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mixtes d'arbres et de peuplements

73. — Exploitations graduées : leur constitution et leur matériel. 74. — Utilité de ces exploitations pour les petites forêts. 75. — Combinaisons des forêts jardinées pour l'aménagement des grands domaines, 76. — — pour les domaines moyens.

N° 67. — Exploitations périodiques. — Dans ces

exploitations d'arbres isolés, tels que les arbres des champs et des forêts jardinées, le matériel-bois est réduit à sa plus simple expression ; c’est le plant initial, naturellement venu ou artificiellement mis en terre. La valeur en est ainsi très minime, ce qui est très heureux, parce qu’elle rend rémunérateur le taux de placement du capital engagé dans l’exploitation. Une plantation faite à grands

frais, comme celle des arbres que la ville de Paris destine à l’ornement de ses voies publiques et qu’elle renouvelle tous les 25 ou 30 ans, serait une exploitation périodique ruineuse pour celui qui lentreprendrait dans le but unique de produire du bois.

Les forêts jardinées sont, de leur nature, des exploitations aménagées, en ce sens que les familles d’arbres qui constituent la forêt, depuis le brin naissant jusqu’à la tige exploitable, permettent de livrer chaque année à la récolte un certain nombre d’arbres faits. La nature crée donc des exploitations à produits annuels; mais si on considère un arbre isolément, ayant par exemple 100 ans, et si on regarde le produit comme revenant tous les 100 ans, 1l faut bien lui assigner, pour matériel d'exploitation, la valeur du jeune semis qui lui a donné naissance. A vrai dire, l’exploitation périodique n’existe pas dans les forêts jardinées. Il suffit, pour s’en convaincre, de considérer la manière dont ces forêts se sont constituées : sur un terrain nu, le vent a apporté des graines à différentes époques et en différentes quantités ; les arbres en provenant en ont émis à leur tour ; puis, l’homme intervenant a coupé les tiges dont les dimensions convenaient à ses besoins, respectant les plus petites pour remplacer les arbres abattus. Qu'on rase à blanc estoc un état ainsi constitué et on verra qu’il faudra un temps très long pour le reproduire, temps indéterminé qui n’est pas celui d’un retour régulièrement périodique comme on peut le concevoir pour une exploitation raisonnée.

N° 68. — Dans les exploitations périodiques de peuplements d’un seul âge, le #atériel-bors est formé d’une manière trèssimple.Si on considèreuntaillisordinaire,on voit que l’ensouchement est l’élément continuellement reproducteur du taillis, tous les 30 ans, par exemple, quand l'exploitation est réglée à 30 ans. Cet ensouchement n’est

pas Pœuvre d’un jour ; il est acquis par une attente assez longue due à l’action de la végétation. Il ne se confond pas avec la couche de terre à bois qui garnit le sol vierge, car il peut être séparé du sol par l’extraction des souches et a bien le double caractère de tout capital affecté à une entreprise, qui est de provenir d’une épargne antérieure et d’être mobilisable.

Dans les forêts de peuplements d’un seul âge qui se régénèrent par semis artificiels ou naturels (pineraies, sapineraies, futaies pleines), ce semis constitue, comme l’ensouchement, le matériel-bois de exploitation. Nous avons vu (n° 66) que s’il provient d’un travail effectué de main d’homme, la dépense est une mise de premier établissement ne se présentant qu’une seule fois, car aux coupes ultérieures, elle forme seulement un prélèvement sur la récolte, de manière à renouveler le matériel initial de Pexploitation.

Nous verrons, au n° 127, la manière dont le semis et l’ensouchement doivent étreévalués quand il s’agira d’assigner une valeur au capital engagé dans lexploitation, pour comparer le revenu au capital et en déduire le taux du placement.

Lorsqu’on examine une exploitation périodique de peuplements, par exemple un taillis ordinaire, avant l’âge de sa coupe, on remarque que le taillis grandit d’année en année en volume et en valeur jusqu’au moment où il atteint le volume et la valeur de la coupe. Cet état intermédiaire entre l’ensouchement (matériel-bois) et le taillis mür (récolte) est ce qu’on appelle la récolte pendante. Les figures 1 et 2 représentent le diagramme de l’exploitation en taillis ordinaire au début et à la coupe mûre. La récolte pendante occupe toutes les situations intermédiaires entre ces deux états. Il en est de même dans lexploitation périodique d’arbres isolés ; pendant tout le temps qui s’écoule entre le plant qui lui a donné naissance et le

moment où on l’abat, l'arbre est une récolte pendante dont le caractère juridique est d’être un immeuble toujours mobilisable (C. civ. 521).

