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Traité d'économie forestière

1° L’arboriculture forestière étudie les essences considérées individuellement, leurs exigences culturales et les soins à leur donner. L’étude de la taille, de l’élagage, de l’émondage, les questions relatives à la naturalisation et à l’acclimatation des espèces étrangères, les cultures en tétard et en émonde, sont de son ressort ainsi que celles des müriers, des châtaigniers, des chênes lièges, des arbres d’ornements pour les parcs, les avenues, les routes, les squares et les boulevards des villes. La culture des pépinières de basses et de hautes tiges en forme Pannexe naturelle.

2° La sylviculture est l’étude du fraitement des forêts, c’est l’application aux forêts des connaissances fournies sur la végétation des essences sociables par les sciences naturelles, physiques et chimiques. Elle est une science de faits et d’observations plus que de raisonnement et de théorie. D'origine relativement récente, car elle était inconnue des anciens forestiers, elle a reçu un nom aujourd’hui consacré par l’usage en France et en Allemagne (Waldbau), mais assez mal choisi puisqu'on ne pratique dans les massifs forestiers ni labours, ni engrais, ni drainages, ni aucune des opérations du cultivateur. La forêt est un bien naturel; le propriétaire s’y applique à suivre

les indications de la nature et à les développer sans les entraver jamais, règle de conduite fort simple, mais dont l’application est délicate et exige plus de science qu’on ne le croit généralement. On y comprend, aussi, les règles de conduite destinées à défendre les forêts contre l’action des agents atmosphériques, les animaux nuisibles et les végétaux parasites, ce que les Allemands appellent protection des forêts.

Tel est le domaine de la sylviculture, restreint dans son champ d'action, mais varié et vaste par ses observations locales. Les reboisements artificiels par semis et par plantations, en forêts et en terrains dénudés, forment une partie importante de la sylviculture, notamment pour la restauration des montagnes dégradées.

3° La technologie forestière traite de l’application de la matière ligneuse aux différents usages de la vie: emploi du bois au chauffage, aux constructions civiles et navales, utilisations mécaniques et chimiques, qualités et défauts des bois, procédés d’abatage et de façonnage, débits en marchandises de toutes sortes, cubage et estimation des bois abattus en vue de ces débits, usages commerciaux, etc.

Cet ensemble des applications techniques du bois forme une branche importante de la science forestière, la plus ancienne et peut-être la seule connue des premiers forestiers. Elle s’est considérablement élargie par les emplois nouveaux de la matière ligneuse dans l’industrie moderne.

4 La dendrométrie cherche les moyens de déterminer les volumes absolus des arbres et des peuplements sur pied : instruments de mesurage pour les hauteurs et les diamètres, calculs des volumes et des rendements en vue d'évaluations rapides ou de recherches scientifiques. Cette partie tend à se développer et à gagner en précision par l’établissement des stations de recherches et d’expérimentation forestières.

5° L'économie forestière s’occupe de la production de la richesse forestière : elle considère l’arbre comme un ouvrier fabricant de bois, le peuplement comme une association d’ouvriers unis pour une fabrication commune, la forêt comme une entreprise, une sorte d’usine destinée à produire la matière ligneuse. L’économie politique étudie la production, la circulation et la consommation de la richesse en général; l’économie forestière fait la même étude pour la richesse forestière : étude de l'arbre et du peuplement, de l’ouvrier isolé et des ouvriers associés, producteurs l’un et l’autre de volume et de valeur ; lois de cette production et disposition de ces éléments dans la forêt. Celle-ci forme une entreprise, une véritable exploitation comme la ferme est une exploitation agricole : l’une produit le bois aux multiples usages, lautre les denrées alimentaires, végétales et animales; l’une et l’autre ont leurs règles d’organisation et leurs buts de production. L'aménagement est un cas particulier de cette exploitation à bois, car c’est une combinaison, une disposition spéciale faite en vue d’une production annuelle.

6° L’estimation forestière comprend les règles relatives à l’évaluation des forêts en fonds et superficie, des torts et dommages qui peuvent leur être causés et des démembrements de leur propriété. C’est l’art délicat des expertises dans les expropriations, les rachats de servitudes et les cantonnements de droits d’usage. Cet art procède naturellement de l’économie forestière, c’est-à-dire de la connaissance exacte de la manière dont les exploitations forestières sont constituées.

Ces grandes divisions ne concernent que la science forestière proprement dite. Le propriétaire et l’administrateur de forêts doivent, en outre, faire appel aux applications des sciences juridiques, administratives, historiques et mathématiques : législation forestière, administration, histoire des forêts, arpentage, nivellement, con-

struction de maisons, d’usines, de routes, correction des torrents, etc...

La science forestière ne possède pas encore de traité général ; moins heureuse que l’agriculture, elle n’a pas et n’aura pas de longtemps son Gasparin ; mais des ouvrages spéciaux sur ses diverses branches ont été publiés à différentes époques avec d'autant plus d’autorité que leurs auteurs avaient limité leur champ d’études. En 1886, nous avons voulu apporter notre contingent à ce vaste ensemble d’une science chère à tous les amis des forêts et nous avons publié les Zstimations concernant la propriété forestière, contenant quelques aperçus nouveaux.

Aujourd’hui, nous abordons l’étude beaucoup plus importante de l’ Économie forestière; mais le livre que nous offrons au bienveillant examen du public forestier n’en forme qu’une faible partie.

Voici comment nous concevons le plan d’un traité d’économie forestière :

La première partie doit, à l’imitation de l’économie politique, étudier la production; considérant la forêt comme une fabrique de bois, elle examine l’organisation économique de cette exploitation, le matériel engagé et les produits, l’outillage et le but à atteindre. C’est la conception théorique de l'exploitation forestière qu’on examine dans les différents cas, c’est-à-dire dans chaque mode de traitement cultural.

La seconde partie fait l'application de cette conception théorique à la forêt réelle, c’est-à-dire aux immeubles boisés, tels qu’on les possède, c’est l'aménagement avec ses différents caractères. On conçoit que l’idée théorique est le guide nécessaire pour installer une exploitation forestière ayant un but déterminé. Il en est ainsi de toute entreprise industrielle ou agricole.

La troisième partie correspond à celle que l’économie politique connaît sous le titre de circulation et distribution

de la richesse. On y examine la manière dont l’arbre et le peuplement créent la valeur forestière, les lois de cette valeur, sa distribution entre le producteur et le consommateur, les questions d'importation et d’exportation en présence de données fournies par la statistique forestière des différentes nations.

Ce livre ne comprend que des notions préliminaires et la première partie de notre programme ; la suite viendra peut-être ultérieurement. Nous nous excusons d’émettre ainsi nos idées sur l’économie forestière à faibles doses et à petites étapes. Les idées nouvelles ne font leur chemin qu’à cette condition. Nous nous excusons également de certaines longueurs de style et d’un exposé parfois trop didactique : on a dit des professeurs qu’ils sont plus soucieux d'enseigner que désireux de plaire au lecteur.

Nancy, le 15 mai 1888.

A. PUTON.

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