CHAPITRE VI. — ÉTUDE DE LA VOIE LACTÉE. Ï
sa possession et il démontre que le nombre des étoiles visibles el, par suite, les dimensions atteintes de la voie lactée augmentent avec leur puissance, si bien que les différences sont encore considérables entre ce que donne le télescope de 20 pieds, amélioré par la vue de front (/> = 75), et ce que lui fait voir le télescope de io pieds {p = 192).
11 en conclut donc que, avec le plus puissant de ses instruments, il ne peut atteindre les limites extrêmes de la voie lactée et que, par conséquent, elle est pour lui insondable (*).
123. Enoncé général et conclusions. — Résumons maintenant dans un énoncé global toutes ces conclusions et nous serons en possession d'une des plus belles conceptions de l'esprit humain :
1° Le Soleil et toutes les étoiles, que l'œil ou les lunettes peuvent nous montrer dans le firmament, font partie d'une immense collection, d'un même système général dont la partie centrale constitue la voie lactée;
2® Elles n'y sont point régulièrement distribuées, mais forment, aussi bien dans les régions stcUaires les plus voisines de nous que dans les plus éloignées, une série d'agglomérations partielles différemment et le plus souvent irrégulièrement condensées;
3** Le plan général de condensation de cet ensemble est un grand cercle voisin du milieu de la voie lactée, mais les plans de condensation de chaque groupe s'en écartent parfois beaucoup; quelques-uns de ces groupes ne renferment qu'un petit nombre d'étoiles, d'autres, au contraire, en contiennent des millions;
4** Les dimensions de cette collection d'amas d'étoiles et, par suite, sa forme réelle, et le nombre total des étoiles qu'elle renferme nous sont absolument inconnus; mais nous savons qu'elle s'étend certainement au delà de 2800 fois la distance des étoiles de première grandeur et que les étoiles y sont certainement plusieurs millions de fois plus nombreuses que celles que la vue simple nous permet d'apercevoir dans le firmament.
Cette conception de la voie lactée que Tobservatlon nous im-
(') Celle conclusion ne s^applique pcul-(>lre pas aux direclions voisines du pôle de la voie lacléc;il se pourrait qu'alors Hcrsclicl en ail atleinl les limiles ou en S4>il forl peu éloigné. La décision ne peut résulter que de jauges faites avec un instrument plus puissant que son télescope de 4o pieds.
l8o TRAITÉ D*ASTRONOMIE STELLAIRE.
pose rend d'ailleurs parfaîtemenl compte des apparences qu'elle offre à nos yeux. Les plages lumineuses, les plaques luisantes d'Herscliel, correspondent aux groupes les plus nombreux et les plus condensés; sa bifurcation et ses ramifications latérales à des amas dont les plans de condensation sont différents du plan principal; la richesse stellaire relative des portions situées entre les branches provient des essaims qui les limitent et des couches slellaires qu'ils possèdent un peu loin de leur région de condensation.
Nombre de détails cependant sont encore à expliquer; ainsi, par exemple, Tcxistence dans les portions les plus lumineuses de la voie lactée d'espaces obscurs, parfois assez étendus, où il est impossible de découvrir une étoile, fùt-elle même de vingtième grandeur (H) (*).
D'un autre côté, il n'est pas interdit d'espérer qu'avec les instruments de grande ouverture, aujourd'hui entre les mains des astronomes, on pourra atteindre les limites de la voie lactée et en déterminer ainsi les dimensions.
Quelles que soient les solutions données plus tard à ces deux questions, elles ne modifieront pas d'ailleurs les grandes lignes de la conception d'Hcrscliel, que nous devons regarder comme démontrées.
Au lieu d\Ure isolées dans V espace infini^ toutes les étoiles dépendent les unes des autres, font partie d' un vaste ensemble, soumis à une loi déterminée de condensation, et dans lequel chacune d'elles a*:^it sur les autres en même temps qu'elle subit leurs actions : ensemble qui y par conséquent, change et éirjlur, et constitue, en réalité, quelque chose de vivant ,
(') Les ptus reman|uablrs de ces régions sont les deux suivanles, diainêlralemenl opposées sur la sphère céleste :
1" Vers '^i^y^ d'ascension droite et -f-^î.V,') de déclinaison, Arj;elander a constaté l'existence d'une plaj;e couvrant 9" carrés qui ne contient que |8 étoiles, et dan*» la zone du '.>5* degré entre (^"y-'f" et .V'28"\ on n'en trouve aucune.
'.»° Dans la zone australe du jI' degré entre i(>''i(>'" et lO^'j^i'" d'ascension droite, Tliome n'a compté que tj étoiles jusqu'à la dixième grandeur.