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Exploitations graduées : combinaisons diverses

N° 77. — Exploitations périodiques. — La futaie étagée dont nous avons donné la description (n° 58) forme une exploitation périodique d’arbres isolés par la main de l’homme et dont le caractère est d’être composée, c’est-àdire de fournir, à chaque période, des arbres de diverses dimensions.

On constate, par exemple, que sur un hectare il existe 390

tiges mélangées de hêtres et de sapins couvrant le sol sans lacune et présentant l’état suivant :

120 tiges de 0,"10 de diamètre.

110) LS AT AS DOM ES Ten PE EO SD A EE BON A ON ADO Le EN SE AR NE Se SCO RS

Pour régler la coupe, on admet, par exemple, qu’il faut en moyenne 28 ans pour faire gagner à un arbre 10 centimètres en diamètre et que si on coupe les différences qui existent entre les nombres de chaque catégorie, le massif se reconstituera en 28 ans tel qu’il existait auparavant. Le sousétage présentera, au moment de la coupe, un semis incomplet mais capable de fournir de jeunes brins en nombre égal aux arbres abattus et capables de les remplacer un jour :

120 07 TP MON 10 arbres de 0,"10 ÉTNON ES SRE 2 © (EUR SUR 52 = 36, 7 FO F5 aies TUE 35 = 200 TRS SANTE 14," EAP NE

AUS taut—

on a: 390 ; on laisse 270; on coupe 120 arbres on ajoute 120 brins

on maintient 390 arbres

En nettoyant l'aire de la coupe de tout le sous-étage, sauf ces 120 brins, c’est-à-dire en exploitant l’hectare de coupe à tire-aire et en réservant ces 390 tiges, on obtiendra un semis suffisant pour protéger le terrain et reproduire le même état à la coupe suivante.

Naturellement, dans la pratique, les choses ne se présentent pas avec cette régularité absolue. Il ne s’agit ici que de la conception théorique de lexploitation, c’est-àdire d’une règle que les faits ne suivent jamais entièrement et qui est simplement destinée à éclairer exploitant sur la manière dont il s’en écarte ou s’en approche.

Une exploitation périodique de cette nature a pour ma-

tériel-bois, outre le semis naturel sur toute la surface, un balivage de 390 tiges ainsi composé par hectare :

120 brins » »

110 arbres de O"c,10 88 — 0 ,20 D2 — 0:%30 17 — 0 ,40 3 — 0 ,50

Ces futaies étagées étant d’une constitution analogue à celle des futaies composées sur taillis, nous renvoyons au n° 79 pour les observations relatives à leur constitution. Elles n’en diffèrent, en effet, qu’en ce que le taillis est ici entièrement sacrifié ; les arbres sont en nombre aussi grand que possible et la forêt n’est qu’une exploitation d'arbres. Il en résulte que dans la pratique et quand la forêt est bien constituée en arbres,c’est-à-dire, bien pleine d’arbres de différents âges, on se contente de couper les tiges trop serrées et hors d’état de prospérer jusqu’à la coupe suivante. C’est la formule pratique des anciennes ordonnances.

N° 78. — Une exploitation de peuplements d’un seul âge peut être simple ou composée ; elle est simple quand elle est réduite au peuplement de l’âge fixé (50 ans, par exemple, pour une pineraie aménagée à 50 ans) [voir n° 68|; elle est composée quand, en sus de ce peuplement principal, on recueille chaque année des produits intermédiaires provenant des éclaircies faites, par exemple, à 20, 30 et 40 ans.

Ces produits des éclaircies sont dus à des exploitations intermédiaires qui n’ont pas de matériel-bois spécial, comme nous le verrons également pour le jardinage composé (n° 81).

Voici, en effet, sur quelle observation est fondée la pratique des éclaircies. Si on considère un hectare de pins

qui viennent de naître et si on l’examine à ses différents âges jusqu’à 50 ans, on constate que le nombre des tiges a successivement diminué par l'effet de la lutte pour la vie. Le nombre des tiges qui était, par exemple, de 10,000 à 1 an, n’est plus que de 600 à 50 ans, sans qu’on en ait coupé aucune et par le seul effet de la mortalité naturelle. Le peuplement de 50 hectares présente par exemple :

à lan 10000 tiges par hectare

à 20 ans 3000 — —

à 30 ans 1400 — —

à 40 ans 900 — —

à 50 ans 600 — —

Au lieu de laisser les tiges débiles se détruire successivement par l’action naturelle, on a imaginé de lesrecueillir par anticipation au moyen de coupes qui se font quand les peuplements ont acquis 20, 30 et 40 ans : sur l’hectare de 40 ans, par exemple, qui présente 900 tiges, on en enlève 300 environ, de manière à le mettre au nombre où il sera à 50 ans et ainsi de suite: sur l’hectare de 40 ans ayant 900 tiges, on coupe 300 tiges,

—- de 30ans — 1400 — — 500 — -— de 20ans — 3000 — — 1600 —

Quant aux 7,000 tiges qui disparaissent de 1 à 20 ans, on les considère comme non utilisables et devant disparaître par l’action naturelle, de sorte que les quantités coupées ou vouées à cette destruction naturelle représentent bien les 10,000 tiges du début.

Coupe à 50 ans 600 tiges

— 40 ans 300 — == HFSD' ANS O0 —t P0'ans 1600 —

Mortalité de 1 à 20 ans 7000 —

Total 10000 — Naturellement ces chiffres ne sont qu’une indication du

mécanisme de l’exploitation. On ne connaît pas encore la loi de décroissance du nombre des tiges avec l’âge du peuplement et l’éclaircie est une pratique entièrement culturale sur laquelle les sylviculteurs ne sont pas encore tous d'accord (*).

On voit, en tout cas, que le peuplement existerait avec sa décroissance naturelle dans le nombre des tiges et que l’éclaircie ne fait que hâter l’action de la nature en utilisant des bois qui se perdraient sans elle. Cette exploitation intermédiaire n’a donc pas de matériel spécial ; il suffit d’évaluer les peuplements de chaque âge au volume et à la valeur qu’ils ont à cet âge, pour comprendre le matériel qui suffit à assurer perpétuellement le produit principal et les produits intermédiaires.