N° 69. — Dans les exploitations où l’arbre et le peuplement forment les deuxé léments combinés, le matérielbois est plus considérable. Il est formé de l'ensouchement et des semis qui sont le matériel de l’exploitation à peuplements d’un seul âge et, en outre, d’arbres destinés à parcourir une seconde fois le terme de lexploitation.

Voici une exploitation de pins réglée à 50 ans et qui fournit à la fois un peuplement de 50 ans et 40 pins de 100 ans à chaque coupe périodique de 50 ans.

Le matériel d'exploitation est formé : 1° par le semis ou la plantation initiale sur toute la surface ; 2° par 40 pins de 50 ans laissés sur pied au moment de la coupe (voir fig. 5).

Dans 50 ans, l'exploitation sera représentée par le diagramme de la figure 4. Le peuplement aura grandi, les 40 pins auront grossi et grandi; on coupera le peuplement de 50 ans et les 40 pins de 100 ans représentés par les parties blanches de la figure 4 ; on réservera sur la coupe 40 pins de choix, âgés de 50 ans et pris dans le peuplement, et à chaque période de 50 ans, le produit se réalisera de la même manière et dans les mêmes conditions.

Le semis et les arbres réservés sur la coupe forment bien l’outillage générateur de exploitation ; leur ensemble constitue le matériel-bois.

Il semble, au premier abord, que du moment où l’exploitation estconstituée par deux éléments, les arbres et le peuplement, le matériel-bois de cette exploitation mixte devra être composé des matériels particuliers à chacun de ces éléments tels qu’ils ont été indiqués n° 66 et 67.

Il est bien certain que le pin de 100 ans qui est le résultat de notre exploitation a débuté par un semis initial, mais ce n’est pas de ce début qu’il s’agit : on doit considérer non l’exploitation faite à 100 ans, mais celle qui est installée et réglée à 50 ans. Pour monter cette exploitation, le

propriétaire s’est imposé un sacrifice, une épargne de 40 pins de 50 ans; cette épargne est, dès lors, le capital, outillage affecté à l’exploitation telle qu’elle est actuellement installée et telle qu’elle fonctionnera dans la suite.

La récolte pendante est représentée par tous les états de croissance du peuplement et des arbres, intermédiaires entre le matériel-bois de la figure 3 et la coupe mûre de la figure 4.

Le matériel se rajeunit et se rétablit à l’état initial par la coupe des arbres qu’on remplace en pareil nombre pris dans le peuplement. Ces arbres de remplacement s’appellent baliveaux, et le matériel-bois de l’exploitation d’arbres superposés à celle du peuplement prend le nom de balivage.

Il y a des taillis sous futaie simple dont le matériel est formé de cette manière : ce sont ceux dans lesquels on ne laisse après la coupe que des baliveaux de l’âge du taillis. À la coupe suivante, on les trouve à l’état de modernes, c’est-à-dire avec le double d'âge; on abat tous ces modernes et on les remplace par un égal nombre de baliveaux pris dans le peuplement. Ces taillis dont la futaie est ainsi simple, c’est-à-dire d’un seul âge de coupe, existent dans un grand nombre de localités de l'Ouest et du Centre de la France.

On conçoit l’avantage de ces exploitations mixtes d'arbres et de peuplements : le propriétaire réunit le bénéfice du travail isolé et de la fabrication collective du bois par l'arbre et par le peuplement.

N° 70. — Exploitations aménagées. — Nous avons vu (n° 65) que l’exploitation aménagée est celle qui donne des produits annuels égaux et constants. Sa note caractéristique est un revenu annuel, quand, bien entendu, le sol et les essences sont les mêmes sur toute l’étendue de la forêt. L'aménagement est une combinaison qui a pour

but de transformer un bien dont le produit est de sa nature périodique en un immeuble à revenu annuel égal et constant (*).

Une forêt aménagée ou, en d’autres termes, une exploitation aménagée est donc celle qui présente une combinaison d’arbres ou de peuplements telle, que le produit devient annuel et sensiblement égal d’une année à l’autre. +

On connaît l’effet de l’augmentation du capital engagé dans une entreprise ; il accroît la quantité des produits ou il en rapproche la jouissance à des intervalles plus courts et plus fréquents.

