‹ Traité d'astronomie théoriqueChapitre 8 sur 268 · TOME SECOND · texte numérisé non relu

TOME SECOND

INTRODUCTION

e voyageur qui parvient au terme d'une route pénible, se rappelle arec plaisir les fatigues qu'il a essayées. Les sites variés des pays qu'il a parcourus, les hommes et les moeurs qu'il a observés, se présentent de nouveau à son imagination, sous des teintes plus douces; et sa réflexion plus calme lui fait découvrir une foule d'objets qui s'étaient dérobés à ses observations tumultueuses et précipitées. Les évènemens se groupent dans sa mémoire, pour former une histoire régulière; un paysage pittoresque se compose des vues isolées; des traits épars qu'il a rassemblés, des coutumes qu'il a observées^ il tire la caraclérisic'que des nations; et sa raison mûrie dans- le calme rassemble les matériaux bruts de son journal, pour en faire un édifice régulier. Tels sont les résultats du repos après le travail. Sans les observations faites pendant le voyage, l'oeuvre du génie ne serait qu'un romdJi.; sans la méditation, l'auteur ae produirait que l'image du chaos. Mai*

rimagination la plus heureuse, privée des oBservations p-opies à la science, bâtit sur le sable, tandis que celui qui, ne pouvant s'élever à de hautes conceptions, se borne à observer soigneusement la nature, mérite la reconnaissance de ceux qui^ emplo3''eront des matériaux sL péniblement rassemblés,, pour élever un nouveau monument à l'esprit humain.

C'est à ce point dé repos, où le discernement et l'activité de l'observateur font place à la tranquille pénétration du penseur^ ' c'est là,^^dis-jç, que {^astronomie sphériquc finit et que commence Vastronomie rationnelle. La nature de Tesprit humain , plus portée à créer des systèmes qu'à recueillir des observations , fait présumer que dans les tems anciens , l'astronomie a été traitée ainsi, plus souvent que nous ne sommes à portée de le savoir Dans la jeunesse du genre humain, il y eut peut-être une époque, où l'esprit, encore libre de préjugés, avait, acquis des idées justes sur le §^ystème du monde. Ces idées, ensuite méconnues, et dépossédées par de vaines subtilités, ne pouvaient reprendre leur empire que par un travail opiniâtre, suivi pendant une longue suite de siècles. En effet, quoique l'histoire ne aous apprenne pas précisément qu'il fut un tems où l'astronomie eut un temple, construit sur le même plan et avec la même simplicités qu'aujourd'hui ^ m-ais moins riche sans doute^ on en trouve cependant des traces qui méritent quelque aitentionj et fUlustre Bailly les a recueillies- et développées avec une rare sagacité ( ^ ).

Ces tems fabuleux de l'astronomie furent suivis de l'âge historique. PioUinés fut le pLemier qui, profitant avec une rare intelligence,, des obsctv-ations faites avant lui , ainsi que des siennes propres , pour parvenir à -la fionnaissance des véritables mou.vemens célestes, ou plutôt, pour former une hypc%ë,';e qui pût servir à calculer, pour un tems quelconque, les situations et mouvemens apparens des. astres. PtoUmé^ est le premier fondateur d'un système de l'astronomie rationnelle,, que nous connaissions j et si d'un côié les anciennes observations importantes qu'il nous a transmises, réctament notre reconui-'issance, son génie et la sagacité qui se font voir si clairement dans les hypothèses qu'il a imaginées, ne méritent pas le mépris dont -on

(l) Jlifioirt de l'astronomis ancknns.