N° 79. — Un hectare de taillis sous futaie peut former une exploitation composée à double titre. Le taillis qui est un peuplement d’un seul âge peut fournir une éclaircie destinée à favoriser des essences précieuses et la futaie peut livrer des arbres de divers âges, des modernes, des anciens et des bis-anciens.

La constitution de l’exploitation de ces arbres isolés sur le peuplement est, dans ce cas, beaucoup plus compliquée que celle de la futaie à un seul âge, élevée sur le taillis dont les forêts ont été étudiées au n° 72, sous le nom de {aillis sous futaie simple. Dans le cas qui nous occupe, la futaie est composée d’arbres de plusieurs âges

(*) Dans un peuplement formé de tiges nées à la même époque, on remarque des tiges de trois états différents et dites dominantes, dominées et retardataires. Pendant longtemps on n’a pratiqué l’éclaireie que sur les tiges dominées ; depuis un certain nombre d'années, on laisse ces tiges dominées en protection du sol et on fait porter l'éclaircie sur les tiges retardataires pour favoriser les dominantes. Et voilà que M. Borggreve, directeur de l’école forestière de Munden, propose de faire porter la coupe d'éclaircie sur les tiges dominantes, de façon à réaliser de meilleurs produits et à favoriser la végétation des retardataires (Die Holzzucht, À vol. in-8°, Berlin, 1885).

et la forêt prend naturellement le nom de éailis sous futaie composee.

Un hectare de taillis sous futaie s’exploite périodiquement à 30 ans, avec la condition de réserver sur chaque coupe 110 arbres : 60 baliveaux de 30 ans, 40 modernes de 60 et 10 anciens de 90 ans.

La réserve ainsi détaillée est ce qu’on appelle le plan de balivage.

Dans 30 ans, la coupe présentera :

{ 60 modernes ; 110 arbres ! 40 anciens ; 10 bis-anciens.

Le revenu périodique sera fourni par les différences entre

ces classes d’âges.

Modernesume suite 60 — 40 — 20 Anciens. ess: A0. ,40::,) = 00 Bis-anciens ........ SL 10,

On fisset eee: 50 on coupe 60 arbres

Ümaouie see 60 baliveaux

(GER UP EN MEME 110 arbres sur la coupe.

On voit qu’en coupant tous les 30 ans 20 modernes, 30 anciens et 10 bis-anciens (60 arbres) et en laissant sur pied 60 baliveaux réunis aux 950 arbres non coupés, on aura un revenu périodique constant de 60 arbres et une forêt outillée perpétuellement du même plan de balivage.

Le matériel-bois peut être représenté par la figure 13 et la coupe par les parties blanches de la figure 14. Le matériel et la coupe peuvent également se représenter par les figures 15 et 16 dans lesquelles les rectangles noirs figurent le matériel d'exploitation et les parties blanches la récolte à réaliser.

On conçoit l’origine de ces taillis sous futaie composée ; le propriétaire a débuté par un taillis sous futaie simple dont le matériel était formé par la modeste économie d’un certain nombre de baliveaux de 30 ans. Lors de la coupe, le propriétaire voyant ses arbres bien venants et voulant en produire de plus gros et de plus utiles, n’a pas abattu tous les modernes. Il en a choisi un certain nombre par-

mi les meilleurs pour parcourir une nouvelle période de 30 ans : sur ses 60 modernes, il n’en a abattu que 20 (les plus mauvais) et en a gardé 40 (les meilleurs). A la coupe suivante, il possédait une exploitation montée à 20 modernes et 40 anciens de revenu, mais il a continué son épargne et, toujours dans le but d'améliorer son exploitation, il n’a coupé que trente anciens, en laissant 10 pour la prochaine coupe.

L'exploitation a été dès lors montée sur un revenu de: 20 arbres de 60 ans 30 — de 90 ans 10 — de 120 ans se reproduisant indéfiniment tous les 30 ans ; mais il a fallu pour arriver à ce résultat une économie de plus fortes sommes et soutenue pendant 90 années.

Dans les exploitations d’arbres et de peuplements le matériel d'exploitation est donc formé : 1° du semis ou de l’ensouchement ; 2° du plan de balivage.

N° 80. — L'observation faite au numéro précédent sur la manière dont les exploitations à arbres de réserves ont été constituées par l’épargne, appelle une remarque économique importante.

L'économie politique montre que dans toute entreprise lPaugmentation du capital a pour effet d’améliorer les produits de exploitation.

Le même phénomène se manifeste en économie forestière : augmentation du matériel-bois n’a pas pour effet d’augmenter la quantité des produits; car l’action des agents naturels, étant toujours à peu près identique, ne modifie pas sensiblement le poids et le volume de matière ligneuse fabriquée: mais elle a pour effet d’accroitre la qualité des marchandises produites dans le même temps.

Avec un matériel réduit à l’ensouchement, l'exploitation en

taillis ordinaire ne peut produire, tous les 30 ans, que des tiges de 30 ans; qu’on ajoute au matériel de l’ensouchemen quelques baliveaux de 30 ans, c’est-à-dire le fruit d’une épargne de 30 ans, l'exploitation ainsi dotée fournira, en outre des taillis, des bois de 60 ans tous les 50 ans. Constituez le matériel-bois avec des arbres de 30, de 60 et de 90 ans, et vous obtiendrez une exploitation à bois capable de produire des arbres de 60, de 90 et de 120 ans, régulièrement fous les 50 ans. Il est incontestable que plus un arbre vieillit et grossit, plus il rend de services et plus il a d'utilité et de valeur.

Considérez 1 hectare de futaie pleine de 120 ans qui forme une exploitation périodique à 120 ans; celle-ci fournira ces précieux arbres de 120 ans tout aussi bien que le taillis sous futaie composé, mais elle ne les livrera à la consommation que tous les 120 ans, parce qu’elle n’a qu'un faible matériel-bois (le semis initial). L'exploitation de la futaie sur taillis au contraire, livre ces mêmes arbres tous les 30 ans, c’est-à-dire à des intervalles bien plus rapprochés et d’une manière autrement utile au producteur et au consommateur.

