‹ Traité d'astronomie théorique (volume 2)Chapitre 43 sur 291 · LIVRE II, C H A P. IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, C H A P. IV

e H A P I T R E IV.

Autres propriétés remarquables du ciel gtoilè.

S. 54.XJn des ohjcls du ciel étoilé > qui hiéritent notre plus grande attenliuu, est la foic taclcc, dont la lumière , douce et blanchâtre lait ui|f impression agréable sur les veux, et produit dans l’aiiie des sentimehs digncs'do nous. Cette blancheur environne toute la sphère !> peu près dans le plan d'un • grand'cercle, qui par la moitié de sa largeur coupQ l'équateur au loome et au me degré, sous un angle d’environ 60”. Sa largeur est de 9 à 18 degrés;' elle 'est la plus petite ve|s les pôles de l'équateur, principalement entre Cas- > si’opée. et Persée, et au pieds de devant du Centaure: la plus grande largeur a lieii' dans l'équateur, et principalement entre le Sagittaire et l'Aigle. Lavoie l^lé'j est divisée en pluaieurs endroits, par un intervalle vide au milieu de sa largeurl principalement depuis 154* d'aScension droite et 4»“ de déclinaison australe, jusqu’à 3io* d’ascension droite et 4^° do déclinaison boréale; en d’autres endroits il en sort de petites branches. Sa lumière qui ne s'éteint jamais, et sa position invariable, firent déjà penser aux anciens Grecs, que cette blancheur devait Mre la lumière confuse d’une infinité d'étuiles trop éloignées pour être aperçues distinctement. Après l’invention des téléscopes, on s’attendit à pn voir la preuve; , on aperçut en ellêt dans la voie lactée un grand nombre de petites étoiles, invisibles à la vue simple, mais pas plus que dans d’autres parties du- ciel, ^ et elles ne paraissaient pas assés rapprochées l’une de l’autre, pour qu’on pût leur attribuer la blancheur de la voie lactée, qui disparaissait entièrement dans les téléscopes. Ce n’était donc qu'une hypothèse très- vraisemblable, jus^’à l’époque où M. Herschel la mil hors de' doute,’ à l’aide de ses grands téléscopes. Cet astronome voyait distinctement, que la voie

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lactée était composée d'une infinité de petites étoiles, si rapprochée* l’une de l'autre, que dans des télésropei moins grands, leur lumière se confond. R aperçut aussi, que le Bombre de ces étoiles diminuait, à mesure que le téléacope s'écartait de la voie lactée. Il parait donc certain , que c'est la véritable cause de cette blancheur. M. Herschel, ayant compté les étoiles en dif-. férenter parties de la voie lactée, h trouvé par un milieu, qu’un segment de i5* de long suc a* do large renferme plus de Soooo étoilel, assés grandes pour être distinguées avec son grand téléscope. En supposant la largeur de la voie lactée, de 14*, il s'en suit, qu'elle renferme plus de huit millions d’étoiles, sans compter celler qui, même avec ce grand téléscope^ ne peuvent pas é|ge distinguées.

$. 55. Il y a peu de probabilité, que cette inhnité. d'étoiles soit réelle- , ment disposée dans un cercle autour de la terre, comme le premier coup d'oeil paraît l'indiquer. Il n'y a rien qui nous autorise de supposer, que le soleil^' qui ii'est certaineçtent pas la plus grande étoile, suit le centre de celte voûte immense. S'il est permis de donner plu* d'étendue apx. conclusions que noua axons tarées ci-dessus de l'analogie, on pourra expliquer d'unp manière fort sim; , pie, au moins en général, tous les phénomènes du ciel étoilé, non-seulenieut le* étoiles depuis la première jusqu'è la 7 me ou 8 me grandeur, que l'on voit & l’oel nu dans toutes les parties du ciel, mais aussi la voie lactée. On a vu dans le «bapitre précédent, qii'apparemment les étoiles décrivent divers cercles autour d’un grand corps central, ainsi que le* planètes autour du soleil. Supposons ilo plus , que la disposition de leurs 'orbites soit analogue è celle des orbites planétaires, c'c-st - h-dire qu’elles soient à peu près dans le |^me plan. Cela posé, soit {f'ig. i3.) C le centre, ADBE, AFBG, les plans qui renferment

toutes les orlùlcs, ensorte que DAF::::rEAG soit le plus grand angle d'in-

clinaison de deux orbites. En supposant d'après les règles de probabilité, que le soleil est à pou près également distant de toutes les, extrémités du système, et q^iVn con^équeai tl se trouve placé dans un point S entre les plans A P B , A F B ; l'oeil en S , étant environné d'étoiles dans tous les sens, les* verra répandue* sur. une surface sphérique, et n* pourra distinguer que les étoiles voisines. Ce* dernières étoiles* qui formeront autour du centre S,

