LIVRE VIII, C H A P. I. 5u
dilEcullds contre Ies(]uelles ils avaient à lutter, mais peu de chose par rapport à ce qui reste encore à faire. Ce que nous savons de riiiimensité et de la mécanique du ciel, sufEl pour nous donner des idées dignes de l'auteur de la nature, et pour nous inspirer ddï sentimens d'une profonde admiration et adoration. Mais l'astronome ne doit ni s'imaginer de connaître maintenant l’ourrage du trës-sage, ni craindre que le tems de la récolte ne soit passé; les fruits ne manqueront jamais, pourvu que les moissonneurs ne manquent pas. Cest dans la nature des choses, 'que chaque découverte en astronomie, loin de diminuer le nombre des découvertes futures, en ouvre un nouveau champ; et l'histoire de l’astronomie noua apprend, que chaque découverte donna lieu h plusieurs autres. On peut comparer cette immense science à un vaste pays, dont le centre a été cultivé avec grand soin, et dont la surface qui s'étend h rinhni, renferme un grand nombre de champs fertiles, mais inconnus, qui ne sont accessibles qu'aux plus grands elforts de l'industrie. Chaque pièce que l’activité de l’homme est parvenue à défricher, ouvre une vue plus ample sur l'étendue entière; et h mesure que la partie cultivée s’agrandit, les découvertes dans tous les sens deviennent plus làciles.
'L’état actuel de nos connaissances suffit pour nous faire voir, combien c’est peu de chose, que nous connaissons de l’univers, et même du système solaire. En réfléchissant sur la distribution des planètes, et en comparant l’espace qu’elles occupent, avec la distance des étoiles fixes, on est étonné de voir qu’elles ne remplissent qu'une petite portion du système solaire, dont la plus grande partie paraît être d^erte. On ne peut pas se persuader, que la nature n’ait point employé l’espace immense qui n’est pas occupé par les planètes, et qui suffirait pour des millions de corps célestes auxquels le soleil pourrait communiquer de la lumière, de la chaleur, et du mouvement. On est encore plus frappé de celle idée, en faisant attention aux circonstances particulières. Les orbites pidnélaires sont renfeiinées dans la zone étroite 'du zodiaque, et 'toutes les planètes se mefvent dans le même sens; et l'on ne conçoit pas que celte zone seule soit propre aux mouvemens de corps célestes. La force œplrale du soleil doit nécessairement se répandre suivant toutes les directions, dans un espace sphérique: il est donc à présumer qu’elle
5ii ASTRONOMIE RATION NE L L E rencontrera partout des objets qu'elte peut animer. Il n’est pas moins difficile de concevoir, par quelle raison tous les corps célestes suivraient la même direction, toute direction étant -également possible.
Il faut convenir que ces raisonnemrns doivent nous persuader, qu’outre les planètes il y a peut-être des millions de corps célestes qui remplissent le vide du systèine solaire, relativement à l’espace, et k la disposition et direction des orbites.
$. 333. Quand, après avoir fait ces réflexions, ont voit de lems à autre des corps inconnus paraitre dans te ciet, des corps qui, à l’instar des planètes, avancent suivant toutes les directions d’une étoile è l’autre; quand on trouve par le calcul de leur mouvement, que leur distance au soleil est égale è celle des planètes, que leur mouvement se courbe autour du soleil, qu’il devient plus rapide, à mesure qu’ils approchent du soleil, et qu’il auit en général les mêmes lois que le mouvement des planètes; on ne peut pas douter que res coips n’apparlirnneni au système planétaire, du moins à l’époque oüi ils se font voir. Dans les trms Içs plus anciens on trouve des rélations de ces astres qui, à cause de l'almosphèrc, semblable à une chevelure, et de la queue lumineuse qui environnent ordinairement le corps même,’ furent appelés Comètes} et l’on sait que les Chaldéens avaient des idées très-justes de ces. astres, en les prenant pour des plavcles qui ne sont visibles qu’è une petite dislauce de la terre. Les philosophes grecs, principalement les Pylhagoréens, avaient les mêmes idées, et fon est étonné de la justesse et de la précision, avec laquelle Sëneque en parl^dans le Uv. FU. de ses Quaest. Aat. M.11S à CCS exteplioiis près, la plupart des philosophes.de ce tems et des trms suivans en avaient des idées liés- iinparlâiles. On prit les comètes pour des météores, ou pour des exliaiaisons (lu soleil et des planètes, ou bien pour des ouvrages instantanés de' la Toute-puissance, produits pour prévenir le genre humain de la vengeance qui le menaçait. Au commencement du dix-septième siècle les plus grands astronomes pensèrent, que les comètes étaient des météores passagers, produits de lems à autre entre la terre et la lune. Tydio fut le premier qui détruisit cette opinion, et fonda de nouvean des idées plus justes sur ces corps. Il montra que leur parallaxe diurne était