Cette exploitation en futaie pleine produira également des bois de 30, de 60 et de 90 ans, résultant des éclaircies, mais elle ne les produira que tous les 120 ans, c’est-à-dire qu'après avoir recueilli une première fois des bois de 30, 60 et 90 ans, le propriétaire devra attendre 120 ans pour qu'ils reviennent. Là est un autre effet de la constitution de cette exploitation à faible capital : non seulement elle recule la jouissance des produits les plus précieux, mais, en outre, elle retarde également celle des plus ordinaires, parce qu’il faut attendre la perception des plus précieux.

Voilà donc un effet très remarquable de l'augmentation du capital-bois ; elle accroît 74 qualité des produits et permet de les obtenir en un /emps moindre que leur âge. Dans l'exemple précédent, on obtient des arbres de 120 ans tous les 30 ans par une épargne de produits continuée pendant 90 ans. Or, si on vient à détruire ce matériel d'exploitation, il faudra recommencer à nouveau cette longue épargne; on ne pourra la reconstituer qu'en 90 ans ; l'outillage faisant défaut, la quantité de la production pourra subsister, mais la qualité manquera ainsi que le prix.

Aussi les anciennes ordonnances forestières, celle de 1669 notamment, due au prévoyant génie de Colbert, avaient la sagesse de protéger les arbres des taillis contre toutes les tentations ; il fallait un rapport spécial des agents de la maîtrise et une ordonnance royale pour permettre d’en couper, tant on avait peur de compromettre une épargne si précieuse.

De nos jours, les Agents forestiers sont libres de couper les arbres des taillis comme ils l’entendent ; c’est une haute confiance que les pouvoirs publics ont mise en eux ; mais c’est peut-être un danger pour la fortune publique que de ne point les prémunir assez contre le désir qu’ils peuvent éprouver d’augmenter les produits du présent aux dépens des ressources de l’avenir. Qui sait, si les forêts de taillis sous futaie n’étaient pas mieux outillées en arbres sous le régime de l’édit de 1669, que sous celui de l’ordonnance de 1827 (*)?

N° 81. — Exploitations aménagées. — Dans les forêts jardinées où les arbres isolés par l’action de la nature sont toujours accompagnés d’un remplissage considérable, lorsque l’exploitant n’assigne à ce remplissage que le rôle de protéger le terrain et lorsqu’il limite son revenu à Parbre de la dimension qu’il s’est fixée, le jardinage est simple. Ilest composé, au contraire, lorsque l’exploitant, tout en laissant à ce remplissage son rôle protecteur, lui demande, en outre du revenu principal (un arbre de 150 ans) quelques arbres d’âges inférieurs, par exemple un arbre de 80 ans et deux de 50 ans. Dans cette exploitation, la forêt fournit alors, chaque année, un sapin de

(*) La Sfatistique forestière en 1878 constate que les 156,000 hectares de taillis sous futaie domaniaux susceptibles de produire du chêne ont 51 arbres (38 baliveaux, 10 modernes, 3 anciens) par hectare, balivés en 1876. Les 906,000 hectares en forêts communales de même nature présentent 86 arbres par hectare (63 baliveaux, 18 modernes, 5 anciens).

sciage, un de charpente, deux perches (*). Or, que le remplissage de tiges secondaires soit ainsi utilisé ou qu’il soit considéré uniquement comme la garniture nécessaire du sol, il n’en existe pas moins au complet et doit toujours être compté dans le matériel d’exploitation : car le traitement en jardinage ne saurait s’en passer et le sylriculteur doit appliquer ses soins à le maintenir toujours en état convenable et complet.

Un hectare de forêt capable de fournir chaque année un arbre de 150 ans, doit contenir forcément 150 tiges âgées de 1 à 150 ans. Ces 150 tiges ne sauraient occuper par leur couvert toute la surface de l’hectare, mais la nature ne saurait produire ces 150 tiges avec la régularité absolue de la conception théorique ; elle crée les jeunes semis en grand nombre, les perches, les arbres moyens et les grands arbres en nombre de plus en plus restreint suivant une décroissance dont la loi n’est pas encore connue. Cet ensemble accessoire de tiges plus ou moins âgées occupe le restant de la surface.

Dans ces tiges où s’établit la lutte pour la vie et où se forment les remplaçants des arbres de coupe, il y a place pour des enlèvements de tiges intermédiaires exposées à périr, comme nous l’avons vu pour les éclaircies des peuplements d’un seul âge. Mais on conçoit combien ces produits doivent étre perçus avec modération, car il est impossible de se rendre compte de la constitution exacte de l’état jardiné et on ne sait jamais si la tige dominée ne deviendra pas un jour un arbre de remplacement. Dans les forêts de peuplements, au contraire, chaque âge ayant, en quelque sorte, une contenance qui lui est affectée, on peut se rendre compte de son état et enlever

(:} M. Guyot, professeur de droit à l’école forestière, a montré des exemples de ce jardinage composé dans les Foréts lorraines, Nancy, un vol. in-&,

les tiges surabondantes avec une certaine prévision de Pavenir. On a dit avec raison que la modération est la règle du jardinage ; cette règle est surtout celle du jardinage composé.

Le matériel des exploitations en jardinage est formé, à la fois, de la suite des tiges principales et de toutes celles de remplissage que la nature produit suivant une loi encore indéterminée.

Il est à remarquer, en outre, que dans les exploitations aménagées, le matériel-bois est composé de deux parties :

Les récoltes en croissance ;

Le matériel de exploitation périodique.

Les récoltes en croissance sont celles des 149 tiges, de 1 à 149 ans dans notre exemple et, en outre, celles de tout le remplissage. Que celles-ci soient utilisées à une exploitation intermédiaire ou qu’elles ne le soient pas (peu importe, du moment où elles pourraient lêtre), elles forment des récoltes en croissance de cette exploitation composée.

Il faut y joindre le matériel de l'exploitation périodique, c’est-à dire le semis initial de toutes les tiges principales de 1 à 150 ans par exemple (#g. 5) et les semis de toutes les tiges de remplissage, semis qui se touchent, qui sont lents à se développer et qui occupent, avec celui des tiges principales, toute l’étendue du terrain consacré à l’exploitation (/g. 6).