Le même phénomène doit se passer dans l’exploitation forestière. Si nous voulons obtenir des arbres de 120 ans, non pas tous les 120 ans, mais {ous les ans, il faudra doter l’exploitation d’un capital considérable et acquérir ce capital par une économie d’au moins 120 ans. La forêt devra présenter une suite de 120 tiges d’âges gradués de 1 à 120 ans ; le matériel-bois sera la suite de 119 tiges de 1 à 119 ans et la 120° tige fournira le revenu.

On voit que le matériel d'exploitation est bien ici, comme l'enseigne l’économie politique, outillage dont on garnit le sol pour arriver à une production annuelle, outillage dû à une épargne longtemps prolongée.

Comme exemple, nous citerons 30 peupliers du Canada, âgés de 1 à 30 ans, c’est-à-dire :

Lei de, “lran

els) sle etat euclel ele ele sie

Le 29° de 29 ans Le 30° de 30 ans Les 29 premières tiges (parties blanches de la fig. 6) forment le matériel-bois; la 30° (partie ombrée de la fig. 8) est la coupe annuelle.

(1) Voir Note B.

Le matériel est ainsi de 29 tiges quand on le considère par rapport à la récolte, mais si on examine l’immeuble en entier prêt à livrer sa récolte, cet immeuble doit présenter toujours la suite des 30 tiges et cette suite est alors le matériel dont l'exploitation doit être continuellement garnie.

Dans les exploitations aménagées d'arbres isolés, le matériel-bois est formé par une suite de tiges en nombre égal à l’âge d’exploitation et présentant des âges échelonnés depuis un an jusqu’à l’âge de la coupe. Mais il n’arrive pour ainsi dire jamais que ce matériel soit régulièrement disposé comme la théorie l’indique et comme le montre la {qure 5. Les arbres des champs sont eux-mêmes toujours plus ou moins irrégulièrement disposés.

Il est à remarquer que la disposition des tiges formant le matériel-bois n’influe en aucune facon sur la surface occupée par ce matériel. Cette surface, qui est représentée dans la figure 5 par une succession de cercles égaux à la projection de la cime, est toujours constante; elle varie avec l’âge d'exploitation, mais pour un même âge et pour une même essence, la surface occupée est invariable d’étendue, bien qu’il soit nécessaire d’affecter au matériel une contenance plus grande que celle de la surface occupée, puisque les arbres ne sont pas mobiles et ont, en grandissant, un couvert de plus en plus grand. La contenance nécessaire à l'exploitation est au moins égale à un rectangle ayant pour hauteur le diamètre du couvert de Parbre de coupe et, pour base, autant de fois ce diamètre qu’il y a d’années dans le terme d’exploitation, sauf la déduction due aux interstices des couverts circulaires.

Dans les forêts de jardinage et de furetage, le matérielbois a un arrangement spécial qui est la disposition con- [use : toutes les tiges sont mélangées entre elles, sans aucun ordre, depuis le brin naissant jusqu’à l'arbre exploitable. La figure 6 indique cette disposition avec la projection des cimes au-dessous du dessin.

La nature, qui seule fait naître les tiges, ne saurait les disposer dans un ordre quelconque, mais on conçoit également que, si on veut obtenir d’un hectare de futaie jardinée, tous les ans un arbre de 150 ans, il faudra qu’il existe sur cet hectare au moins 150 tiges principales de 1 à 150 ans, ou devenant successivement principales par la sélection naturelle qui s’opère entre toutes les tiges garnissant le sol. Dans cet état de mélange confus, il y a des tiges dominantes et dominées, et si on considère la projection des cimes (#g. 6), on voit qu’il y a des recouvrements des unes sur les autres jusqu’à ce que des vides se produisent par l'enlèvement des arbres de coupe ou jusqu’à ce que la vitalité de l’une l’emportant, celle-ci finisse par devenir dominante.

Cet état explique l’imperfection de ce genre d’exploitation ; le sol doit toujours être couvert d’une quantité de tiges en nombre bien plus grand que la suite absolument nécessaire de 150 tiges de 1 à 150 ans. Il est certain que ces 150 tiges principales ne suffisent pas à garnir le terrain et qu’il y a, dans leurs interstices, place pour un remplissage de tiges de même nature. L'exploitant doit considérer que ce remplissage est indispensable à la protection du terrain et que, en outre, il doit tenir compte des déchets et des luttes qui existent pour la vie dans les agglomérations d'arbres, comme dans les sociétés d’êtres vivants.