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une sphkre très-petite par rapport à la voie lactée, sont celles que nous ■voyons dispersées dans tout le ciel. Les étoiles près de.s e.vlrémilés du système A, D, B, E, G, F, étant Irès-éloignécs, l’oeil ne pourra les distinguer, et n'apercevra qu’une faible lueur. Soient DSF, GSK, les angles sous lesquels les angles DAF, EAG, sont vus de S, et perpendiculaire au plan du milieu entre AD et AF, ou à l'orbite du soleil; et imaginons que l'angle DSF tourne sur l'a.xe PQ, en décrivant un cercle ou une zone sphérique, perpendiculaire à PQ, et d'une épaisseur peu considérable. Dans toute celte zone l'oeil verra la blancheur de la voie lactée; mais comme l'épaisseur du système suivant la direction de l’axe PQ est supposée très -petite, il n’y aura pas dans celte direction , d'étoiles assés éloignées pour ne pas être distinguées , ou au moins il n'y en aura pas un nombre sulTisant pour produire la blancheur de la voie lactée. Elle paraîtra donc avoir la forme d’une zone de peu de largeur qui est déterminée par les angles DSF, ESG: cette zone fera le tour du ciel entier, et les grands segmens des deux côtés de celle zone, seront remplis des étoiles assés voisines, pour pouvoir être distinguées à la vue simple ou avec des léléscopcs ordinafres.

§. 56. Maintenant il sera facile d’expliquer toutes les particularités de la voie lactée. Los étoiles, situées entre les plans ADB, AFB, mais près de S, sa feront voir au milieu de la voie lactée: ce *ont les constellations traversées par la voie betée, comme Cassiopée, Persée, le Cocher, Oiion, les Gemeaux, le grand Chien, le Navire, etc. ■

Lè où les intersections communes d'un grand nombre d'orbitrs, ou leurs noeuds coïncident, comme en A, B, la voie lactée sera plus serrée: sa largeur sera moindre, sa lumière plus forte; et ces deux points seront éloignés l’un de l’auUe d’en\’iron ibo®, si le soleil S n’est pas très-loin de la ligue des noeuds AB. Eu eîTèl, dcu.x des endroits les moins larges se trouvent dans fhémisphère boréal à 34j*, et dans l’hémisplière austral à iGo* d'ascension droite; le dernier point (dans le Navire) est aussi le plus brillant de la voie lactée.

La dillérente largeur a encore une autre source; c'est l'endroit qu’occupe rocil S: car on verra aisément, que l'angle DSF doit être plus grand que ESG.

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A une ditlance aux noeuds A, 11, d’environ go% la voie lactée aura sa plus grande largeur, et la plus faible lumière. Si les orbites sont tellement disposées, que dans cette partie en D et F, beaucoup d'orbites se trourent è peu près dans deux plans par ü et F, séparés par un intervalle qui ne renferme que peu d’orbites; la voie lactée paraîtra séparée du côté de C où l’oeil se trouve: niais de l'autre coté en E, G, la distance est trop’ grande pour que foeil puisse apercevoir un intervalle vide.

$. 5^. On se fera peut-être une idée plus juste, en supposant que toutes les étoiles voisines de S, qu’on peut distinguer avec des téléscopes ordinaires, font ensemble un système particulier qu’on peut appeler système étoilé. Plusieurs de ces systèmes, ou les grandes masses centrales, autour desquelles se meuvent les étoiles qùi forment les systèmes, décriront pareiltement des orbites autour d'un corps central ou du centre commun de gravité, -en formant un système plus vaste, la voie lactée, qui est un système composé d'une multitude de systèmes étoilés. On peut se taire quelque idée, de la situation du soleil dans le système étoilé auquel il appartient, aussi bien que du lieu que ce système occupe dans la voie lactée, par les raisonnemens suivans. i) Notre système étoilé parait être disposé à peu près comme le système solaire, y compris les comètes; c’est-è-dire, les orbites des étoiles sont inclinées fune è l’autre de toutes les manières possibles, ensorte qu’elles ne forment pas un anneau comme la voie lactée, mais une sphère. C'est évident pareeque le ciel est parsemé d'étoiles dans tous les sens, a) Le soleil n'est pas fort éloigné du centre de son système étoilé, pareeque nous voyons dans toutes les régions du ciel à peu près le même nombre d'étoiles de toute grandeur. Cependant, le soleil ne pouvant occuper le centre même, nous aurons une plus grande partie du système du côté du centre, et dans la même direction un plus grand nombre d'étoiles se fera voir. D'après cela le centre ou le corps central de notre système étoilé sera dans la direction du Taureau ou d’Orion , pareeque ces régions sont les plus riches en étoiles: en efTct, plusieurs astronomes regardent la nébuleuse au-dessous du Baudrier d'Orion comme le corps central de notre système étoilé, i) Si l’oeil se trouvait dans l'intérieur de l’anneau fermé par la voie lactée, et dans le plan qui