La forêt furetée est exploitée à trop court terme pour donner place à des produits intermédiaires. Si le propriétaire coupe parfois quelques brins inférieurs à la dimension adoptée, c’est dans un but uniquement cultural, pour favoriser des brins d’avenir et non pour constituer une exploitation composée digne de ce nom.

La fulaie élagée forme un type très complet d’exploitation aménagée composée, dont les arbres sont isolés par la main de l’homme.

Réunissez 28 hectares constitués comme celui à exploitation périodique qui est indiqué n° 77, vous obtiendrez une exploitation à revenu annuel : en consacrant à la coupe un hectare chaque année, de manière à revenir tous les 28 ans sur le même hectare, la forêt fournira chaque année 120 tiges de diverses dimensions variant de 0",10 à 0",60 de diamètre, c'est-à-dire ayant des âges divers, espacés entre eux de

28 ans.

Le matériel d'exploitation est formé, dans ces forêts, de toute la superficie boisée, à laquelle il faut joindre le semis initial sur toute la surface, en supposant, bien entendu, que tous les hectares se ressemblent pour le nombre des arbres, comme cela doit être dans toute conception théorique.

Dans l'exemple précédent, le matériel serait de 28 fois 390 tiges, soit 10,920 arbres, nécessaires pour assurer la per-

pétuité du revenu annuel ; en effet, l’analyse des six exploitations annuelles d'arbres isolés montre que la forêt devra pré-

senter :

28 fois 10 tiges de 0 à Om,10 (28 ans), soit 10 fois ?Stiges 280 tiges 28 — 22 — O0Oà0m,20 (56 ans), — 22 — 56 — 1232 — 28 — 36 — (0Oà0m,30 (84ans), — 36 — 84 — 3024 — 28 — 935 — O0àO0m,40(112 ans), — 35 — 112 — 3920 — 28 —— 14 — Oà0m,50(140 ans), — 14 — 140 — 1960 — 28 — 3 — (0à0%,60(168 ans), — 3 — 168 — 504 — 28 revenus de 120 arbres. Total... 10920 tiges

Ces forêts sont très avantageuses pour les petites propriétés où l’exploitant veut produire à la fois des arbres de grand âge et des arbres d’âges divers. C’est à la condition, toutefois, que l’exploitation soit pratiquée sur des terrains et en des climats convenables avec des essences appropriées à ce mode de traitement.

Le matériel de cette exploitation est un des plus considérables qu’on puisse accumuler sur une contenance déterminée, aussi l’augmentation du capital produit ses effets, et ces forêts sont les plus riches en produits, les meilleurs et les plus utiles ; elles ont le plus haut revenu annuel en argent.

Dans l’exemple précédent, la coupe de 120 arbres peut étre

évaluée de la manière suivante, en estimant les hêtres qui peuplent la forêt aux prix constatés dans une forêt du sud de la Belgique, en 1875.

10 hêtres de 0,10 à 0f30 — 3° »

36 — DA MS SR y 39 — DA nt 01»

3 — (ACL URE ES CS CO Total : 120 1891! »

Les 28 hectares qui forment cette forêt rapportent ainsi en moyenne 65 francs par hectare et par an.

N° 82. — L'exploitation aménagée de peuplements d'un seul âge est composée quand elle fournit chaque année des produits intermédiaires dus aux coupes d’éclaircies.

La figure 17 représente une exploitation de peuplements, aménagée à 120 ans sur 120 hectares ; les éclaircies faites à 30, 60 et 90 ans sont figurées en noir comme la coupe principale à 120 ans. Les hachures perpendiculaires expriment le nombre d'arbres décroissant dans chaque peuplement à mesure que l’âge s’approche de 120 ans.

Nous avons indiqué (n° 78) l’idée culturale sur laquelle est fondée la pratique des éclaircies et nous avons vu qu’il n’existe pas de matériel spécial pour les coupes d’éclaircies comme il en existe pour les exploitations d’arbres isolés par la main de l’homme; mais c’est à la condition que les peuplements seront comptés pour le volume et la valeur qu’ils ont à chaque âge.

Le matériel-bois de cette exploitation est donc formé, comme dans lPexploitation simple, par la suite des coupes en croissance depuis l’âge du début jusqu’à celui assigné pour terme à l’exploitation. Il faut y joindre le semis ou l’ensouchement sur toute l’étendue de la forêt; il en résulte que ce matériel est formé par la suite des récoltes pendantes et par le matériel-bois de l’exploitation périodique.

Dans l’exemple de la figure 17, les coupes d’éclaircies sont annuelles : elles se font chaque année sur un hectare, au fur et à mesure que les époques fixées (30, 60, 90 ans) sont successivement atteintes. Cela suppose que la forêt a une étendue assez grande pour livrer des coupes faciles à vendre. Dans le cas contraire, on remédie à la difficulté de vendre de trop petites coupes, par des combinaisons multiples dont il suffit d'indiquer deux types :

Les éclaircies de 30, de 60 et de 90 ans sont, par exemple, biennales et pratiquées sur 2 hectares tous les 2 ans.

On peut aussi grouper les peuplements en quatre quartiers ou affectations ainsi qu’il suit :

Quartier des jeunesses... de 1à 30ans.. 30 hectares. — des perchis..... de 30 à 60ans.. 30 —

— des jeunes futaies de 60 à 90ans.. 30 — — de la futaie..... de 90 à 120 ans.. 30 —

120 hectares.

Pendant que le quartier le plus âgé fournit la coupe principale en bois de 120 ans, les quartiers affectés aux coupes intermédiaires fournissent par exemple :

Le premier : des nettoiements culturaux de 5 hectares par an pour revenir tous les 6 ans.

Le second : des premières éclaircies de 3 hectares par an espacées de 10 ans.

Le troisième : des deuxièmes éclaircies de 3 hectares par an revenant sur le même point tous les 10 ans.

Quelles que soient ces combinaisons, la conception théorique de l’exploitation est toujours la même.

