‹ Traité d'astronomieChapitre 14 sur 116 · POLES DE LA TERBE · texte numérisé non relu

POLES DE LA TERBE

grande proportion de toute la surfece du ciel demeure sans cesse visible ou sans cesse invisible : le cercle décrit par chaque étoile approche davantage d'être parallèle à l'horizon ; et , enfin , toutes les apparences le conduisent à supposer que , s'il pouvait s'avancer suffisanunent vers le nord , il atteindrait à la fin un point verticalement au-dessous du pôle septentrional du ciel , auquel aucune étoile ne se lèverait ni ne se coucherait , mais chacune décrirait autour de l'horizon un cercle qui lui serait parallèle. On a tenté beaucoup d'efforts pour arriver à ce point, qui est appelé le pôle boréal de la terre, mais jusqu'ici sans succès , une barrière d'une difficulté presque insurmontable se présentant par la rigueur croissante du climat. On en a cependant beaucoup approché , et les phénomènes de ces régionslà , quoique non précisément tels que nous avons enseigné qu'ils devaient se montrer au pôle même , se sont trouvés en correspondance exacte avec sa grande proximité. Une semblable remarque s'applique au pôle sud de la terre , qui cependant est plus inabordable j ou , du moins , ne s'en est-on pas autant approché que de celui du nord.

67. Ce qui précède est un exposé des phénomènes du mouvement diurne des étoiles , mouvement modifié par différentes situations géographiques , et cet exposé n'est fondé sur aucune théorie : c'est le résultat des observations positives des voyageurs et des navigateurs , qui en ont dressé des cartes. Mais ce résultat est dans un accord parfait avec l'hypothèse de la rotation de la terre autour d'un axe invariable. Pour le prouver, cependant, il sera nécessaire de tracer quelqu-cs observations sur les apparences offertes par un assemblagft^ d'objets éloignés , lorsqu'ils sont vus de différentes parties d une station circonscrite dans une petite étendue.

68. Imaginons un paysage dans lequel une grande multitude d'objets sont placés à toute espèce de distance de l'observateur. S'il change son point de vue, ne fût-ce que de quelques pas , il apercevra un très grand changement dans les positions apparentes des objets plus rapprochés, tant par rapport à lui qu'entre eux. S'il avance vers le nord, par exèmple, des objets peu éloignés à sa droite et à sa gauche, qui étaient , par conséquent , à l'orient et à l'occident , de sa station primitive, seront laissés derrière lui, et paraîtront s'être éloignés vers le midi. Quelques-uns d'entre eux, qui se couvraient l'un l'autre d'aÊord , sembleront se séparer, et d'autres s'approcher , et peut-être se cacher l'un l'autre. Des objets éloignés , au contraire , n'offriront point des changemens aussi grands et aussi remarquables de position relative. Un objet à l'orient de sa première station , à un mille ( 1 ,609 mètres ) ou deux de distance , sera encore rapporté par lui au point d'orient de son horizon , sans qu'il y ait presque aucune déviation appréciable. La raison en est que nous rapportons la position de chaque objet à la surface d'une sphère imaginaire d'un rayon indéfini dont notre œil est le centre, et, à mesure que nous avançons dans une direction AB (fîg. 7 ), emportant cette sphère imaginaire avec nous , les rayons visuels AP , AQ , par lesquels les objets sont rapportés à sa surface ( en c , par exemple ) , changent de position relativement à la ligne dans laquelle nous nous mouvons , AB , qui sert d'axe ou de ligne de com,paraison , et prennent de nouvelles positions BP/j , BQf/ , tournant autour de leurs objets respectifs comme centres. Leurs intersections p , q , avec notre sphère visuelle , paraiti'ont donc reculer sur sa surface, mais avec différens degrés de vitesse angulaire à proportion de leur proximité ; la même distance d'avance AB sous-tendant un plus grand angle APB = cl*q , à l'objet rapproché P qu'à celui éloigné Q.

