LIVRE ÎÎI, C H A P. I
et la vitesse, de la planète à cet'e époque,, et Ton verra aisément, si sa direction passe par le soleil, ou par-dessus ou par-dessous de lui, c'est-à-dire si sa latitude dans la conjonction est plus ou moins grande que le demi-diamètre dû soleil. Dans le cas où la direction va par le disque solaire, la vitesse observée servira à calculer le tems, où la planète doit se trouver derrière ou devant le soleil: et à cette époque, on a vu passer la planète sur le disque solaire, sous la forme d'une tadie noire de la même grandeur qu'on avait mesurée peu auparavant, et suivant la même direction et avec la niê- Bie vitesse qu'on avait calculée. Au bout de quelque tems , la planète s'étant assés éloignée du soleil, pour que l'éclat de cet astre permette de Ja voir, elle reparait dans la prolongation de sa direction précédente, en continuant sa rouie avec la même vitesse qu'elle avait avant de disparaître: d'où il est certain, que c'est la planète qu'on a vue dans le disque solaire.: Dans la conjonction immédiatement suivante, et dans la plupart des conjonctions, on ne la verra pas sur le soleil, quand même sa direction passe par cet astre: ce qui prouve que la planète a passé derrière le soleii. Ces passages de A'^énus et de j\Iercure sur le soleil sont très-importans pour l'astronomie: les derniers sont assés tréquens, et arrivent infailliblement après trois ou dix ans; ceux de Vénus sont plus rares, l'un succédant ordinairement à l'autre au bout de huit ans qui sont suivis par un siècle entier où il n'y a point de passage.
§. 64. Les observations précédentes donnent lieu à plusieurs conclusions iniporianies. 1) Ces planètes sont des corps opaques, qui empruntent du soleil la lumière qui nous les fait voir; parcequ'elles paraissent toutes noires sur le soleil, lorqu'elles nous présentent le côté qui n'est pas éclairé par cet astre, a) Le centre de leurs orbites n'est pas la terre mais le soleil , et ■leurs orbites sont comprises entre celle de la terre et le soleil; parcequ'el» les^ passent entre le soleil et la terre, et qu'elles ne ^s'éloignent jamais du soleil au-delà d'une certaine limite. C'est pour cela qu'on leur a donné le nom de planètes mfeneures: la conjonction qui les fait passer entre le soleil et la terre, est appelée coniionction in/erieure , la supérieure étant celle où le soleil se trouve entre la pianële et k terre. 3) La manière dont ces deu-x
orbites sont disposées, est déterminée par les plus grandes digressions: celle de Vénus étant beaucoup plus grande que celle de Mercure, il est visible^ qu'elle s'éloigne davantage du soleil, et que par conséquent son orbite environne celle de Mercure. Comme la planète, dans sa conjonction, est dans la ligne droite qui joint la terre et le soleil, elle nous paraît alors dans le même lieu, où elle est vue du soleil, le centre de son orbite. Les observations des conjonctions donnent donc l'arc que la planète a décrit d'une conjonction à l'autre, ce qui fournit le moyen de comparer leurs vitesses et leurs révolutions. De cette manière on trouve que la vitesse de Mercure est presque trois fois plus grande que celle de Vénus, ce qui ne laisse aucun ^douie, qu'il ne soit plus près du soleil que Vénus. Les occultations d'une de ces planètes par l'autre, en donnent une preuve encore plus frappante. Ainsi le 17 May 1737, Mercure fut occulté par Vénus, près de leur conjonction inférieure: d'où il suit, que Vénus était plus près de la terre, et par conséquent plus éloigné du soleil que Mercure. Cette vérité était déjà connue des anciens sous le nom du Système des Egyptiens; et si ce système n'a pas été généralement adopté , c'est qu'il manquait aux! anciens astronomes une des plus fortes preuves , savoir les passages qui n'ont été observés que dans les tems modernes. Nous connaissons donc maintenant la disposition de trois orbites planétaires autour du soleil qui est leur centre commun : l'orbite de Mercure est la plus proche du soleil, ensuite vient celle de Vénus, qui est renfermée par l'orbe terrestre.
§. 65. Les autres planètes, tant celles qui sont connues depuis les plus anciens tems, savoir Mars ^ Jupiter, Saturne, que celtes découvertes nouvellement, s'éloignent du soleil d'un cercle entier, ensorte qu'elles sont parfois opposées au soleil, et par conséquent plus éloignées de lui que la terre. Dans les conjonctions on ne les voit jamais, comme les planètes inférieures, passer sur le disque solaire, quand même la direction de leur mouvement traverse le soleil, parcequ'elles passent derrière cet astre. Il suit de là, que leurs orbites environnent celle de la terre: c'est pourquoi on les a nommées planètes supérieures. Mais il n'en suit pas encore, que le soleil, et non la terre, soit le centre de leurs orbites; quoiqu'il soit peu vraisembla-