Les forêts de peuplements d’un seul âge ne conviennent qu’à de grands propriétaires quand elles sont réglées à un âge avancé: il faut en effet les installer sur des étendues assez considérables pour qu’une surface suffisante soit affectée à l’éducation et à la culture des peuplements de chaque âge. Que les peuplements d’âges voisins soient groupés sur des cantons qui leur sont spécialement affec-

tés (affectation), cela importe peu, il n’en faut pas moins que l’échelle complète des âges existe sans interruption sur des contenances égales pour chaque âge. On ne saurait, en effet, couper tous les ans un hectare de 120 ans, par exemple, qu’à la condition de posséder 120 hectares, ayant tous les âges compris entre 1 et 120 ans.

N° 83. — Les exploitations aménagées mixtes, d'arbres et de peuplements, peuvent être doublement composées, c'est-à-dire que la forêt de peuplements peut fournir un revenu intermédiaire en éclaircies et que la forêt d’arbres qui lui est superposée peut produire, également chaque année, des arbres de différentes dimensions.

Les forêts de taillis sous futaie composée offrent le plus souvent une exploitation simple pour le taillis et une exploitation composée pour les arbres de la futaie. Celle-ci mérite d’être analysée pour déterminer son matériel.

Sur une forêt de 30 hectares dont le taillis a été réglé à 30 ans, on veut avoir tous les ans un revenu de: 20 modernes de 60 ans

30 anciens de 90 ans 10 bis-anciens de 120 ans

Total.. 60 arbres.

Cela correspond à un plan de balivage composé de 110 arbres.

60 baliveaux, 40 modernes, 10 anciens.

Pour se rendre compte du matériel d'exploitation, il faut considérer la forêt comme réunissant deux exploitations superposées, celle du taillis et celle des arbres.Ceuxci forment, par dessus le taillis, trois exploitations juxlaposées.

Celle des modernes; Celle des anciens ; Celle des bis-anciens.

Si nous raisonnons sur un arbre de revenu, nous voyons que :

L'exploitation des modernes comporte une suite de 60 arbres de 1 à 60 ans ;

Celle des anciens, une suite de 90 arbres de 1 à 90 ans;

Celle des bis-anciens, une suite de 120 arbres de 1 à 120 ans. :

Comme l’exploitant ne possède que 30 coupons (puisque le taillis est réglé à 30 ans), il est obligé de disposer ces suites d’âges sur ses 30 coupons.

La suite des modernes en deux parties :

de 0 à 30 ans sur les coupons de 1 à 30 de 30 à 60 ans — 1 à 30 La suite des anciens forme trois parties :

de 0 à 30 ans sur les coupons de 1 à 30 de 30 à 60 ans — 1 à 30 de 60 à 90 ans — 1 à 30 La suite des bis-anciens a quatre parties :

de O0à 30 ans sur les coupons de 1 à 30

de 30 à 60 ans = 1440 de 60 à 90 ans — 1 à 30 de 90 à 120 ans — 1 à 30

Cette disposition est indiquée à la figure 18.

Remarquons, d’abord, que la première partie de ces trois suites, celle de 0 à 30, est noyée dans le taillis ; elle n’est pas encore dégagée; l’isolement des tiges ne commence que pour les arbres de 30 ans et au delà.

La 1" suite est réduite à 1 partie, La 2° — 2 parties, La:3° — 3 parties.

Il en résulte que pour exploiter un bis-ancien, il faut qu’il y ait sur la coupe mûre, en outre de cet arbre, un ancien et un moderne (3 arbres).

Pour exploiter chaque année un ancien, il faut qu’il y ait, en outre, un moderne (2 arbres).

Pour couper annuellement un moderne, il suffit de cet arbre (1 arbre).

Si on veut couper chaque année, à la fois, un bis-ancien, un ancien et un moderne, il faudra que la coupe mûre présente 6 arbres.

3 modernes ; 2 anciens ; 1 bis-ancien. :

Le revenu est, en effet, formé par la différence entre les arbres de chaque catégorie.

Modernes......... dt — 1]

Anéensie 2 ISIN 2— 1 — 1

Bis-anciens ....... 1—0— 1 Alsser.. 22 103 3 3 à couper À ajouter ........ 3 baliveaux Sa Ce 6 arbres.

Cette exploitation en apparence compliquée s’effectue de la manière la plus simple : il suffit de s’imposer pour règle de conduite de réserver chaque année un plan de balivage constant qui est dans notre exemple :

60 baliveaux, 40 modernes, 10 anciens.

Ce plan permettra d’avoir toujours un revenu de 60 arbres :

60 — 40 — 20 modernes, 40 — 10 — 30 anciens, 10 — 0 — 10 bis-anciens.

On voit qu'on ne coupe jamais de baliveaux, ce sont des arbres de remplacement pris dans le taillis.

Le nombre des baliveaux est égal au nombre total des arbres coupés en revenu, sauf la part que l’on doit faire dans la pratique au déchet qui peut survenir.

Le nombre des baliveaux est égal au nombre des modernes, parce que tous doivent arriver à cette catégorie.

Mais tous les modernes ne devenant pas anciens, leur nombre est égal à celui des anciens qu’on réserve, augmenté du nombre des bis-anciens.

Quant au nombre des anciens, il est égal à celui des bis-anciens si on limite à cette catégorie le terme extrême de l'exploitation.

La formule des anciens règlements de jouissance : « laisser sur chaque hectare de coupe 60 baliveaux, 40 modernes et 10 anciens », est ce qu’on appelle le p/an de balivage. Nous venons de voir qu'il suffit de connaître le plan de balivage pour en déduire le revenu par un simple et rapide calcul qui correspond à la règle suivante : Le revenu de la futaie composée est égal à la somme des différences qui existent entre chaque classe darbres sur la coupe mûre.

Le plan de balivage permet aussi de déterminer le #4tériel d'exploitation. Pour obtenir le xombre d'arbres dont on doit garnir le terrain pour assurer l’exploitation de la futaie, il suffit de multiplier le plan de balivage par la contenance.

Dans l'exemple précédent :

110 >< 30 — 3300 arbres.

