SECONDE SECTION. \CI
Phénomène des marées.
Les plus grands géomètres des temps modernes, Descartes, Newton, Daniel Bernoulli, Euler, Maclaurin, d^AIembert se sont occupés du problème des marées, mais sans parvenir à en donner une solution satisfaisante. Kepler paraît être le premier qui ait cherché dans l'action attractive des astres Texplication de ce curieux phénomène; mais il appartenait à Newton d'en dévoiler la vraie cause, en le rattachant au principe de la gravitation universelle qu'il venait de découvrir. La théorie de ce grand géomètre parut, en 1687, dans son immortel Ouvrage des Principes de la philosophie naturelle. Un peu plus tard, en 1740, Daniel Berooulli, Euler et Maclaurin tentèrent, par différents moyens, d'avancer la solution du problème, mais sans cependant ajouter beaucoup à ce qu^avait dit Newton avant eux. Enfin, en i774> Laplace, aidé des importantes découvertes que l'on venait de faire dans le calcul aux différences partielles et dans la théorie du mouvement des fluides, reprit le problème des marées et parvint à le résoudre complètement dans le cas hypothétique d'une mer libre de toutes parts et également profonde. Bien que la théorie de Laplace soit loin de rendre compte exactement de tous les faits observés, on peut, néanmoins, la considérer comme un perfectionnement important apporté à la solution de ce problème, solution qui, de nos jours encore, revêt la forme analytique que lui a donnée l'illustre auteur de la Mécanique céleste.
Les anciens ont eu une connaissance assez exacte du phénomène des marées. Aristote, dans son Livre du Monde, dit que les marées sont réglées sur le mouvement de la Lune. Pline, dans son Histoire naturelle, en parle d'une manière encore plus explicite : (( La cause des marées, dit ce naturaliste, provient du Soleil et de la Lune; les eaux se meuvent en obéissant à l'influence sidérale qui attire et soulève les mers. » Suivant Plutarquc, Pythéas, de Marseille, serait le premier qui aurait remarqué le rapport qui ciiste entre le mouvement du flux et du reflux et celui de la Lune.
XCII INTRODUCTION HISTORIQUE
Il est cerlaîn que, dans son voyage vers le Nord, cet astronome dut, en parcourant les côtes de TOcéan septentrional, acquérir sur le phénomène des, marées des notions bien supérieures à celles que possédaient se scontemporains et, en particulier, Aristole, qui ne s^élait jamais éloigné de la Grèce et de l'Asie Mineure.
Passages de Vénus et de Mercure sur le disque du Soleil.
Les planètes inférieures, Mercure et Vénus, dont les orbites sont renfermés dans celle de la Terre, nous présentent, lorsqu'elles passent entre le Soleil et la Terre, un phénomène analogue à celui des éclipses de Soleil et de Lune. On les voit alors traverser le disque du Soleil, d'orient en occident, et s'y projeter sous la forme d'une petite tache noire et parfaitement ronde. Pour que ce phénomène puisse avoir lieu, il faut évidemment que ces planètes soient en conjonction avec le Soleil et que, de plus, elles se trouvent très voisines de leurs nœuds ou dans Téclip tique; car, si leur latitude surpasse le demi-diamètre du Soleil, elles passent à côté de cet astre et l'occultation n'a pas lieu.
Kepler est le premier qui, en 1627, ait osé prédire les époques où Mercure et Vénus passeraient devant le disque du Soleil; mais ses Tables, dressées sur les observations de Tycho Brahé, n'étaient point encore assez exactes pour donner à ses prédictions un degré sufGsant de certitude, et toutes ne se sont pas vérifiées. Ainsi, en 1629, il annonça un passage de Mercure pour le 7 novembre i63i, et deux passages de Vénus, l'un pour le 6 décembre de la même année i63i, l'autre pour le 6 juin 1761. Le passage de Vénus prédit pour i63i n'eut pas lieu ou ne fut pas visible en Europe; les deux autres passages purent être observés aux époques prédites (*).
C'est à Halley qu'on doit la théorie complète du phénomène qui nous occupe. Il l'a publiée dans les Transactions philosophiques de 1691 et dans les Prœlectiones astronomicœ de Whiston, Traité
(*) Le passage de Mercure du 7 novembre i63i fut observé à Paris par Gassendi, qui fixa le moment de l'entrée à 5''3S'" du malin; mais il attendit vainement celui de Vénus, annoncé pour le 6 décembre de la même année.