Nous avons fait remarquer (n° 64) que l’exploitation aménagée est formée d’une succession d’exploitations périodiques ; il est donc naturel que le matériel-bois de celle-ci se retrouve également dans celle-là et soit compté de même. On peut donc établir, en principe, que dans l'exploitation aménagée, le capital d’exploitation est formé d’un matériel identique à celui des exploitations périodiques, auquel s'ajoute la suite complète de toutes les récolles pendantes, pour tous les âges, depuis celui du début jusqu’à celui adopté pour l’âge d'exploitation.

N° 71. — Dans les exploitations aménagées de peuplements d’un seul âge, le matériel-bois est formé de la même manière que dans celles d'arbres isolés. C’est, par exemple, une suite de contenances égales âgées la première de 1 an, la deuxième de 2 ans, la troisième de 3ans, etc., jusqu’à celle de 30 ans. Il est évident que pour obtenir, chaque année et sans interruption, un hectare de 30 ans, il faut posséder 30 hectares, ayant tous les âges échelonnés de 1 à 30 ans (/£g. 7). Les coupons de 1 à 29 ans forment le matériel-bois, et celui de 30 ans, la récolte; l’ensemble des 30 coupons de 1 à 30 ans est le capital dont lexploitation doit être constamment garnie.

Que l'exploitation soit d’arbres isolés ou de peuplements la combinaison est la même et appelle les mêmes remarques :

Le matériel est rarement disposé régulièrement comme dans la figure 7 ; c’est à peine si on rencontre cette régularité dans les taillis et dans les forêts à court terme.

Le matériel est formé à la fois : 1° par la suite des récoltes pendantes ; 2° par l’ensouchement ou le semis sur toute la surface affectée à l'exploitation.

Au premier abord, il peut paraître singulier de compter les semis sur toute la surface quand il ne se produit que sur le seul coupon en tour de coupe. Rien n’est plus naturel cependant, car le semis se produit successivement sur tous les coupons et doit dès lors être compté comme matériel nécessaire sur toute la surface. Il en est de même de l’ensouchement : il ne paraît que sur la coupe abattue mais il existe réellement d’une manière latente sur toute létendue du taillis.

Le matériel d'exploitation aménagée est donc formé : 1° du matériel de l'exploitation périodique ; 2° de l’ensemble des récoltes pendantes pour tous les âges compris entre celui du début et celui de la coupe mûre.

Nous avons remarqué que les exploitations d’arbres iso-

lés n’occupent sur le sol qu’une suite d’espaces circulaires décroissants représentés par la projection des cimes avec les interstices nécessaires. Lorsque ces arbres sont réunis par contenance comme dans le jardinage, ces interstices sont occupés par un remplissage non utilisé et servant à la garniture du sol. Dans l’exploitation de peuplements, ceux-ci sont enfermés sur des surfaces limitées qui se joignent sans lacune ; on compte le travail des peuplements, non plus par arbre, mais pour leur ensemble, et les exploitations de peuplements semblent utiliser tout le sol sans aucun déchet. Mais dans l’intérieur du peuplement les interstices des cimes circulaires des arbres n’en existent pas moins et laissent passer une lumière diffuse à la faveur de laquelle naît un sous-étage couvrant également le sol etégalement utile à sa conservation.

La production générale est-elle la même ? Il y a, de ce côté, une question encore indéterminée et dont la solution dépend de l’écartement des tiges qui forment le peuplement. En tout cas, lutilisation du sol est différente ; l’exploitant consacre une surface à chaque âge ; il peut ainsi réaliser plus de produits que dans les forêts jardinées, car le mélange confus de celles-ci oblige à faire une part assez large aux exigences de la sélection naturelle, toujours lente et indéterminée, et à modérer sa jouissance en raison de l’ignorance de la manière dont les âges sont groupés, à moins que l’activité de croissance des arbres isolés (certainement plus grande que celle des arbres réunis en peuplements) ne compense cette imperfection et ne produise une réalisation aussi grande dans un cas que dans l’autre pour un même âge d’exploitation. Le doute qui existe sur cette question dans l’état actuel de la science nous à fait conseiller (n° 69) les exploitations mixtes d’arbres et de peuplements, parce qu’elles réunissent les avantages de la fabrication du bois par l'arbre isolé et par le peuplement.