Les arbres sont ainsi détaillés :

60 baliveaux passant aux modernes....... 60 >= 30 = 1800 de 30 à 60 ans.

40 modernes — ANCIENS. 4 40 >< 30 = 1200 de 60 à 90 ans.

10 anciens — bis-anciens..... 10 >= 30 = 300 de 90 à 120 ans. HOIal- 3300

On arrive au même résultat en considérant le revenu déduit du plan de balivage. Le matériel de chaque exploitation est :

Modernes.. 20 groupes de 30 tiges de 30 à 60 ans — 600 Anciens... 30 60 .— 30 à. 90'ans — 160 Bis-anciens 10 — 00 : =" 350 4 120 an — 0

Lotal:: ee 3300

Ainsi, dans les forêts de taillis sous futaie composée, le plan de balivage fournit, à la fois et par une opération très simple, le revenu et le matériel-bois de lexploita-

tion. Il en résulte que dans les exploitations mixtes aménagées, le matériel-bois est composé du matériel de l’exploitation en taillis et de celui de l’exploitation en arbres. Il est facile d’évaluer le premier puisque les arbres occupent sur la surface une quantité constante déterminée par leur couvert (/#g. 5). Quant au matériel des arbres, il est facile également d’en estimer la valeur quand on l’a détaillé comme nous Pavons fait ci-dessus à l’aide du plan de balivage.

La figure 18 montre la disposition des 30 coupes qui consituent l'exploitation. La ligne de 0 à 30 représente le taillis ; quant aux arbres, ils sont figurés par des groupes de lignes verticales dont la hauteur exprime les classes d’âges et dont l'épaisseur est proportionnelle à la valeur que les arbres prennent en vieillissant.

Lorsqu'on convient de représenter chaque classe par des lignes ascendantes parallèles à celles du taillis et le nombre d'arbres dans chaque classe par une bande placée sous chaque ligne ascendante, on obtient la figure 19 qui représente plus simplement l'exploitation,

Lorsqu'enfin, on convient de représenter les classes d’âges par des rectangles dont la hauteur est proportionnelle à l’âge et dont la largeur exprime le nombre de chaque catégorie, on obtient la figure 20 qui montre la composition intime de l’exploitation.

Ces diagrammes confirment la remarque déjà faite pour les exploitations aménagées : le matériel d'exploitation comprend : 1° la suite des récoltes pendantes en taillis et en arbres; 2° le matériel de l’exploitation périodique en taillis et en arbres sur toute la surface. Les parties blanches de la figure 20 représentent ces récoltes pendantes et les parties noires le matériel initial.

N° 84. — Exploitations graduées. — Elles se prétent, comme celles périodiques et aménagées, à l’état composé et cela dans chaque mode de traitement des forêts.

Ainsi 30 hectares de taillis sous futaie composée peuvent

être divisés en 10 lots pour en couper un chaque trois ans de la même manière que le taillis ordinaire.

Dans les forêts de peuplements, la perception des produits intermédiaires peut alterner avec celle des produits principaux.

20 hectares de pineraie exploités à 40 ans à raison de 1 hectare tous les 2 ans peuvent fournir également une éclaircie biennale de 2 hectares à l’âge de 20 ans. Si la coupe principale est faite aux millésimes pairs et l’éclaircie aux millésimes impairs, le propriétaire de cette petite forêt aura par cette combinaison l'avantage de mieux répartir ses ressources et d'aller chaque année visiter et soigner son exploitation.

Des exploitations aménagées peuvent se constituer avec des éléments d'exploitations graduées (n° 75) et fournir chaque année des produits composés.

30 hectares de sapinière jardinée peuvent fournir 36 sapins par an à raison d’un arbre et un cinquième par hectare par an. Cette exploitation est disposée en 10 coupons de 3 hectares chacune et fournissant chacun, à tour de rôle, les 36 sapins par an. Cinq ans après la coupe, le propriétaire recueille 60 pannes sur le coupon exploité, de telle sorte que chaque coupon fournit successivement 36 sapins et 60 faibles tiges, chaque coupe étant à intervalle de 10 ans et se suivant à la distance de 5 ans.

Cette exploitation est exactement aménagée en ce sens qu’elle fournit, en revenu annuel, aussi bien la coupe principale que la coupe intermédiaire. Mais on craint que la petite quantité d'arbres ne soit difficile à vendre et que la forêt ne se fatigue par ces coupes répétées tous les cinq ans sur le même coupon.

On admet alors la combinaison suivante. Chaque coupon de numéro impair fournit aux millésimes impairs la double production principale de 72 sapins, et chaque coupon de numéro pair fournit aux millésimes pairs la double production intermédiaire de 120 petites charpentes; mais au bout de 10 ans, quand les 10 coupons ont été parcourus, on a soin de les reprendre toujours dans le même sens, mais dans l’ordre con-

traire, les coupons pairs pour la coupe principale, ceux impairs pour la coupe intermédiaire. De cette manière, chaque coupon fournit la double nature de production mais se repose pendant 10 ans.

C’est une exploitation graduée à produits composés alternants.

On aurait pu également diviser l’immeuble en 5 coupons de 6 hectares à rotation de 10 ans, chacun fournissant successivement 72 sapins tous les 2 ans et, en même temps, 120 arbres de petite charpente.

Dans cette exploitation graduée à perception composée biennale, les coupons se reposent pendant 10 ans; ils sont fatigués par la perception des deux doubles productions principale et intermédiaire: mais cette perception s’opère sur une surface double.

On conçoit combien les combinaisons d’exploitation sont nombreuses et variées. Cet exemple suffit à en indiquer les ressources. La forêt se prête à tous les arrangements de fortune et à tous les plans de conduite ; mais c’est à la condition de respecter toutes les exigences culturales des essences et de leur mode de traitement.

$ 4. — Observations.

Nos 85. — Remarques générales sur le capital d'exploitation des forêts. 86. — Comparaisons avec les exploitations agricoles. 87. — Utilité de la notion du capital d'exploitation. 88. — Portée de la conception théorique ; forêt normale.

N° 85. — On ne produit rien avec rien. Cette vérité économique de toutes les entreprises humaines recoit son application dans les forêts considérées comme exploitations à bois, mais l'effet du capital s’y présente avec des particularités dignes de plusieurs remarques.

