‹ Traité d'astronomie pratique, comprenant l'exposition du calcul des éphémérides astronomiques et nautiques, d'après les méthodes en usage dans la composition de la Connaissance des tempe et du Nautical almanac, avec une introduction historique et de nombreuses notes (volume 2)Chapitre 30 sur 201 · SECONDE SECTION · texte numérisé non relu

SECONDE SECTION

NOTICES HISTORIQUES SUR LES PRINCIPAUX PHÉNOMÈNES DONT LA PRÉDICTION FAIT LE SUJET DES ÉPHÉMÉRIDES.

Éclipses de Lune et de Soleil.

Il n'est pas de phénomène céleste qui ait excité plus vivement Tattention des hommes et frappé davantage leur imagination que celui des éclipses de Lune ou de Soleil. L'histoire de Tantiquitt* est pleine de récits qui attestent combien étaient grandes, chez les anciens, la superstition et la frayeur causées par ce curieux phénomène. Les éclipses de Soleil surtout les impressionnaient vivement. Quant aux éclipses de Lune, l'imagination poétique des Grecs en fit bientôt le sujet d'une églogue amoureuse : Diane éprise d'Elndvmîon venait la nuit sous les traits de Phébé rendre visite à son amant dans la grotte du mont Latmos. On finit cependant par s'apercevoir que cette définition de la disparition de la Lune s'accordait mal avec la constance du phénomène, et l'on chercha ailleurs une autre explication de la cause des éclipser • On la trouva dans le prétendu charme que les sorcières passaient pour exercer sur la Lune. Ces magiciennes, parla force de leurs enchantements, faisaient descendre la Lune de son ciel et l'amenaient sur la Terre pour y opérer des maléfices, et l'on faisait alors, nous rapportent les auteurs anciens, un grand bruit pour que la Lune n'entendit pas les cris des sorcières. Les Romains, entre autres, avaient cette coutume assez bizarre : ils allumaient un grand nombre de torches et de flambeaux et les tenaient élevés vers le ciel comme pour rappeler à la lumière l'astre éclipsé. Quant aux autres peuples, leurs coutumes n'étaient pas moins singulières. Les Mexicains efirayés

LWXVIII INTRODUCTION HISTORIQUE.

jeûnaienl pendant tout le temps des éclipses, et leurs femmes ellesmêmes se maltraitaient le plus qu^elles pouvaient, pensant que la Lune avait été maltraitée par le Soleil dans une querelle de ménage. Les Indiens croyaient que c'était un dragon (râhu) qui voulait dévorer la Lune, et pendant que les uns se mettaient dans l'eau jusqu'au cou (ce qui est chez ce peuple le signe de la plus grande dévotion) pour supplier le monstre de ne pas dévorer l'astre des nuits, les autres poussaient de grands cris pour l'épouvanter et lui faire lâcher prise. Les Scandinaves avaient un mjthe un peu diflTérent de celui des Indiens, mais tout aussi extravagant : suivant eux, deux énormes loups, qu'ils appelaient SkoU et Ilati, poursuivaient sans relâche le Soleil et la Lune, s'attachant, le premier, SkoU, au Soleil, et le second, Hati, à la Lune; les éclipses de Soleil et de Lune étaient alors attribuées aux prises de ces astres avec les loups persécuteurs.

On trouve dans les auteurs anciens le récit de plusieurs faits qui montrent le parti adroit qu'ont su tirer de la frayeur du peuple des hommes éclairés pour l'amener à servir leurs desseins dans telle ou telle occasion mémorable. Tite-Live rapporte que Sulpicius- Gallus, lieutenant de Paul-Éraile, dans la guerre contre Persée, annonça une éclipse de Lune qui devait avoir lieu dans la nuit même qui précéda le jour où Paul-Emile défit Persée, et que par ce moyen il prévint la frayeur que cet événement imprévu n'aurait pas manqué de jeter parmi ses troupes. Drusus usa du même procédé pour apaiser une sédition violente qui s'était élevée dans son armée; et Alexandre, la veille de la bataille d'Arbelles, ne dut, paraît-il, qu'à son adresse et à sa fermeté de pouvoir calmer la terreur qui s'était jetée tout à coup dans son camp à la vue d'une simple éclipse de Lune. Aujourd'hui que la Science a fait d'assez rapides progrès pour permettre aux astronomes de prédire longtemps à l'avance le retour des éclipses, toute crainte puérile a disparu à ce sujet, et à la terreur supertitieuse d'autrefois a succédé un sentiment plus naturel, celui d'une vive et légitime curiosité (•).

(') II n'y a pas bien longtemps que l'on est revenu du sentiment de frayeur dont nous parlons. Fontenelle, dans ses Entretiens sur la pluralité des mondes, nous apprend que, sur la simple annonce de Téclipse totale de Soleil qui eut lieu en 1654, un grand nombre d'habitants de Paris allèrent se réfugier au fond des caves;

Page 1