TRAITÉ D'ASTR. - NATURE PROBABLE DES TACHES DU SOLEIL. CHAPITRE V
d'envisager le sujet. La partie du disque du soleil exempte de taches est loin d'être uniformément brillante; le fond en est légèrement tapissé d'une apparence de petits points noirs, que l'on trouve, en y apportant la plus grande attention , dans un état continuel de changement. Rien n'est plus propre à représenter aussi fidèlement cette apparence que l'aspect de certaines précipitations chimiques dans un fluide transparent , lorsqu'on les regarde perpendiculairement j si fidèlement, répéterons- nous , qu'il n'est guère possible de ne pas se sentir prévenu de l'idée d'un milieu lumineux qui s'interpose , sans s'y confondre , dans une atmosphère transparente et obscure , soit en flottant comme le font les nuages dans notre atmosphère , soit en s'y précipitant en vastes nappes et colonnes semblables à la flamme, ou aux traînées de nos aurores boréales.
351. Enfin, dans le voisinage de grandes taches ou dévastes groupes, on observe souvent une grande étendue de la surface couverte de raies fortement marquées , recourbées ou se partageant en branches , plus lumineuses que le reste , appelées facules , au milieu desquelles surgissent fréquemment des taches , si elles n'existaient déjà. On pourrait peut-être les regarder, avec le plus haut degré de probabilité , comme les sommets de vagues immenses dans les régions lumineuses de l'atmosphère du soleil, symptômes d'une violente agitation dans leur voisinage.
552. Mais que sont ces taches? Il n'est pas de sujet sur lequel l'imagination se soit autant donné carrière : une seule conjecture , cependant, semble porter un caractère de probabilité physique , savoir , que ces taches sont le corps opaque (ou au moins comparativement opaque) , solide, du soleil lui-même , mis à nu à notre vue par ces immenses oscillations dans les régions lumineuses de son atmosphère, auxquelles elle paraît être sujette. Quant à la manière dont cette dénudation s'opère , les avis se sont aussi partagés. Lalande (art. 3240) dit que des éminences de la nature de nos montagnes sont réellement mises à nu , et s'élèvent au-dessus de l'océan lumineux, en offrant l'apparence de taches noires, tandis que leurs nombreuses pentes produisent les pénombres , où le fluide lumineux est moins profond. Une objection accablante contre cette théorie, c'est l'uniformité parfaite de la pénombre dont les limites sont bien tranchées, tant en dedans, où elle joint la tache, qu'en dehors, on elle frise la surface brillante. Sir William Herschel a eu une idée plus heureuse, en prétexidant que les couches lumineuses de l'atmosphère sont soutenues beaucoup au-dessus du niveau du corps solide par un milieu élastique transparent , portant à sa surface supérieure ( oit plutM, pour éviter la première objection, à un niveau considérablement plus has) une couche nébuleuse qui, étant fortement éclairée d'en haut, réfléchit à nos yeux une portion considérable de la lumière , et forme une pénombre , tandis que le corps solide, ombragé parles nuages, n'en réfléchit point. 11 suppose que l'éloignement temporaire de l'une et l'autre couche , mais plus de la supérieure que de l'inférieure , est causé par des courans ascendans vigoureux de l'atmosphère , qui ont peut-être leur source dans des soupiraux que recèle le corps , ou dans des agitations locales. (Foy. planche XV, fig. 1 , lettre d,)
553. La région des taches est limitée à la distance d'environ 50° de l'équateur du soleil , et d'après leur mouvement sur la surface, soigneusement mesuré avec des micromètres , on a assigné la position de l'équateur , qui est un plan incliné de 7° 20' sur l'écliptique , et dont l'intersection avec ce dernier fait un angle de 80° 21' avec la ligne deséquinoxes. On a aussi prétendu (mais ceci, suivant nous , a grand besoin de confirmation) que des taches éclipsées avaient reparu, après de longs intervalles de temps , sur des points identiquement les mômes du globe du soleil. Nos connaissances sur la période de sa rotation ( qui , selon les calculs de Belambre , est de Soi. , 01154, mais selon d'autrei^ , ronsidérablement différente;