69. Ce mouvement angulaire apparent d'un objet sur notre sphère de vision (4 ) , résultant d'un changement de notre point de vue , s'appelle parallaxe ,

{i) La sphère idéale en dehors de nous , à laquelle noua rapportons les lieux des ob-

qui est toujours exprimée par l'angle Aï* B sous-tendu à l'objet P par une lif^rc joignant les deux points de vue A, B en question : car il est évident que la diffcrencc de la position angulaire de P , à l'égard de la direction invariable ABD, lorsqu'il est vu de A et de B , est la différence des deux angles DBP et DAP ; or . DBP étant l'angle extérieur du triangle ABP , est égal à la somme des deux^ intérieurs non adjacens ; on a donc DBP— DAP+APB , d'où l'on tire DBP— DAP=APB.

70. Il suit delà que la quantité du mouvement parallactique résultant d'un changement donné de notre point de vue , est , toutes choses égales d'ail'eurs , moindre, à proportion que la distance de l'objet en vue est plus grande- et lorsque cet éloignement est très considérable en comparaison du changement de notre point de vue , la parallaxe devient insensible ; ou , en d'autres termes les objets ne paraissent pas varier du tout de situation. C'est d'après ce piincipe que , lorsque nous visitons pour la première fois les régions des Alpes , nous sommes surpris et confondus du peu de progrès que nous paraissons faire jar un changement considérable de station. Une heure de marche , par exemple , ne produit qu'un léger changement parallactique, dans les situations relatives' des masses éloignées qui nous entourent. Soit que nous marchions autour d'un cercle de cent yards (91 mètres) de diamètre , soit que nous nous bornions à tourner à son centre , le panorama lointain présente presque exactement le même aspect • à peine semblons-nous avoir changé notre point de vue. '

71 . Quelque notion , à d'autres égards , que nous puissions nous former des étoiles , il est de toute évidence qu'elles doivent être immensément éloignées. S^il n'en était pas ainsi, l'intervalle angulaire apparent entre deux quelconques d'entre elles, vu au-dessus de la tète , serait beaucoup plus grand que vu près de l'horizon , et les constelhitions , au lieu de conserver les mêmes apparences et dimensions pendant toute leur course diurne , sembleraient s'agrandir à mesure qu'elles s'élèvent plus haut dans le firmament , comme nous voyons un petit nuage à l'horizon s'enfler et se transformer en une grande nappe d'eau qui inonde tout , lorsqu'il est poussé par le vent vers notre zénith , ou comme on peut le voir dans la figure 8 , où ah, AB , a'b', sont trois différentes positions des mêmes étoiles , telles qu'elles seraient vues , si elles étaient près de la terre , de la station d'un spectateur S , sous les angles visuels aSh , ASB , a'Sb'. Cependant , on ne remarque aucun changement de dimension apparente. Les mesures les plus délicates de la distance angulaire apparente de deux étoiles quelconques entre elles , prises à des points quelconques de leur course diurne (après avoir fait la part des effets inégaux de la réfraction , ou en admettant que ces mesures soient prises dans des instans où cette cause de déviation agisse également sur l'une et l'autre étoile ) , ne signalent pas la plus légère variation appréciable. Peu importe que ce soit à ce point ou à un autre de la surface de la terre que s'opère

jets, et que nous emportons avec nous partout où nous allons, est sans nul doute liôo par association, si même elle n'en dépend pas entièrement, à celte obscure perception de sensation dans la rétine de nos yeux, dont, lors même qu'ils sont fermés et tranquilles, nous ne pouvons entièrement les dépouiller. Nous avons une surface sphériquc réelle dans nos yeux , siège de la sensation et de la vision, correspondant, point pour point, a la sphère extérieure. Dans cette sphère , le? étoiles sont réellement placées , comme nous 1 avons supiDosé dans le texte, dans là concavité imaginaire des cieux. Lorsque toute la surface de la rétine est excitée par la lumière , l'habitude nous conduit à 1 associer avec l'idée d'une surface réelle existant en dehors de nous. L'impression que nous en recevons, c'est l'idée d'nu //rinaiHeof et d'ttn de/ , mais la surface concave de la rétnie elle-même est le vrai siège de toute dimension angulaire et de tout mouvement angulaire visible. La substitution du mot rétine à celui de ciel serait impropre dans le langage, mais on peut toujours la faire mentalement. ( Voyez la belle énigme de Schiller sur J'oeil , dans Tnrandot, )

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