CHAPITRE VU. — MOUVEMENT PROPRE DU SOLEIL. l
D'autre part, Bougiier avait conclu, de ses mesures photomé- Iriques et de la notion nette que l'on avait déjà à son époque de la grande distance des étoiles, que le Soleil transporté dans leur région nous paraîtrait en tout semblable à une d'elles. Il était, donc tout naturel d'attribuer au Soleil un mouvement propre de même espèce.
C'est déjà ce que supposait Bradley, en i ^48, à la fin de son Mémoire Sur la natation : « Si l'on conçoit, disait-il, que notre système solaire change de place dans l'espace absolu, il sera possible qu'à la longue cela amène une variation apparente dans la distance angulaire des étoiles fixes. En ce cas, les positions des étoiles voisines étant plus affectées que celles des étoiles très éloignées, leurs situations relatives pourront sembler altérées quoique toutes les étoiles soient restées réellement immobiles. »
L'année précédente, à la fin de son Mémoire De motu Fixarum, T. Mayer disait : « Enfin, en ce qui concerne la cause de ce mouvement, nous nous bornons à demander s'il ne serait pas possible de l'expliquer uniquement par le mouvement du système solaire tout entier; et si cela n'est pas impossible, le Soleil étant de même nature que les Fixes ne doit-il pas, comme quelques-unes d'entre elles, se mouvoir dans l'espace absolu.
» Car si le Soleil et avec lui toutes les planètes et la Terre, noire domicile, se dirigent en ligne droite vers une région du ciel, toutes les étoiles qui paraissent dans cette région s'éloigneront graduellement l'une de l'autre, et celles qui sont du côté opposé paraîtront au contraire se rapprocher. C'est ainsi que, pour un observateur se promenant dans une forêt, les arbres qui sont devant lui paraissent s'écarter, et ceux qui sont derrière lui semblent se rapprocher. »
Malheureusement, l'examen des mouvements propres qu'il venait de mettre en évidence lui parut contradictoire avec la règle, d'ailleurs trop absolue, qu'il avait déduite de ses prémisses.
Enfin, en 1776, en terminant un long Mémoire Sur les taches ^^ la rotation du Soleil (*), Lalande, reprenant une idée émise ^«-itrefois par J. Bernoulli, appuyait l'hypothèse d'un mouve- *^ent de translation du Soleil par un argument décisif en ces
( ') Mémoires de V Académie des Sciences pour 177O.
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termes : « Le mouvement de rotation du Soleil a dû être produit par une impulsion qui n^était pas dirigée vers le centre de gravibé de l'astre, mais une force ainsi dirigée n'engendre pas seulement un mouvement giratoire; un mouvement de translation est la conséquence tout aussi nécessaire de son action : en supposant que le Soleil, déjà condensé dans sa forme actuelle, reçut un choc qui lui imprima un mouvement de rotation, il paraît donc très vraisemblable que le Soleil a un mouvement réel dans l'espace absolu. »
Quelques années après (1781), P. Prévost faisait un premier essai, d'ailleurs infructueux, de détermination de la direction du mouvement solaire (*).
La question en était à ce point lorsque le grand Herschel fut amené à s'en occuper : dans trois Mémoires fort importants, dont le premier est de 1783, il transforma Thypollièse de Lambert en une vérité démontrée, et assigna à la direction aussi bien qu'au déplacement du Soleil dans l'espace des valeurs qui depuis n'ont été que fort peu modifiées (^).