DISTANCE DES ÉTOILES
la mesure; les résultats sont absolument identiques. Aucun des înslrumens inventés jusqu'aujourd'hui par l'industrie humaine n'est assez délicat pour indiquer , par une augmentation ou diminution de l'angle sous-tendu , qu'un point de la terre est plus près ou plus éloigné des étoiles qu'un autre.
72. La conclusion qu'il faut nécessairemènt tirer de ceci est que les dimensions de la terre, quelque vaste qu'elle soit, ne sont comparativement rien , absolument imperceptibles , auprès de l'intervalle qui sépare les étoiles de la terre. Si un observateur marche sur la circonférence d'un cercle qui n'ait que quelques mètres de diamètre ( fîg. 9 ) , et que de différens points de cette circonférence il mesure avec un sextant , ou un autre instrument plus exact adapté à cet usage , les angles PAQ , PBQ , PCQ , sous-tendus à ces stations par deux points bien distincts à son horizon visible PQ , il sera tout de suite averti par la différence des résultats, de son changement de distance à leur égard provenant de son changement de place, quoique cette différence puisse être si petite qu'elle ne produise aucun changement dans leur aspect général à l'oeil nu. C'est là un des exemples innombrables oii les mesures exactes obtenues par la voie des instrumens nous placent dans une situation tout-à-fait différente à l'égard des points de fait et des conclusions qui en découlent , conclusions que nous n'adopterions pas si nous devions nous en rapporter dans tous les cas au seul témoignage de nos yeux. Ces observations ont été poussées à un si haut degré de précision à l'aide d'un instrument appelé théodolite , qu'un cercle du diamètre ci-dessus mentionné peut ainsi être rendwsensihle , être reconnu pour avoir une grandeur, une position assignable, à l'égard des objets éloignés de 100,000 fois au moins de ce diamètre. Des observations , différant , il est vrai, un peu pour la méthode, mais identiques en principe , ont été appliquées aux étoiles , et avec un résultat tel qu'il a déjà été dit. 11 suit de là incontestablement que la distance des étoiles à la terre ne saurait être moindre que 100,000 fois le diamètre de cette dernière. Elle est réellement , sans comparaison , plus grande ; car nous trouverons plus bas complètement démontré que la distance que nous venons de citer, toute prodigieuse qu'elle semble paraître , n'est encore évaluée que bien au-dessous de la véritable.
75. A une telle distance, pour un spectateur doué de nos facultés et muni de nos instrumens , la terre serait imperceptible ; et , réciproquement , un corps de la grandeur de la terre, placé à la distance des étoiles, ne pourrait non plus s'apercevoir. Si donc , au point oii se trouve un spectateur , nous tirons un plan tangent au globe , que nous le prolongions en idée jusqu'à ce qu'il atteigne la région des étoiles , et que nous concevions un autre plan , parallèle au premier et d'une égale étendue , passer par le centre de la terre ; ces plans , quoique séparés dans toute leur étendue par le mèmii intervalle, c'est-à-dire un demi-diamètre de la terre, n'en seront pas moins, eu égard à la vaste distance à laquelle est vu cet intervalle, confondus ensemble, et hors d'état d'être distingués l'un de l'autre par un spectateur terrestre. La zone qu'ils y embrassent sera d'une largeur imperceptible à son œil , et ne fera que décrire une grande circonférence dans le ciel , laquelle , comme le point d'expiration dans la perspective vers lequel toutes les lignes parallèles dans un tableau paraissent converger, est , dans le fait, la ligne expirante à laquelle tous les plans parallèles à l'horizon offrent une apparence semblable de convergence définitive dans le grand panorama de la nature.
74. Les deux plans que nous venons de décrire sont appelés, en astronomie , l 'horizon sensible et l'horizon rationnel de la station de l'observateur; et la grande circonférence dans les cieux qui marque la ligne d'expiration , est aussi reconnue comme une circonférence de la sphère sous le nom d'horizon céleste, ou simplement d'horizon.