passe par le milieu de sa largeur, cet anneau -devrait se présenter comme un grund cercle; si l'oeil était hors de ce plan, dans Taxe do l'anneau, il prendrait la forme d'un petit cercle qui s’écartera d’autant plus d’un grand cercle, que l’oeil est plus éloigné du plan de l’anneau; enfin, si l’oeil n’était, ni dans le plan ni dans l’axe de l'anneau, il se présentera comme une ellipse, d’autant plus alongée que l’oeil est plus éloigné de l’axe. Or comme la voie lactée se présente comme un petit cercle, peu dilTurenf d'un grand cercle, que d'ailleurs elle n’esf pas tout-n-fail circulaire, mais un peu oblongue; il l’en suit, que notre svstcme étoilé n’est situé, ni dans le plan passant par le milieu de la voie lactée ni dans son axe, mais qu’il n’est pas fort loin du centre, ensorle qu’il forme un des systèmes intérieurs ou inférieurs. 4) I* P'*' rait résulter du peu de largeur do la voie lactée, que les systèmes étoiles qui la composent, et qui sont ici ce que dans le système solaire sont les coiuëfes et les planètes ou les systèmes de satellites, ne sont pas inclinés l’un à l'autre sous tous les angles possibles, comme les orbites des comètes, mais qu’ils sont presque dans le même plan, comme les orbites planétaires 55.), Cela parait contraire 5 l’économie, avec laquelle la nature emploie l’espace, et dont nous voyons un exemple frappant dans la disposition des orbites des comètes. On est presque porté à crofre, qu’ainsi que dans le système solaire, l’espace hors de l'anneau occupé par les orbites, semblables à celles des planètes, est rempli d’orbites qui ressemblent à celles des comètes, étant inclinées an plan' de la voie lactée sous tous les angles depuis zéro jusqu’à go*; alors les étoiles, décrivant ces orbites excentriques et dispersées dans tous les sens, ne se trouveraient jamais assés rapprochées les unes des autres, pour produire une lueur semblable à celle de la voie lactée. Çuoiqu'il en soit, il est certain, que la véritable forme de cet amas d'étoiles que nous nommons voie lactée, n’est pas sphérique mais orbiculaire. ’

Il sera bon d’observer ici, que Kepler eut, déjà, sur la disposition et' la forme de la voie lactée, des idées très-semblables à celles que nous venons ' de développer ' ‘

(l) hpitomt Coptm, Ub, J, Ptiÿ. 3à.

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Il est probable que phi6ieur5 des étoiles doubles forment de petits sj> stëmrs étoilés 4^.^, composés non de corps opaques qui environnent un

corps lumineux, mais de deux ou plusieurs soleils qui circulent autour de leur centre commun de gravité. Une étoile double dans le Cygne, dont M. Bessel a fuit fubjct de ses observations, parait évidemment former un pareil système de deux étoiles. Suivant les rechercbes de cet astronome, ces deux étoiles ont décrit une partie considérable de leurs orbites, depuis que l’on en a des observations exactes, c’est-à-dire depuis soixante ans; le grand axe de ces orbites est vu de la terre sous un angle de a5"; elles emploient 4ooans à faire une révolution j leur mouvement propre est d’environ 6" par an, et leur parallaxe annuelle de o",46; d’où il suit, que le demi-diamètre de Jeurs orbites, ou leur distance au centre commun de gravité, est 25 fols plus grand que le rayon de l’orbe terrestre, ou d'un tiers plus grand que le demi-diamètre de l’orbite d'Uranus.

’ $. 58. En continuant les raisonnemens que nous avons faits au commencement du §. précédent , on peut imaginer pareillement un nombre de voyes lactées qui forment ensemble un système de loyes luctées. Celle d'entre elles, a*'laquelle appartient le soleil et notre système étoilé, environne tout le ciel comme une ceinture; les autres, hors desquelles nous nous trouvons à line distance immense, nous paraîtront très-petites, et elles seront à la notre comme une étoile est au soleil. Ces petites voyes lactées seront dispersées dans toutes les régions du ciel; leur grandeur et leur, figure apparente seront dilTérentes, selon leurs distances et leurs situations relativement à notre voye lactée. C’est en etiet l'explication la plus vraisemblable de ce grand nombre de nébuleuses qu’on a découvertes depuis longtems. Dans l'espace de sept ans (depuis 1^82 jusqu’à 1788) Mr. llerschel n découvert 2000 nébuleuses, et depuis ce tems il en a augmenté le nombre. I.a grande variété qu’il a observée relativement à leur forme, leur couleur, et l’intensité de leur lumière, prouve qu’ici la nature est aussi inépuisable que partout ailleurs. Suivant les observations de cet astronome , il y a de grandes nébuleuses , dont la lumière jaunâtre ou rougeâtre est décomposée, arec les grands télésrppes, en une multitude d'étoiles qu'on distingue aisé-

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