INTRODUCTION

a voulu le couvrir. Quiconque aura lu ses ouvrages avec attention, sera persuadé que Ton a souvent été injuste envers ce grand homme, parce qu'oa le juge d'après un faux point de vue. On oppose son système à celui de Copernic, sans examiner, s'il avait le dessein d'établir un système. Ce qu'oa appelle ainsi, n'était probablement qu'une hypothèse, .une iiction qui n'avait pas d'autre but que de faciliter le calcul, comme celles employées par Tycho et même par Newton, et comme celle qui, rigoureusement parlant, est la bas« de la géométrie transcendante des modernes. Sans s'aviser de faire des recher-. ches ou des hypothèses sur les véritables orbites des planètes, il ne s'occupa que de ce grand problème de l'astronomie, trouver les lieux où, dans un tcms donné, paîxûtront les planètes vues de la teire. Il résolut ce problème, suivant la coutume de son tems, par la construction géométrique qui n'admettait que la ligue droite et le cercle: ce qui le conduisit nécessairement a ces cercles excentriques, à ces épicycles qui, à la vérité, sont assés compliqués, mais qui ne, mériteraieiit le nom diabsurdes (^) que dans le cas, où il aurait soutenu d'un ton décisif, que le véritable mouvement était effectivement composé de tous ces cercles. PtoJémée eût été sans doute un des premiers, à adopter les découvertes de Copernic et de Kepler, s'il ei\t vécu dans leur teras. Il ne donne jamais à ses suppositions d'autre nom que celui àl'hj-poihèses {liypothesis eccentrici, epicycli), et il ne les regarde que comme des moyens pour faciliter le calcul. Il commence par prouver, qu'il est tout-à-fait indifférent, d'employer le cercle excentrique ou l'épicycle, et déclare en termes précis^ que ce n'est que pour la commodité du calcul^ qu'il donne la préférence tantôt à l'un tantôt à l'autre (^). Cela prouve évidemment qu'il ne voulait point parier ànuériiahlc mouvement. Il est vrai qu'il part de ce principe, que la terre est immobile au centre du mouvement diurne et de la sphère entière (^); mais c'est la marche naturelle de chaque système d'astronomie, c'est sur ce principe que

(l) ^,\j absurde complication du système de Ptolémée", dit Laiande dans la seconde édilioa de son jisironomie, T. I. §. 1068; mais je vois que ce grand astronome a supprimé ce mot dans la troisième édition (§. I070.).

(a) Par ex. à l'épicycle pour cxpli<iuer la fremièrc inégalité des planètes. Voy. ^hnagesSe

Lh.. JV. Chap. 5. et L. IX. Ch, 5.

(3) ^siron, de Laîandt l. e.

toutes les observations sont fondées ;!. §. 19. 22." j et Ptolémée dit expressément, que ce n'est que relativement, aux. étoiles, fixes ^ qu'il suppose; laterre au centre du monde (^). Enfin, il est bien pardonnable^ qu'il cherciie à prouver l'impossibilité du mouvement de la terre, par de mauvais raisonnemens tirés de la physique et de la mécanique, quand on réfléchit ,, combien il lui importait, de mettre hors de doute ce premier principe, que la terre est toujours (c'est-à-dire^ immobile) au centre du ciel étoile.. C'est sous ce point de vue^, qu'il faut juger l'auteur de l'^^/ma^^^é, si l'on veut lui rendre-justice- Ses épicycîes 5 dont Hipparque s'était servi 3oo ans avant lui,, pour expliquer l'irrégularité du mouvement du soleil, et Appollonius ^00 ans avant Ptolémée, pour expliquer les stations des planètes, seront plus dignes de noire attention, si nous nous rappellerons, c[ue ces épicyles firent parvenir Kepler à la connaissance des véritables mouvemens célestes^ et que par un léger changement de riij^pothèse même de Ptolémée (^), Kepler,, sans se servir de l'ellipse, découvrit le vrai mouvement elliptique^ comme on le. verra par la suite..

Le tems de Ptolémée fut suivi de sept siècles, qui' ne nous préseiîtent presque aucune observation, ni aucune trace d\ine astronomie rationnelle. Les Arabes du neuvième au quinzième siècle nous ont laissé des observations astronomiques qui ne sont pas sans mérite f m.ais dans tout ce qui regarde l'astronomie rationnelle, ils ne changèrent rien à ce qu'ils trouvèrent dans l'Almageste. Ainsi cette science était tombée en oubli, pendant une période d'à peu près quatorze siècles j, jusqu'à l'époque où, Copernic vint lui donner une nouvelle existence.

Les passages des anciens, où Copernic, d'après son propre aveu, puisa îa connaissance de l'arrangement du système solaire, et qui prouvent que, îongteras avant Ptolémée, on en eut ùqs idées fort justes^ se trouvent recueillis dans plusieurs livres. Quand ou considère que ces passages sont tout-à-fait isolés, sans liaison avec d'autres connaissances qui en sont la base, et sans

(t) ^linag. L. I. Ch. 6.

(i) En substituant le lieu vrai du soleil au lieu moyen, et un œouvein^'nt des planètes le long du diamètre de l'epicycie pour celui sur la périphérie.

