CHAPITRE VII
Delà gravité terrestre. — Loi de la gravilalion universelle. — Courbes apparentes et réelles décrites par les projectiles. — La lune retenue dans son orbite par la gravité. — Loi de décroissement tle la gravité. — Lois du mouvement elliptique. — Orbite de la terre autour du soleil en hannonie avec ces lois. — Masses delà terre et du soleil comparées. — Densité du soleil. — Force de la gravité à sa surface. — Perturbation causée par le soleil sur le mouvement de la lune.
369. Le lecteur vient de s'instruire des principaux phénomènes des mouvemens de la terre dans son orbite autour du soleil, et de la lune autour de la terre. Nous allons maintenant parler de la cause physique qui maintient et perpétue ces monvemens , et fait que les corps massifs qui roulent ainsi dévient continueUement des directions qu ils chercheraient naturellement à suivre , en ron-
m TRAITÉ D ASTRONOiMIE. - MOUVEMENT D'UN PROJECTILE. CHAPITRE VIL
séquence de la première loi du mouvement , et les changent en courbes dont la concavité est tournée vers un corps qui en occupe le centre.
370. Quelques efforts qu'aient pu faire les métaphysiciens pour lier la cause à l'effet , il est certain que l'idée de quelque enchaînement plus réel et plus intime a jeté d'aussi fortes racines dans l'esprit humain que celle de l'existence d'un monde extérieur , et que le fait d'avoir revendiqué ce point comme une chose réelle a été regardé (chose étonnante à dire ! ) comme un progrès bien méritoire dans les annales de cette branche de la philosophie. C'est la conscience immédiate que nous avons de nos efforts , lorsque nous employons la force pour mettre la matière en mouvement, ou pour nous opposer à la force , et la neutraliser , qui nous donne cette conviction intérieure de puissance et d'action en tant qu'il s'agit du monde matériel , et qui nous force à croire que toutes les fois que nous voyons des objets matériels sortir de l'état de repos , ou quitter leur direction rectiligne , ou changer de vitesse s'ils étaient déjà en mouvement , c'est en conséquence d'un pareil hffort fait d'une façon ou de l'autre , quoique à notre insu. Qu'un tel effort pût se faire avec succès dans un espace interposé, c'est ce qu'il n'est pas plus difficile d'imaginer qu'il ne le serait que notre main pût communiquer le mouvement à une pierre , avec laquelle elle ne serait évidemment pas en contact.
571 . Tous les corps que nous connaissons , quand on les lève en l'air et qu'on les abandonne à leur impulsion , descendent sur la surface de la terre perpendiculairement. Ils y sont, par conséquent , poussés par une force ou un effort , résultat direct ou indirect d'une conscience et d'une volonté qui existe quelque part, quoiqu'il ne soit pas en notre pouvoir de la découvrir; cette force, nous l'appelons gravité ; et sa tendance ou direction , comme l'expérience universelle nous l'apprend, est vers le centre de la terre; ou plutôt, pour parler rigoureusement, eu égard à sa ligure sphéroïdale, perpendiculaire à la surface de l'eau tranquille. Mais si nous lançons obliquement un corps en l'air, cette tendance , quoiqu'elle ne soit ni détruite ni diminuée , est essentiellement modifiée dans son effet définitif. Le mouvement ascendant que nous donnons à la pierre est , il est vrai, détruit au bout d'un certain temps, et il lui en est communiqué un descendant, qui finit par la conduire à la surface , où elle rencontre un obstacle à tout nouveau progrès , et est forcée au repos. Mais , pendant tout ce temps , elle a continuellement dévié de son progrès rectiligne , et a décrit une courbe concave vers le centre de la terre , hgne sur laquelle se trouve un point au maximum d'élévation , un sommet ou apogée , précisément comme celui de la lune dans son orbite, où la direction de son mouvement est perpendiculaire au rayon.
572. Lorsque la pierre que nous lançons obliquement en l'air rencontre , dans sa descente , la surface de la terre qui l'arrête , son mouvement ne se dirige point vers le centre , mais fait avec le rayon terrestre le même angle que quand elle a quitté notre main. Comme nous sommes sûrs que, si elle n'était pas arrêtée par la résistance de la terre, elle continuerait à descendre, et cela obliqtiement , quelle présomption , pouvons-nous demander, y a-t-il qu'elle atteindrait jamais le centre , vers lequel son mouvement n'a jamais été dirigé dans aucune partie de sa course visible? Quelle raison avons-nous de croire qu'elle ne circulerait pas plutôt autour de ce centre , comme fait la lune autour de la terre , en retournant au point d'où elle est partie , après avoir parcouru une orbite elliptique dont le centre occupe le foyer inférieur? Et s'il en est ainsi, n'est-il pas raisonnable de croire que la même force de gravité peut (puisque nous savons qu'elle s'exerce à toutes les hauteurs accessibles au-dessus de la surface, et même dans les plus hautes régions de l'atmosphère) s'étendre jusqu'à 60 rayons de la terre, ou jusqu'à la lune? Et ne serait-ce point là cette puissance (car il doit y avoir quelque puissance') qui l'écarté à chaque instant de la tangente de son orbite, et la main-