N° 72. — Le matériel-bois des exploitations aménagées mixtes d'arbres et de peuplements est plus compliqué. Prenons pour exemple 50 hectares de pins aménagés à cinquante ans à raison de 1 hectare par an, sur lequel on réserve 40 pins de choix. Le revenu est formé: 1° par un hectare du peuplement de pins (moins les 40 arbres), et: 2° par 40 modernes de 100 ans.

Le matériel d'exploitation se compose d’abord de la suite de ces 50 hectares échelonnés de 1 à 50 ans, et ensuite de 50 groupes de 40 pins isolés, âgés de 50 à 100 ans et disposés comme le montre la figure 8, dans laquelle il n’a pas été possible de dessiner les 40 arbres de chaque groupe. Ils ont été figurés par un trait noir comme s’il n’y avait qu’un arbre de revenu chaque année; ce trait de plus en plus épaissi à mesure qu’on avance vers la coupe mûre exprime le grossissement successif de ces tiges.

Dans le matériel de lexploitation en arbres qui doit fournir un arbre de 100 ans en revenu, chaque année (en réalité 40 arbres par an), la suite des 100 arbres de I à 100 ans existe bien au complet, mais comme il n’y a pas de terrain pour l'installer en dehors des 50 hectares, cette suite a été repliée sur elle-même comme l'indique la figure 8. Ce repliement en 2 troncons a pour résultat que la partie de 1 à 50 ans est en quelque sorte oyée dans le peuplement ; les tiges n’y sont pas encore isolées par la main de l’homme. Le tronçon de 50 à 100 ans est seul formé de tiges dégagées et mises en réserve par une épargne de 50 ans en sus de celle qui a formé originairement le peuplement.

C’est pour ce motif que le balivage seul est compté comme matériel d’exploitation, quand on considère celleci comme prête à fonctionner et à fournir des arbres de 100 ans.

La même remarque a été faite pour les exploitations

périodiques de même nature (n° 69, #g. 3). Elle montre que, pour évaluer le matériel de l’exploitation aménagée, on peut procéder de deux manières : soit en évaluant ce que vaut la suite d’arbres de 1 à 50 ans, mais en ne comptant le peuplement que distraction faite des tiges de I à 50 ans ; — soit en évaluant les arbres de 50 à 100 ans, mais en estimant alors les peuplements ww complet. Cette * seconde méthode est la plus pratique et la plus suivie.

Le repliement de la suite d’arbres de 1 à 100 ans en deux tronçons permet de représenter encore l’exploitation par un diagramme (/#g. 9) dans lequel la ligne supérieure ascendante de 50 à 100 ans indique les arbres du balivage, et dont la largeur est proportionnelle au nombre d'arbres. Le triangle inférieur avec sa ligne ascendante de 0 à 50 ans exprime le peuplement.

On peut aussi représenter le nombre d'arbres par un rectangle construit à la base de chaque coupe ; la largeur de ce rectangle exprime le nombre, et la hauteur, l’âge des arbres ; les parties blanches du diagramme (/#g. 10) montrent les parties de récoltes pendantes qui forment le matériel-bois de l’exploitation en arbres.

De sorte que ce diagramme indique que dans celte exploitation mixte, le matériel-bois est composé, comme dans les précédentes, des récoltes pendantes et du matériel initial. En d’autres termes, le matériel-bois de lexploita- ” tion aménagée comprend le matériel de l’exploitation périodique, auquel s’ajoute l’ensemble des récoltes pendantes du peuplement et des arbres.

La même constitution s’applique aux taillis sous futaie simple, c’est-à-dire à ceux dont la futaie ne doit acquérir qu'un âge en sus de celui du taillis et est ainsi coupée toute à l’état de moderne pour être remplacée par des baliveaux en ombre égal, sauf le déchet de ceux-ci dont il faut toujours tenir compte dans la pratique.

N° 73. — Exploitations graduées. — Entre l’exploitation aménagée qui fournit chaque année du bois de 30 ans par exemple et l’exploitation périodique qui ne procure ce bois que chaque 30 ans, il existe une exploitation intermédiaire qui n’a pas encore reçu de nom spécial, mais qu’il importe de signaler à cause de son utilité.