INTRODUCTION 5

aucune' preuve qui aurait pu faire naître ce système qui parait si peu naturel?, on est presque porté à penser, qu'il y eut un tems dont la mémoire s-ést perdue, où une connaissance juste et ^complette de la structure de l'unîvers était généralement répandue. Le système des Egyptiens est, à Tégard des d'eux: planètes inférieures,, parfaitement d'accord avec ceux de Copernic et de Tyçlio, en expliquant les stations et les rétrogradations de ces planètes par leur mouvement autour du soleil. Cette explication a trop de simplicité et d'élégance , pour qu'un esprit pliilosopîiique comme celui de Copernic n'en profitât pas. Mais je ne sais , si l'on a remarqué que le système des Egyptien? est dans le fond d'accord avec celui de Ptolémée, ou qu'il n'en diffère toul au plus que par la substitution du lieu vrai du soleil au lieu moyen, comme on le verra par la suite. Rien ne paraît plus aisé que d'étendre l'hj^potlièse des deux planètes inférieures aux trois planètes supérieures, mais celui qui eut, la sagacité et le courage, de voir et de dire ce que l'on n'avait aperçu ou osé dire pendant deux mille ans, mérite certainement le nom d'inventeur. Le mouvement des planètes supérieures autour du soleilne suffit pas, comme celui des inférieures, pour expliquer leurs stations et rétrogradations: il faut encore supposer que le soleil ou la terre soit en mouvement. Copernic clioi-sit le dernier mouvement, sans en avoir d'autres preuves que l'analogiedes autres planètes,- et la simplicité et l'élégance de l'hypothèse. Tychochoisit le premier mouvement,, parce qu'il ne voyait; aucune raison: proprement astronomique, pour s'écarter de ce qui parait le plus naturel au premier coup d'oeil. L'un et l'autre procédèrent conséquemment, le premier plutôt en esprit systématique, l'autre en astronome. Le profit que Copernic luimême tira de son système, est peu de chose. La seconde inégalité des planéteS' fut expliquée,., mais à l'égard de la première, Copernic,, aussi bien que Tycho, s'en tint aux épicycles de Ptolemee, et les embrouilla encore davantage. Il réduisit j à l'instar de Pîolémée,= tous les mouvemens,^^ non pas au lieu vrai du soleil, mais au lieu moyen, à un poipt purement fictif. La découverte de l'arrangement àes orbites planétaires était faite, mais la nature de ces courbes, et les lois du mouvement n'étaient pas mieux connues quedu. tems de Ptolémée. Cependant Tycho, grâce à son activité et à son habi-

Mté, avait achevé une suite si complette de bonnes observations, qu'un seul homme fut capable d'en déduire toute l'astronomie rationnelle, et "toutes les lois des mouvemens célestes. Quand on voit , avec quelle gratitude Kepler reconnaît son bonîieur de pouvoir profiter des observations de Tychoj combien de fois il convient, qu'il n'aurait pu aToir une idée des plus importantes de ses découvertes , s'il n'avait pu se fier à ces observatio||s à une minute prèsj quand on considère, combien l'art d'observer était imparfait avant l'yclio, en peut à peine décider lequel, de Tycho ou Copernic, a rendu les plus grands services à l'-astronomie.

L'iij'pothèse de Copernic avait beaucoup simplifié le plan de la structure de l'univers, et facilité le travail des astronomes à l'avenir: Tycho avait fourni un trésor de matériaux précieux, pour élever iin grand mo- Hument; mais le génie créatevu- manquait encore, qui sût profiter de ces matériaux, et mettre le premier la main à la construction. Kepler entreprit cet ouvrage, et il facheva. Il n'y a peut-être aucune découverte, qui ait moins dépendu du liazard, qui ait demandé d'aussi vastes connaissances, un zèle aussi infatigable, et un esprit aussi systématique, que celles de Kepler. Si d'un côté, il faut respecter l'hcanme qui, pour Famour de la vérité^ entreprit plusieurs fois ces immenses calculs, et ne se laissa pas décourager par tant d'essais inutiles, il faut, de l'autre, admirer le génie qui, sans être accablé par d'innombrables difficultés, se fra^^a toujours un nouveau chemin, qui sut choisir les circonstances les plus favorables pour chaque observation; celui dont fesprit philosophique tourna ses hypothèses de tous côtés^ et les rejeta avec une impartialité sévèrCj si elles ne se trouÂ'aier.t pas à toute épreuve^- qui ne fit un nouveau pas, qu'après de mûres réilexions et avec toute la rigueur de la logique; et qui enfin ne se décida sur la nature des orbifes planétaires, que lorsque presque chaque point en avait été déterminé par un calcul particulier, et par la comparaison d'un grand nombre d'observalions . de sorte qu'il n'y eût .qu'une seule courbe qui pût être décrite par tous ces points. On peut dire que Kepler a fait ses découvertes, parce qu'il a voulu les faire; et que les services qu'il a rendus à rastronomie^ sont uniques comme son génie.

