LES ANNE/VUX DE S\TURNE
seur , ou de quelques parties plus denses que les autres. Un pareil poids donnerait ep quelque sorte au double anneau entier auquel il serait attaché le caractère d'un satellite lourd et lent , se soutenant dans une orbite par une certaine force suffisante pour vaincre de légères causes de perturbation , et pour établir à son centre un levier d'équilibre. Mais, même sans supposer l'existence d'un pareil poids , dont , après tout , nous n'avons aucune preuve , et en admett.;nt , en conséquence , dans toute son étendue l'instabilité générale de l'équilibre , nous croyons voir, daus la périodicité de toutes les causes de perturbation, une garantie suffisante de son maintien. Quelque simple , toutefois , que soit l'explication, nous ne pouvons concevoir rien de plus propre , sous tous les rapports , à donner une idée générale de cette conservation de l'équilibre avec une tendance continuelle à sa destruction , que la manière dont une main exercée parvient à soutenir sur le doi^t un long bâton dans une position perpendiculaire par une variation continuelle et presque imperceptible du point de support. Quoi qu'il en soit , l'oscillation observée des centres des anneaux autour de celui de la planète est par elle-même la preuve d'une lutte perpétuelle entre les forces conservatrices et destructives , extrêmement faibles des deux côtés , mais sans cesse aux prises entre elles , de manière à ce que les dernières ne puissent jamais arriver à une supériorité capable de décider une catastrophe.
445. Nous devons aussi observer que , comme la plus petite différence de vitesse entre le corps et les anneaux doit infailliblement précipiter ceux-ci sur celui-là , et empêcher désormais leur séparation ( car , une fois en contact , ils a,uraient atteint une position d'^qwiii&re siahle , et auraient été retenus ensemble pour toujours par une force immense), il s'ensuit, ou que leurs mouvemens, dans leur orbite commune autour du soleil , ont dû avoir été coordonnés entre eux par un pouvoir extérieur , avec la précision la plus rigoureuse , ou que les anneaux se sont nécessairement formés autour de la planète lorsque leur mouvement commun de translation était déjà tracé , et qu'ils étaient sous la pleine et libre influence de toutes les forces actives.
446. Les anneaux de Saturne doivent offrir un spectacle magnifique à ces régions de la planète situées du côté éclairé , et auxquelles ils se présentent comme de vastes arceaux qui traversent le ciel d'un horizon à l'autre, et gardent une situation invariable parmi les étoiles. Au contraire , dans les régions situées sur la face obscure, une éclipse de soleil de quinze ans de durée , produite par leur ombre , doit présenter ( dans nos id ?es ) un asile inhospitalier pour des êtres animés , que la faible lumière des satellites dédommage assez mal. Mais nous aurions tort de juger des avantages ou des inconvéniens de leur condition d'après ce que nous voyons autour de nous , lorsque , peut-êcre , les combinaisons mêmes qui ne nous apparaissent que comme des images d'horreur , peuvent être des théâtres où s'étalent toutes les merveilles de l'art les plus propres à sourire aux idées de grandeur et de gloire , et à procurer le vrai bonheur.
447. Nous ne voyons de la planète Uranus qu'un petit disque rond uniformément éclairé , sans anneaux , ni zones , ni taches distinctes. Son diamètre apparent est d'environ 4" , dont il ne varie jamais beaucoup , à cause de ïa petitesse de l'orbite de notre globe en comparaison de celle d'Uranus. Son diamètre réel est d'environ 55000 milles ( 56326021 mètres ). Ce globe est accompagné de satellites , de deux au moins , probablement de cinq ou six , dont les orbites ( comme on le verra dans le chapitre suivant ) offrent des particularités remarquables.
448. Si l'immense distance d'Uranus nous ferme toute espérance d'arriver à une connaissance étendue de son état physique , la petitesse des quatre planètes ttllra-zodiacales n'est pas un moindre obstî^cle à toute investigation sur le leur.
448 TRAITÉ D'ASTR. - POINT DE VUE GÉNÉRAL DU SYSTÈME SOLAIRE. CHAP. VIIL
Une d'entre elles , Pallas , a , dit-on , quelque chose de nébuleux et sombre dans son aspect , ce qui révélerait la présence d'une vaste atmosphère vaporeuse , que la faible attraction d'une si petite masse ne pourrait guère empêcher de se dilater et de s'étendre. Leurs particularités les plus remarquables appartiennent sans doute à cette condition de leur existence. Un homme placé à la surface de l'une d'elles sauterait aisément à la hauteur de soixante pieds, et il n'éprouverait pas un plus grand choc à sa descente que sur la terre en sautant à la hauteur d'un mètre. Il peut exister des géants dans de pareilles planètes } et ces animaux énormes , qui sur la nôtre , demandent le secours de la force comprimante de l'eau pour contrebalancer leur poids , pourraient , sur ces globes , en habiter le sol. Mais les considérations auxquelles nous pourrions nous livrer à cet égard seraient sans objet.
Ai9. Nous terminerons ce chapitre par une comparaison propre à donner à nos lecteurs une idée générale des grandeurs relatives et des distances des parties de notre système. Choisissons quelque champ bien uni ou un boulingrin. Plaçons-y un globe de deux pieds de diamètre; il représentera le soleil. Mercure sera représenté par un grain de moutarde , sur une circonférence de 1 64 pieds de diamètre pour son orbite ; Vénus le sera par un pois , sur une circonférence de âS'i pieds de diamètre ; la terre aussi par un pois , sur une orbite de 450 pieds de diamètre ; Mars par une forte tête d'épingle sur une circonférence de 654 pieds de diamètre ; Junon , Cérès , Vesta et Pallas , par des grains de sable , sur des orbites dont les diamètres soient de 1 000 à 1 200 pieds ; Jupiter par une orange de grandeur ordinaire , sur une circonférence d'environ un demi mille ( 805 mètres ) de diamètre ; Saturne par une petite orange , sur une orbite dont le diamètre soit les 4/5 d'un mille ( 1288 mètres ); et Uranus par une grosse cerise ou une petite prune, sur une orbite d'un peuplus d'un mille et demi (2414 mètres). Du reste nous n'aspirons pas ici à donner des notions exactes à cet égard, soit en décrivant des circonférences sur le papier , soit , ce qui est encore pis , en faisant connaître ces colifichets puérils que l'on appelle planétaires. Pour imiter les mouvemens des planètes , dans les orbites ci-dessus mentionnées , Mercure doit décrire une étendue égale à son diamètre dans 41 secondes, et les autres planètes des étendues égales à leurs diamètres respectifs dans les temps suivans , savoir : Yénus dans 4 minutes 1 4 secondes ; la Terre dans 7 minutes ; Mars dans 4 minutes 48 secondes ; Jupiter dans 2 heures 56 minutes } Saturne dans 5 heures 1 3 minutes; et Uranus dans 2 heures 16 minutes.