Elle consiste à fournir des bois de l’âge adopté, non pas chaque année, mais à des intervalles réguliers et égaux entre eux, supérieurs à une année et inférieurs à Pâge d'exploitation, par exemple des bois de 30 ans tous les 2 ans ou tous les 3 ans; elle convient ainsi aux forêts de petite étendue.

La jigure 11 montre la disposition de cette exploitation pour 30 hectares de taillis exploités en 6 coupons de 5 hectares à raison de 1 tous les 5 ans. La figure 12 indique une exploitation de la même contenance réglée en 2 coupons de 15 hectares à raison de 1 coupon tous les 15 ans.

L’examen de ces deux figures montre que si on compare cette exploitation à celle aménagée, et si on considère la forêt au moment où la coupe mûre va être abattue, l’immeuble présente un état boisé plus considérable et de valeur plus grande que dans l’exploitation aménagée. Si on fait cet examen après la récolte de la coupe mûre, cet état boisé est, au contraire, moins considérable. L’état de immeuble est donc intermédiaire entre celui de l’exploitation aménagée et celui de exploitation périodique.

Mais le matériel d’exploitation considéré par rapport à la récolte, c’est-à-dire la quantité de bois qu’il est nécessaire de maintenir sur pied pour obtenir la récolte, est toujours moindre que le matériel de l’exploitation aménagée. Ainsi dans la figure 11, les 5 coupons n% 1 à 5, formant 25 hectares, ont moins de valeur que les coupons n® 1 à 29, formant 29 hectares de l'exploitation aménagée.

Or, dans toute entreprise, la diminution du capital a pour effet d’amoindrir le produit. Cet effet économique se manifeste dans l’exploitation graduée :

Si l’hectare de 30 ans vaut 1,000 francs, le propriétaire d’une exploitation graduée à 5 ans touchera 5,000 francs chaque 5 ans, et celui de la forêt aménagée 1,000 francs tous les ans. Or, six annuités périodiques de 5,000 francs rendent moins de services et ont moins de valeur que 30 annuités de 1,000 francs recueillies dans le même laps de temps de 30 ans. Il suffit, pour s’en convaincre, de placer les unes et les autres à un taux quelconque, 5 0/0 par exemple, et de comparer les sommes produites :

30 annuités de 1000 fr. forment au bout de 30 ans 1000 >< 3,3219 >< 20 — 66438. (N° 33.) 6 annuités périodiques de 5000 valent

5000 >< 3,3219 >< 3,619 — 60110 fr. (N° 44.)

On voit, en outre, que le matériel initial de lPexploitation périodique (ensouchement) existe au complet et de la même manière, dans cette exploitation comme dans l’exploitation aménagée, mais les récoltes pendantes, qui sont la caractéristique de celle-ci, y sont toujours moins importantes ; elles diminuent à mesure que l'intervalle des coupes augmente et tendent, selon le cas, vers le minimum, qui est le caractère propre de l’exploitation périodique : pour celle-ci la récolte pendante est nulle dans le matériel d’exploitation.

D’un autre côté, l’état de la superficie de la forêt considérée au moment de la maturité de la coupe, augmente à mesure que l'intervalle des coupes grandit, pour se rapprocher de l’exploitation périodique, où cette superficie est à son #axzimum quand la coupe est mûre.

N° 74. — Les exploitations graduées sont très utiles dans la gestion des petites fortunes, quand le propriétaire ne possède pas une contenance suffisante pour que l’échelle complète des âges lui fournisse une coupe facile à vendre.

On possède 15 hectares de taillis; aménagés à 15 ans, ils

produiraient une coupe annuelle d’un hectare; mais le propriétaire estime avec raison que des bois de 30 ans se vendent à des prix plus élevés; s’il règle son exploitation à cet âge, il n'obtiendra qu’un demi-hectare de coupe annuelle, contenance trop faible pour attirer les marchands de bois ; il aura tout avantage à établir une exploitation graduée à 2 ans qui lui fournira 15 coupes de 1 hectare à réaliser chaque 2 ans.

On voit que les combinaisons d’exploitation s'adaptent ainsi à tous les besoins et à toutes les fortunes.

L'exploitation graduée peut se pratiquer pour les forêts de nos trois types, c’est-à-dire pour les forêts d'arbres isolés, de peuplements d’un seul âge et pour les forêts mixtes d’arbres et de peuplements. Il suffit de remarquer que du moment où la récolte peut se percevoir chaque année, elle peut tout aussi bien se réaliser tous les 2 ans, tous les 3 ans, etc.