Il est le fondaleuï de l'astronomie rationnelle, dont la plus grande partie a pour objet aujourd'hui, d'expliquer les lois de Kepler, de raconter leur découverte, et d'en faire l'application au calcul astronomique. L'astronomie lui doit plusieurs des plus belles méthodes,, dont on se sert encore pour déterminer les orbites planétaires. Pour étudier la manière dont Kepler parvint à faire ses découvertes, il faut bien connaître les hypothèses de Ptaiémée, et ses méthodes dont plusieurs sont encore employées avec fruit. La liaison entière- de l'astronomie est la preuve la plus complette de la vérité du système de Copernic: on peut cependant prouver particulièrement les deux parties les plus importantes de ce système,, le mouvement annuel et le mouvement diurne de' la terre. Ces deux vérités, étant démontrées, serviront de base à la théorie entière du système solaire, et même des étoiles fixes; et l'on peut concevoir de la liianière suivante, la marche que l'esprit humaia a suivie dans cette savante carrière..

Dès que les habitâns de la terre levèrent les yeux au ciel, le premier objet qui attira leur attention, fut le mouvement diurne de cette voûte parsemée d'étoiles. L'ob&ervation que cette rotation, autant qu'ils en purent juger, se faisait toujours en tems égaux, et qu'elle ne changeait point la situation réciproque des astres qui. formaient toujours les m.êmes groupes; cette observation, dis-je, fut pi'obablement la première qui développa la grande idée,, que les mouvemens célestes ne sont pas l'effet d'un pur hazard, et qui excita le désir de connaître les lois suivies par ces mouvemens, ou de soumettre aux recherches astronomiques, les changemens qui se font dans le ciel. L'invariabilité de la situation des étoiles fixes, l'uniformiîé et la direction du mouvement diurne,- furent donc la base de toutes les connaissances asti'oi>«miques.- La vicissitude des saisons, si importante pour les premiers besoins et les occupations Jes plus ordinaires de leur vie , et la variation des formes, sous lesquelles la lune éclairait leurs nuits, les engagea à observer les mouvemens propres du soleil et de la lune, qu'il est si aisé de discerner de la révolution du ciel entier. Le mouvement rapide qui fait parcourir à la lune, dans une seule nuit, une partie si considérable de son orbite parmi, les étoiles , et qui la ramène au bout de 27 jours, à la même étoile.