1° L’augmentation du capital-bois n’accroît pas la quan-

tilé des produits qui sont dus à la seule action des agents naturels, mais elle a pour effet de fournir des produits plus âgés, c’est-à-dire de qualité meilleure et de les livrer à des intervalles plus rapprochés.

C’est ainsi qu’une forêt garnie d’arbres épargnés et conservés en vue d’une production future permet de recueillir tous les 30 ans des arbres de 60, 90 et 120 ans, selon la qualité de la réserve (n° 80).

L’intervalle entre la jouissance des coupes se rapproche de plus en plus et la perception finit par être annuelle, quand le capital d'exploitation atteint son maximum dans la forêt aménagée.

2° Lorsqu'on examine la constitution intime du capital d'exploitation, on voit que dans les forêts aménagées, ce capital est formé de deux éléments : 1° /e matériel initial de l’exploitation périodique; 2° la suite des récoltes pendantes depuis l’âge du début jusqu’à celui qui est assigné pour terme à l’exploitation. Le matériel initial existe dans toute les espèces d'exploitations ; la quantité de récoltes pendantes diminue dans les exploitations graduées à mesure que l'intervalle des coupes augmente.

3 Le matériel d’exploitation étant toujours vivant, se renouvelle et s’entretient seul, sans que l’exploitant ait souci des dépenses et des soins de l’entretien. Il s’accroît constamment par l'effet de la vie, mais chaque coupe le ramène à son état primitif, de telle sorte que lexploitant sait toujours de quelle somme il a doté son exploitation, sans qu’il ait à compter aucun amortissement pour le ramener à son état primitif par un prélèvement sur le revenu. Cet avantage n’existe dans aucune entreprise ; dans toutes le matériel s’use, a besoin de réparations et d’une surveillance constante pour le maintenir à sa valeur primitive.

4 Dans toute exploitation forestière, le matériel d’exploitation est maintenu constant et invariable, tant que le

but de lexploitation, c’est-à-dire l’âge de la coupe, n’a pas été changé. Il varie seulement d’emplacement et de disposition à mesure que les coupes avancent pour revenir à la disposition du début après la dernière coupe. La figure 21 montre l’état du matériel d’un taillis ordinaire aménagé à 30 ans au moment de la dixième coupe. On voit que le matériel initial À 2 a pris une disposition différente, mais entièrement équivalente, et que dans 20 ans il reviendra à l’arrangement du début.

5° De ce que le produit annuel de l’exploitation forestière est de la même nature que son capital-bois, il résulte que la confusion est toujours possible et que l’exploitant est souvent exposé à aller au delà de son revenu en entamant son capital. C’est ce qu’on s’efforce d'empêcher par Passiette de aménagement, c’est-à-dire par la division de la forêt en coupes assises et marquées sur le terrain. C’est dans ce but, également, qu’une administration publique est chargée de veiller à ce que la jouissance du présent dans les forêts de l’État et des communes n’empiète pas sur le matériel-bois qui est la garantie des revenus de l'avenir.

6° Enfin, au point de vue juridique, le capital d’exploitation des forêts est toujours 2mmeuble (C. civ. 520) et mobilisable (C. civ. 521), parce qu’il est composé d’arbres sur pied. Il en résulte que le crédit hypothécaire est toujours restreint aux propriétaires de forêts et que l’organisation du crédit agricole mobilier leur sera aussi utile qu'aux agriculteurs (*).

N° 86. — Il n’est pas sans intérêt de comparer l’exploitation forestière aux exploitations agricoles.

1° Dans celles-ci le capital nécessaire à la production est formé par les bâtiments de la ferme, par les engrais, les

(*) Voir A. Puton, « les Forêts et le Crédit agricole », Revue des eaux et forêts, 1883.

semences, le bétail et les instruments. Il est en partie immeuble, en partie meubles immobilisés par destination (C. civ. 524). Mais tout ce matériel se dégrade, s’use et a besoin d’être réparé ou remplacé. L’agriculteur prélève par exemple 10 0/0 sur ses revenus pour l’entretenir. Ce prélèvement fait et employé, exploitation est maintenue dans le méme et identique état. Si le propriétaire de forêts juge utile d’épargner 10 0/0 sur son revenu et de laisser le dixième de la coupe sans le réaliser, il améliore, au contraire, son exploitation et en percoit des produits plus âgés et plus avantageux.

Une forêt de 30 hectares exploitée à 30 ans par exemple, et produisant 150 mètres cubes, se trouve réglée à 33 ans par

un prélèvement du dixième ; elle continue à fournir 150 mètres cubes par an, mais en bois meilleur et se vendant plus cher.

2° En agriculture, si l’exploitant fait mal ses affaires ou si des circonstances l’obligent à liquider, il ne peut généralement vendre les bâtiments sans la terre elle-même, car sans elle, ils n’auraient pas de valeur. L’exploitant forestier peut, au contraire, /üuire argent de tout le capital bois qui se trouve sur la propriété et alors la terre reste sans livrer de produits pendant longtemps, pendant tout le temps qui est nécessaire à la nature pour reconstituer du bois exploitable. Ceci explique comment il est nécessaire qu’une administration publique veille à la conservation du matériel d’exploitation dans les forêts de l'Etat et dans celles des communes et des établissements publics ; car ces êtres moraux ne sont dans l’ordre social que des usufruitiers et doivent transmettre aux générations futures la propriété munie de son matériel complet. L'intérêt public aurait trop à souffrir si pour une circonstance même très urgente, on venait à l’entamer d’une manière générale; car un pareil capital ne se reforme pas avec de l'argent comme les bâtiments d’une ferme, mais par le {emps seul et par un temps souvent fort long.

3° Notons encore une autre différence économique entre le capital d’une exploitation agricole et le matériel destiné à l’exploitation d’une forêt aménagée : en agriculture, le propriétaire qui a besoin d’argent peut vendre son bétail, ses charrues, ses voitures. Généralement ces instruments d'exploitation sont achetés par des cultivateurs et vont servir à monter une autre exploitation agricole : un individu peut être gêné, mais la société n’en souffre pas.