N° 75. — Un autre avantage des exploitations graduées est de servir à monter des exploitations aménagées dont elles forment les éléments, de la même manière que nous avons vu l’exploitation périodique servir d’élément à l’exploitation aménagée.

C’est aux forêts qui sont aménagées par leur nature (jardinage et furetage) que cette observation s'applique. Ces forêts seraient vite fatiguées si on y prenait chaque année le revenu annuel. En outre, lorsque ces forêts sont d’une grande étendue, il devient fort difficile d’en recueillir le revenu qu’il faut glaner sur chaque hectare. Dès lors, on peut établir une exploitation aménagée qui sera formée d’exploitations graduées en nombre égal aux intervalles de celles-ci. En prenant la coupe sur chacune et en suivant de proche en proche et toujours dans le même ordre, on possédera une exploitation aménagée à produits annuels constants.

Voici, par exemple, 10 hectares de forêt jardinée fournissant naturellement 10 sapins par an, d’une dimension corres-

pondant à 140 ans et qui, depuis longtemps, se trouvent réglés de manière à fournir 100 sapins de cette dimension tous les 10 ans.

C'est une exploitation graduée dans laquelle la forêt présente en tiges principales, et, en outre du remplissage, 1,400 tiges graduées.

100 arbres de 140 ans

100 — de 130 ans

100 — de 120 ans

100 /arbres-do 20 ans

100 —.. de 10 ans Total... 1400

On remarque qu'il y a ici le même nombre de tiges principales que dans une exploitation aménagée, mais ces tiges sont de plus grande valeur, puisqu'elles existent par dizaines de 140, 130, 120..... ans, sans les âges intermédiaires qui existent dans la suite de 1,400 tiges, de 1 à 140 ans. C’est le même état que nous avons remarqué dans l'exploitation de peuplements de la figure 11.

Or, si la forêt présente 100 hectares, formés de 10 parcelles composées de semblable manière, on pourra substituer à la coupe décennale de 1,000 sapins, une coupe annuelle de 100 arbres demandés à chaque coupon à tour de rôle et en ne revenant sur le même que tous les 10 ans.

Par l'effet de cette rotation, les 10 coupons présenteront en tiges de sélection :

Le premier. Le second.

100 tiges de 140 ans. 100 tiges de 139 ans.

Le troisième. Le dixième.

100 tiges de 138 ans. 100 tiges de 131 ans.

On voit que, par l'effet de cette combinaison, on obtient les

10 suites de 140 tiges échelonnées de 1 à 140 ans et repliées 10 fois sur elles-mêmes pour étre disposées sur les 10 coupons de la forêt. La suite des âges existe sans aucune lacune pour constituer le matériel de l'exploitation aménagée.

Ce n’est pas la théorie qui a conduit à cette combinaison, c’est au contraire la pratique qui l’a inspirée par une longue tradition. La forêt s’est trouvée trop grande pour qu’on puisse recueillir swr chaque hectare le sapin mûr que son état, naturellement aménagé, lui permettait de livrer. On a été naturellement conduit à prendre ces 100 arbres sur un canton limité; l’année suivante, on à fait de même en marchant de proche en proche, canton par canton et en parcourant la forêt en 10 ans. Avec le temps, ces cantons, plus faciles à vendre et à surveiller, se sont localisés et sont devenus égaux, chacun a formé une exploitation graduée ; l’ensemble a créé un aménagement où les âges se suivent sans interruption, en supposant toutefois que la nature ait créé les tiges avec la même régularité, circonstance dont il n’y a pas lieu de s’inquiéter à cause du remplissage caractéristique de ces forêts.

Le furetage comporte le même état d'exploitation naturellement aménagée. Il est difficile de couper chaque année sur toute l’étendue d’une forêt les lances ou perches de mesure adoptée ; c’est à peine si un propriétaire soigneux peut agir ainsi pour un bois de petite étendue. Dans une grande forêt, la récolte annuelle serait trop délicate et le massif n’aurait pas le temps de repos nécessaire.

On peut adopter un intervalle de neuf ans pour revenir 3 fois sur le même coupon si la lance se produit en 27 ans. Une forêt de 90 hectares pourra être divisée en 9 coupons de 10 hectares, qui présenteront la succession d’âges suivante :

Coupons 511 2m Er inôes detue:v 9

Tiges de 27 26 25 24 23 22 21 20 19 ans

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