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Exploitations simples et composées

N° 64. — L'économie politique enseigne qu’on ne peut rien produire sans le concours de trois éléments : le {ravail, les agents naturels et le capital. Nous devons donc examiner à ce point de vue la constitution de l’exploitation forestière.

Le travail, qui est le grand facteur de toutes les entreprises agricoles et industrielles, n’intervient pas dans la fabrication du bois. C’est là, sans contredit, la grande supériorité et la note caractéristique des exploitations forestières. Dans les forêts soit naturelles, soit artificielles, c’est-à-dire semées ou plantées de main d’homme, le travail n'intervient dans l'exploitation que pour la réalisation de la récolte, car même dans ces dernières forêts, le travail n’existe qu’à titre de première mise de fonds ou de capital de premier établissement. La dépense ultérieure de plantation n’est pas un déboursé à faire à chaque période de l’exploitation et dont il faut posséder par avance le capital correspondant. Cette dépense est une simple réduction du produit de l’exploitation. Si, par exemple, une plantation de 100 francs produit 1,000 francs à 30 ans, le revenu périodiquement constant n’est que de 900 francs. C’est à ce titre que la dépense de plantation est un capi-

tal, une fois déboursé mais toujours entretenu, dont on garnit l'exploitation.

Les agents naturels, air, lumière, humidité, etc., sont les véritables artisans de la production forestière. Comme ils sont toujours abondants et gratuits, l’exploitant n’a jamais à s’en préoccuper autrement que pour diriger leur action au point de vue cultural.

Le capital engagé se compose de deux parties :

Le sol ; Le capital d'exploitation.

Le so/,support de toute entreprise,est un véritable capital, puisqu'on ne l’acquiert qu’en échange d’un capital argent. Le sol des forêts n’est pas un terrain vierge : il a acquis par l'effet prolongé de la végétation uné certaine couche de débris organiques, racines, brindilles, humus, tout un ensemble de qualités que les gens de la campagne désignent sous le nom de terre à bois et qui est l’analogue de la couche arable dans les terres cultivées. Celle-ci provient d’un long travail accumulé, d’une réserve d'engrais non consommés et d’un ameublissement dû à des cultures prolongées. La couche arable et la qualité de terre-à-bois sont donc des épargnes antérieures, mais tellement incorporées au sol que si on doit les distinguer du terrain vierge, pour l’analyse des choses, on ne saurait les disjoindre pour évaluer la valeur vénale du terrain, ni y voir l’outillage de lexploitation, c’est-à-dire les objets mobilisables dont on a doté celle-ci pour assurer la reproduction.

Le capital ou matériel d'exploitation est précisément cet outillage indispensable à toute entreprise ; ilse compose de deux parties :

Le matériel ordinaire; Le matériel-bois.

Nous rangeons dans le matériel ordinaire celui qui est

commun à toutes les exploitations de la terre : chemins

d’accès et de vidange, maisons de gardes, places de dépôts; scieries, attelages et voitures. L’avenir y ajoutera les tramways, les chemins de fer portatifs, les câbles aériens, les plans inclinés automoteurs, etc. Nous ne faisons qu’indiquer ici la nature de ce matériel d’exploitation pour n’avoir plus à y revenir et pour nous occuper exclusivement du matériel-bois, qu’il est indispensable de bien distinguer pour se rendre compte de la constitution d’une exploitation forestière.

Ce matériel spécial, c’est la graine que l’homme ou la nature met en terre, le semis des futaies, l’ensouchement des taillis ; ce sont des arbres de réserve, des peuplements et des bois sur pied. Comme tous les capitaux, ce matériel est dû, soit à un déboursé initial, soit à une économie antérieure, c’est-à-dire à des produits non consommés et mis en réserve pour servir à une production ultérieure.

Dans une forêt, on ne voit trop souvent qu’une masse d'arbres et de feuillages ; il est intéressant d'étudier l’ordre et larrangement qui en font une entreprise de production du bois et d’examiner surtout comment l'épargne d’une certaine quantité de bois peut améliorer cette entreprise. Nous devons ainsi distinguer les différentes espèces d’exploitations forestières pour en déterminer le capital d'exploitation, c’est-à-dire pour acquérir la notion sans laquelle on ne peut se rendre compte de la forêt et on s’expose à la compromettre ou même à la dégrader.

N° 65. — Les exploitations de bois présentent avec les exploitations de céréales ou de plantes fourragères une différence caractéristique qui forme la difficulté de leur théorie, Les produits des exploitations agricoles se recueillent chaque année ; jamais ils ne peuvent s’accumuler sur le sol. Les exploitations forestières ont, au

contraire, des produits susceptibles de s’accumuler presque indéfiniment sur le terrain. Quand on les recueille, on perçoit à la fois le produit de l’année et celui des nombreuses épargnes annuelles qui lui sont réunies, pour continuer ainsi de la même manière et à intervalles de temps égaux.

L’exploitation forestière est de sa nature une exploitalion périodique, qu’elle soit formée d’arbres ou de peuplements. Die:

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Un terrain planté de peupliers qu’on coupe à 30 ans pour les remplacer après la coupe par des tiges de 1 an, forme une exploitation d'arbres isolés à produit périodique.

Un hectare de taillis qu'on coupe tous les 30 ans, forme une exploitation périodique de peuplements d’un seul âge.

Ainsi, l'arbre et le peuplement, en ne livrant pas tous les ans leur produit, en accumulant leur production annuelle, sont des réserves, des sortes de greniers conservant des économies annuelles et les faisant fructifier, bien plutôt que des instruments de revenu, pour les besoins de chaque année ; ceci est à la fois un avantage et un inconvénient.

