , son horizon aura continuellement changé à lejir c^arcd , précisément comme dans le cas de notre voyageur dans l'article précédent. lEn recourant à la même figure 6, c'est évidemment la même chose , en tant qui'il s'agit de leur visibilité , qu'il ait été emporté par la rotation de la terre successsivement dans les situations À,B,C j ou que , la terre demeurant en repos, il se sooit transporté lui-même personnellement le long de sa surface dans ces statioms. Notre spectateur dans le parc obtiendra précisément la même vue du paysagce , soit jqu'il marche autour de l'arbre, ou que nous supposions celui-ci scié, et miiis en mouvement circulaire sur un pivot , tandis que le spectateur se tient sur uine saillie adhérente au tronc, et se laisse ainsi emporter dans une direction circulaiire par son mouvement. 11 n'y aura de différence que dans l'aspect que lui offriira l'arbre même dont, dans le premier cas , il verra tous les côtés , mais dans le ssecond, seulement cette partie qui lui demeure constamment opposée, et iiin- «lédiatement sous ses yeux.
53. Ainsi par cette rotation delà terre, comme nous l'avons supposé, Thorrizon d'un spectateur stationnaire s'abaissera constamment au-dessous des obje^ts situés dans cette région de l'espace vers laquelle la rotation l'emporte , et s'( élevera au-dessus de ceux du côté opposé , présentant aux regards les premières , et cachant successivement les derniers. Comme cependant l'horizon de ce speectateur lui parait immobile , il rapportera tous ces changcmens au mouvemeint des objets eux-mêmes , paraissant et disparaiss;nît tour-à-tour. Au lieu donc die juger que son horizon s'approche des astres , il pensera que les astres s'approcliemt de l'horizon ^ et lorsque celui-ci en aura dépassé ou caché quelques-uns, il kcs considérera comme s' étant enfoncés au-dessous de lui, ou comme s' étant couchées; tandis que ceux qu'il vient de découvrir, et dont il s'éloigne, paraîtront se Icev^r au-dessus.
54. Si nous supposons cette rotation de la terre continuer dans une seule «et même direction, c'est-à-dire s'opérer autour d'un seul et même axe , jusqu'à cce qu'elle ait fait une révolution enti^^re , et poit revenue à la position d'où elle étau't