explique très-bien ce phénomène, savoir que la révoluiion de la lune a été exactement connue, il y a deux mille ans, et peut-être bien davantage, tandis que celle du soleil n'a été déterminée avec la même précision que dans les tems modernes, Xe mouvement propre de la lune et du soleil est donc la seconde découverte, clont Fastronomie fut eriricbie. On apprit par là qu'outre le mouvement diurne, il y en avait d'autres, peut-être encore inconnus; ce qui excita de riouTeau l'attention. En observant évec plus^ de soin, ou aperçut bientôt, qtie quelques nns des plus brillans astres du ciel changeaient assés •rapidemerit le.urs situations jrelativement aux autre*. On en découvrit cinq qui erraient parmi les étoiles fixes, et qui, par cette l'aisoii, furent distingués par le nom de planètes: ce qui ouvrit à l'astronomie un nouveau champ. Le mouvement diurne dont on était parti, et qui avait servi de guide dans toutes les recherches, est wvjbvme et circulaire. Il était donc naturel que les anciens établirent le principe, que tous les mouvemens célestes ne pou- Taient être qu'uniformes et circulaires., d'autant plus qu'ils croyaient apercevoir dans ces deux espèces de mouvement uiie perfection supérieure, la seule qui pût convenir au plan de la sagesse suprême. Ils ne se seraient jaiîiais avisés de penser que le mouvem^ent vrai des corps célestes pourrait être diEerent du mouvement apparent, ou de séparer l'astronomie sphérique de lu rationnelle, si tous les niouvemens apparens avaient pu être soumis à ces deux lois. Mais iis découvrirent bientôt des écarts considérables de ces lois, mêm.e dans le mouvement du soleil, et encore davantage dans celui de la lune. Le mouvemxPnt diurne du soleil était tantôt de plus, tantôt de moins d'un degré; la lune parcourait dans un jour plus de i5**, dans un autre moins de 12.^, et son diamètre apparent qui a des variations de 4'» fit voir clairement, que cet astre se rapproche de la terre, et s'en, éloigne. Sou, mouvement n'était donc ni uniforme ni circulaire. Que l'un et l'autre a lieu- dans les mouvemens serais, non-seulement de la lune, mais de tous les astres, c'est une découverte de l'asikOnomis moderne. Les anciens ne pouvaient pas s'en persuader: il leur parut plus raisonnable, d'attribuer ces irrégularités uniquement au mouvement apparent, que de prendre l'apparence pour la vérité, avec la précipitation de l'ignorance; et il faut convenir, qu'ils

ÏNTRODUCTÏON tj

^vaieftt parfaifement raison, tant que les observations, qui doivent tout décider finalement., n'éteient pas contraires. Selon eux, ces niouvemens ne paraissent irréguliers, que parce que nous ne les voyons pas du vrai point sje vue, ou parce que la terre ne se trouve pas dans Je point, autour du:auei les mouvemens sont uniformes et circulaires. Ils clierchaient donc ce point par des observations, et tâchaient de montrer-, de quelle manière la combinaison de plusieurs mouvemens uniformes et circulaires pourrait produire un mouvement, qui devrait paraître aux habitans de la terre aussi irrégulier, que l'expérience nous le fait voir.

Cette irrégularité était encore plus frappante dans le moiivement des planètes. Leur vitesse varie tellement, que souvent elle devient nulle ou même négative-. Elles sont immobiles pendant quelque tems , au bout duquel elles reprennent leur mouvement , mais dans une direction opposée à la précédente: il était naturel d'essayer . si l'iij'potlièse qui avait été employée avec tant de succès par rapport au soleil et à la lune^ iie pouvait pas aussi être appliquée aux planètes. Il leur parut impossible que le véritable mouvement des planètes fût si irrégulier | d'où ils eonclurent avec raison, que la terre n'était pas le point d'où il fallait regarder ce mouvement , ou ïe centre autour "duquel il se fait* Oii employait donc les mêmes hypothèses pour les planètes que pour le soleil j en y apportant selon les besoins de légers changemens, tant pour les accorder avec les observations, que pouE les simplifier.

Ainsi naquit l'astronomie rallonneile, - qai est enliërement fondée sur cette proposition très-philosophique, que les lois de la nature sont^ extrêmement simples, et qu*en conséquence, si les mouvemens célestes nous semblent irrégulîerSj, c'est parce que nous ne sommes pas placés dans un point de pue convenable. Les différentes applications de cette grande vérité ont fait naître les divers systèmes du monde. Les anciens astronomes croyaient que la simplicité exigeait le- mouvem.ent circulaire et uniforme 5 les astronomes modernes, ayant découvert-, que l'un et l'autre était contredit par les observations ^ pensaient que, sans déroger à la simplicité, il était permis de substituer l'ellipse au cercle, et de remplacer l'uniformité par nue autre loi non moins simple;

îo ASTRONOMIE RATIONNELLE

enfin ils aperçurent que cette supposition était parfaitement confirmée par les observations et les lois générales de la dynamique. Les systèmes des anciens étaient fondés sur la supposition, que la terre était en repos, ce qui les força de combiner une foule de cercles arbitraires, qui étaient contraires à une saine physique, et qui ne satisfaisaient que rarement aux observations. Le système moderne est beaucoup plus simple, et parfaitement d'accord avec la physique et les observations , parce qu'on a donné à la terre un mouvement, qui explique justem.ent les phénomènes qui présentent les plus grandes diiiicultés.