Le propriétaire d’une forêt, au contraire, est toujours tenté, quand de mauvais jours surivennent, de vendre une partie des bois qui forment l’échelle d’âges nécessaire à une production annuelle, et il arrive un double malheur : Le premier est que le matériel vendu ne va pas à une autre exploitation ; il y a diminution dans le nombre des outils qui travaillent à fournir au pays la production ligneuse. Le second vient de ce que la portion de bois prise sur le matériel d'exploitation étant vendue en chauffage ou en bois de service, l’offre de la marchandise peut dépasser la demande. La production peut n’être plus en rapport avec la consommation ; et, les prix s’avilissant, l’intérêt public souffre, parce que les propriétaires voisins n’obtiennent plus un prix rémunérateur, parce que les métiers qui usent du bois sont un instant dans l’abondance pour le payer plus tard trop cher, quand la rareté sera venue, parce que, enfin, une denrée précieuse, en ce sens que le temps seul et non la main des hommes, en est louvrier, a été avilie et gaspillée.

N° 87. — Nous nous sommes étendu sur la conception théorique de l’exploitation et sur la constitution de son capital, parce que cette notion est fondamentale et nécessaire aux propriétaires pour se rendre compte de tous leurs actes de gestion. Quelle est l’influence d’un balivage, maintiendra-t-il la forêt dans le même état, dimi-

nuera-t-il où en accroîtrera-t-il sa valeur et dans quelle mesure la diminution ou l’augmentation seront-elles produites ? Le propriétaire ne peut s’en rendre compte que par la connaissance de la manière dont son exploitation est constituée ; il en est de même des anticipations et des retards de coupe, de la prolongation ou de l’abaissement de l’âge auquel il exploite.

La notion du capital d'exploitation est, en outre, indispensable pour la solution de toutes les questions les plus importantes de l’économie forestière. Seule, elle permet d’en raisonner avec méthode et sûreté. Nous nous bornons à la remarque suivante :

Nous avons établi comme règle générale des exploitations aménagées : que le matériel est éqal à celui de l'exploitation périodique augmenté des récoltes pendantes depuis l’âge du début jusqu'à celui de la coupe. Cette règle montre que l’exploitation aménagée est formée d'éléments à exploitations périodiques ; que les règles de l’une seront applicables à Pautre et que dans tous les problèmes d’économie forestière une solution ne sera vraie qu’à la condition de s’appliquer à l’une et à l’autre avec le même raisonnement.

La notion du capital donne, en outre, la clef des problèmes les plus délicats de l’estimation des forêts. C’est par elle qu’on est en droit de dire, que dans l’expropriation pour cause d'utilité publique on doit à lexproprié « la valeur du sol garni de son matériel d’exploitation, plus la récolte pendante escomptée au prix que le propriétaire exproprié la vendrait à son échéance (*)».

C’est ainsi encore que dans la question si contestée de la liquidation des droits d'usage, on peut établir en principe que « l’usager absorbant tous les fruits a droit à la valeur de toutes les récoltes pendantes et le propriétaire à

(*) Estimations concernant la propriété forestière, 1886, n°5 50 à 52

la valeur du sol garni du matériel de l'exploitation périodique. L’usager qui n’absorbe qu'une fraction du revenu na droit qu'à la même fraction des récoltes pendantes (‘) ». Les anciens forestiers n’avaient aucune notion sur la constitution des exploitations des forêts et sur le rôle du capital. La science de l’économie politique date à peine du siècle dernier. Il est temps que ses principes et ses données s’introduisent dans l’économie forestière (*).

N° 88. — La conception du matériel d'exploitation est entièrement théorique en ce sens que son application stricte aux forêts n’est pas réalisable d’une manière soutenue. Les forêts les mieux traitées et les mieux aménagées ne se présentent jamais avec la régularité absolue de la théorie. C’est à peine si cette régularité se rencontre dans quelques petites forêts de taillis exploitées à court terme par des locataires. Il serait sans raison de s’épuiser en efforts pour atteindre le type théoriquement conçu, tant les besoins de la vie et les inégalités du sol ou des essences peuvent y apporter d’obstacles ; mais on saura au moins vers quel but on tend et de quelle manière on s’en écarte.

On a donné le nom de forét normale à la conception théorique de l’exploitation aménagée; nous pensous qu'on peut se passer non de l’idée, mais du mot, parce que celui-ci peut faire naître la pensée d’une règle immuable et unique imposée à la conduite et aux efforts du forestier. Si cette forêt normale exprime une conception théorique de l'exploitation, il doit y avoir autant de forêts normales que de modes de traitement et

de combinaisons d'exploitation dans chaque mode de traitement ; le mot devient alors inutile. Si la forêt normale implique l’idée

(*) Estimations, n°5 88 à 91.

(2) La notion du capital d'exploitation empruntée à l'économie politique générale a été introduite par nous, pour la première fois, en 1867, dans la science forestière : A, Puton, l’Aménagement des forêts, 1 vol. in-12, 3 édition, 1883.

d’un mode d'exploitation par excellence, devant s'appliquer partout comme la règle unique du traitement des forêts, l’idée est fausse et doit être abandonnée.

Il y a, en forêt, comme en toute exploitation, des approximations qu’il faut savoir comprendre et qui sont dans la nature des choses; l’essentiel est que l’exploitant connaisse bien le but de son exploitation, sa constitution et ses organes, pour qu'il puisse en discuter sûrement.

Quant à l’économiste, il ne raisonne que sur l’idée théorique et sur la conception faite en vue d’arriver à un résultat donné. Ce n’est pas qu’il néglige les faits ni leur application, mais c’est seulement quand la théorie est établie et conçue qu’il doit s’occuper des forêts telles qu’elles se rencontrent habituellement.

Un traité d’économie forestière doit suivre cette marche ; il doit indiquer d’abord la conception théorique et ensuite l’application de la théorie aux faits, l'aménagement d’une forêt réelle, c’est-à-dire les procédés employés pour installer une exploitation aménagée suivant un but donné dans une forêt, telle qu’elle se rencontre réellement et pratiquement.

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