L'avantage vient de ce que l’arbre et le peuplement sont de merveilleux instruments pour créer un capital et augmenter une fortune. L’inconvénient naît de ce que, considérés en eux-mêmes, ils ne donnent pas un revenu pour les besoins annuels de la vie. Cet inconvénient n’est qu’apparent, car on peut, par des combinaisons, par des groupements d'arbres et de peuplements, transformer la nature périodique de l’immeuble en une exploitation à produits annuels.

Cette transformation d’un immeuble à produits naturellement périodiques en un immeuble à produits annuels forme aménagement ou lexploitation aménagée, mot dont l’étymologie (ad menagium) indique l'adaptation aux besoins du ménage, besoins essentiellement annuels

(Proudhon, Zrailé de l’usufruit) et en manifeste bien la nature et le caractère (*).

30 peupliers de 30 ans, exploités tous les 30 ans, forment l'exploitation périodique d’arbres isolés. — 30 peupliers âgés de 1 à 30 ans, dont on exploite chaque année l'arbre de 30 ans, en le remplaçant par une tige de 1 an, forment l'exploitation

aménagée.

30 hectares de taillis, coupés tous les 30 ans, sont une exploitation périodique de peuplements. — 30 hectares de taillis,

âgés de 1 à 30 ans, sont une exploitation aménagée, car si on coupe l’hectare de 30 ans, celui de 29 ans le remplacera pour livrer l’année suivante un hectare de 30 ans et on aura indéfiniment un revenu annuel constant qui sera l’hectare de 30 ans.

Ces exemples suffisent pour faire comprendre la double nature des exploitations forestières; mais entre ces deux genres d'exploitations il y a place pour une espèce intermédiaire qu’on peut appeler exploitation graduée, parce que les âges se suivant comme en gradins, les produits se percoivent à intervalles égaux, supérieurs à une année et inférieurs à l’âge de la coupe.

30 hectares de taillis ordinaires peuvent être divisés en dix coupons de 3 hectares chacun pour fournir une coupe triennale de 3 hectares. La forêt présente :

3 hectares de L'an 3 hectares de 3 ans

3 hectares de 6 ans 3 hectares de 9 ans

3 hectares de 30 ans

Nous aurons ainsi à étudier la manière dont sont constituées ces trois sortes d’exploitations :

Exploitation périodique ; Exploitation aménagée ; Exploitation graduée.

Mais avant d'entreprendre cette étude, il importe de

(*) Voir Note B.

remarquer que toute exploitation aménagée est constituée par des éléments à exploitation périodique. Les exemples précédents montrent que l’hectare de coupe, celui qui a 30 ans, ne reviendra en tour de coupe que tous les 30 ans. Il en estde même de chaque hectare dans la suite aménagée à 30 ans et la même formation existe dans l’exploitation graduée. C’est donc l’exploitation périodique qui est la base de toute entreprise forestière : c’est par elle que l’étude doit débuter.

N° 66. — L’exploitation, soit périodique, soit aménagée ou graduée, peut être simple ou composée.

Elle est simple quand l'exploitant n’a d’autre but que de fournir des bois d’un seul âge et, par suite, d’une seule dimension. C’est, par exemple, le taillis exploité à 25 ans : chaque année, il fournit des bois de la seule dimension et qualité correspondant à cet âge.

L’exploitation est composée quand elle est organisée de manière à fournir des bois de divers âges. Outre les bois de l’âge le plus avancé, appelés produits principaux, on recueille des bois d’âge inférieur dits produits irtermédiaires. Par exemple, une futaie pleine, exploitée à 120 ans, fournit du bois de cet âge, mais, en outre, des bois de 40, 60, 80, 100 ans, par les éclaircies faites à ces âges. La futaie élevée sur un taillis de 30 ans produit à chaque coupe des arbres de 60 ans (modernes), de 90 ans (anciens) et de 120 ans {bis-anciens). On conçoit que les exploitations composées rendent plus de services à la consommation en lui livrant du bois de dimensions variées. Dans chaque mode de traitement on peut presque toujours organiser des exploitations composées. Le matériel étant naturellement plus compliqué que celui des exploitations simples, nous examinerons d’abord celles-ci.

Dans cette étude nous rencontrerons des exploitations mixtes d'arbres et de peuplements produisant, comme les

exploitations composées, des tiges de deux âges et offrant, par conséquent, en partie, les mêmes avantages. Toute: fois, ce n’est pas le même ordre d'idées et ce ne sont pas les mêmes produits. L’exploitation mixte fournit des bois d'arbres isolés et des bois de peuplements ; ce sont deux exploitations superposées qui peuvent étre chacune simple ou composée, ou l’une simple et l’autre composée. Un taillis sous futaie peut fournir du bois de 30 ans provenant du peuplement et des arbres de 60, 90 et 120 ans venant de la futaie. C’est une exploitation mixte, simple pour le taillis, composée pour la futaie.

Il est évident que, dans l’analyse économique, l’exploitation composée doit être considérée comme formée d’exploitations simples, en quelque sorte juxtaposées.

$ 2. — Exploitations simples.

Nos67. —- Exploitations périodiques d'arbres, matériel-bois, 68. — — — de peuplements d’un seul âge, 69. — -- mixtes d'arbres et de peuplements. 70. — Exploitations aménagées d'arbres isolés. 71. — — — de peuplements.

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