P'après ce qui a été dit (art. 72) de la distance des étoiles, il suit que si nou?
supposons qu'un spectateur au centre de la terre a sa vue bornée par l'horizon rationnel i de la même manière que celle d'un spectateur correspondant sur la surface l'est par son horizon sensible , les deux observateurs verront les mêmes étoiles dans les mêmes situations relatives , chacun contemplant cet hémisphère entier des cieux qui est au-dessns de l'horizon céleste , correspondant à leur zénith commun.
75. Or, autant que le disent les apparences, il est parfaitement égal que les cieux, c'est-à-dire tout l'espace avec ce qu'il contient, tournent autour d'ffn spectateur en repos au centre de la terre , ou que le spectateur à sa station tourn« simplement autour dans la direction opposée , et les voie successivement. L'aspect des cieux , à chaque instant , en les rapportant à son horizon (que l'on doit supposer tourner avec lui) , sera le même dans les deux suppositions ; et jHiisque, comme on l'a fait voir, les apparences, en ce qui concerne les étoiles , sont les mêmes pour un spectateur sur la surface que pour celui qui serait au centre , il s'ensuit que , soit que nous supposions le ciel tourner en dehors de la terre , ou la terre en dedans du ciel , dans la direction opposée, les phénomènes diurnes, pour tous ses habitans , ne différeront en aucune manière.
76. Le système de Copernic adopte la dernière hypothèse , comme la véritable explication de ces phénomènes, évitant par là la nécessité d'avoir recours à ce mécanisme malencontreux d'une sphère solide , mais invisible , à laquelle on supposerait les étoiles attachées , pour qu'elles pussent être emportées autour de la terre sans déranger en rien leurs situations relatives. Une pareille idée suffirait sans doute pour expliquer la révolution diurne des étoiles , de manière à sauver les apparences ; mais les «louvemens du soleil et de la lune, aussi bien que ceux des planètes , sont incompatibles avec une pareille supposition , comme on le verra quand nous traiterons de ces corps. D'un autre côté, qu'une masse sphérique de dimensions passables ( ou , plutôt , si on la compare avec l'univers environnant et visible , d'une grandeur qui s'évanouit ) , qu'aucun lien ne retient , et libre de se mouvoir et de tourner, le fasse, conformément à ces lois générales qui , autant que nous en savons , règlent les mouvemens de tous les corps matériels , implique si peu de difficulté à ce qu'on admette ce principe comme accordé, qu'ily aurait plutôt lieu de s'étonner q'j'ilfût démenti par les faits. Nous le regarderons donc désormais comme tel ; et comme , dans le courant de cet ouvrage , des analogies tirées de nos observations sur d'autres corps célestes viendront s'offrir d'elles-mêmes à l'appui , nous ne manquerons pas de les signaler au lecteur. En attendant, il est bon de définir quelques termes qui seront continuellement employés dans la suite.
77. Définition 1 . L'axe de la terre est ce diamètre autour duquel elle tourne, d'un mouvement uniforme , d'occident en orient, opérant une révolution dans l'intervalle qui s'écoule entre le moment où une étoile quelconque quitte un cer tain point du ciel et celui où elle y retourne.
78. Def. % Les pôles de la terre sont les points où son axe rencontre sa surface. Le pôle septentrional est le plus près de l'Europe^ le pôle méridional en est le plus éloigné.
79. Def. 5. La sphère des cieux , ou la sphère des étoiles , est une surface imaginaire sphérique , d'un rayon infini , et dont le centre est celui de la terre , ou, ce qui revient au même, l'œil de tout observateur sur sa surface. Chaque point de cette sphère peut être regardé comme le point d'expiration d'un système de lignes parallèles à ce rayon de la sphère qui la coupe , vu en perspective depuis la terre ; et chacun de ses grands cercles comme la ligne expirante d'un système de plans parallèles aux siens propres. Cette manière de concevoir ces points et ces cercles ; a de grands avantages dans une yariété de cas.