La base de l'astronomie moderne est donc un double moui^'ement de la terre , sa rotation sur un axe , et son mouvement de translation autour du soleil. Le premier explique d'une manière fort simple le mouvement diurne du ciel entier; le dernier, combiné avec la rotation, représente clairement tous les phénomènes du soleil , qui succèdent Tun à l'autre dans une année {Lwre /.)• — Comme le lieu de chaque corps céleste est déterminé par les étoiles fixes, et que toutes les observations s'y réduisent finalement, il est nécessaire avant tout, d'approfondir la théorie des étoiles fixes , et d'examiner les changemens qui peuvent avoir lieu dans leurs positions , et qui , à l'exception de quelques anomalies à peine sensibles , sont relTèt du mouvement de la terre : c'est le sujet du //. Livre. — Notre système planétaire est pour nous la plus importante partie de l'astronomie. Les irrégularités apparentes des planètes ont donné lieu au , système qui est aujourd'hui généralement adoptéj m.ais tant que la théorie du soleil n'est pas bien établie, on ne saurait tirer de justes conclusions des observations des planètes. Le ///. Livre traite du vrai momemeîit du soleil et des planètes. — Si les lois que l'on avait trouvées pour les planètes, senties 'Véritables lois de la nature, elles seront générales, et également applicables & la lune: c'est à cette application que l'on doit le parfait accord de la' théorie moderne de la lune avec les observations {Livre IV.). — La suite immédiate de cette connaissance plus juste des mouvemens du soleil, de la lune, et i\(:& planètes, est une théorie exacte des êcVpses solaires et lunaires, di-'S occultations u étoiles par la lune, et des passages des planètes inférieures

INTRODUCTION u

sur îe soleil (Livre V et VT.). — Ce qne la théorie de la hme, et celle des éclipses qui en dépend, a de particulier, s'applique de même à quelques astres, découverts dans les tems modernes, lesquels ainsi que la lune, décrivent leui's orbites, non autour, du soleil, mais autour d'une planèie: ce qui a donné lieu à la théorie des satellites (Livre VLL), — Les anciens ne connaissaient qu'une très-petite partie du système solaire, sept corps seulement. Une partie considérable de ce système, les comètes n'avaient jamais été observées par eux; il y avait même peu d'astronomes qui leur accordassent le rang de corps célestes. L'attention que les astronomes modernes ont dirigée sur les comètes, les a mis en état de se convaincre de la généralité des lois du mouvement, suivies par les planètes, et de se faire une idée juste de l'étendue du système solaire. La théorie des comètes est encore loin de su perfection, et à juger par la nature de l'objet même, elle le sera apparemment toujours. Les nouvelles comètes qui paraissent annuellement pour la première fois , et celles qui , dans les tems futurs , après avoir achevé leurs orbites, reviendront pour la seconde fois , rendront sans doute cette théorie pins complette. C'est elle qui marque le point où l'astronomie de chaque époque doit s'arrêter, et laisser aux tems futurs, à renouer le fil. Les cometesy et les conclusions que l'on en peut tirer relativement à la grandeur et l'arrangement du système molaire, terminent cette partie de l'astronomie {Jivre VIIL.).

pu MOUVEMENT DE: LA TER R if;:

HAPITRE PRE MIE

Mouvement diurne çle la terre-.

§. I. JLia. première observs^^tion astronomique,, qxii est en même tems: le fonderaent ' de toutes les autres,, savoir la rotation diurne du ciel, n'est peut- être qu'apparente, et s'explique parfaitement, comme on l'a vu (I. §.112.), en supposant que la terre tourne en azj. heures sur un de ses diamètres, dans IjB sens opposé. Lequel, de ces deux mouvemens est le véritable, la rotatioa. de la terre, ou la révolution du ciel entier; c'est une question, dont la soriution demande d'autant plus de soin, que beaucoup de siècles se sont écou^- Ips, avant qu'on pût la décider avec un haut degré- de certitude.. En gênéliai, il n'est pas aisé de décider avec une certitude géométrique, si un mou- Tement que nous croyons voir, est réel ou seulement apparent: car quel que soit le mouvement d'un corps, on pourra toujours en expliquer tous les. phénomènes, en supposant que le corps, est en repos et que l'observateur a un mouvement convenable.. L'organe de la vue,, par sa nature niême, ne peut nous faire apercevoir que le mouvement relatif, lequel , à la vérité^. ne peut exister sans un mouvement quelconque dans FespHce absolu-, les.

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