AE
(*) Estimations concernant la propriété forestière, note p. 249.
vage est plus grande à 30 qu’à 25 et 20 ans. N’est-on pas en droit de critiquer ceux qui ont crutrouver une formule donnant le maximum de { dans une expression dont tous les éléments C, Ret x sont des variables ?
N° 152. — Cette fausse conception de la rente du sol
a été employée pour comparer les résultats de Pexploi-
tation forestière à ceux que fournit l’agriculture et pour
éclairer l’économiste sur la supériorité ou l’infériorité de la forêt vis-à-vis du champ ou du pâturage.
Une sapinière de 140 hectares aménagée à 140 ans sur un
sol qui vaut avec le semis 500 fr. l’hectare, produit un revenu
annuel de 15,400 fr.
log. 15900 — log. 500 log. (1 + x) — d 140 8 D — 21200 Rente du sol — 500 >< 2,5 0/0 — 12,50
Si cette forêt peut être défrichée et transformée en ferme louée 30 à 35 fr. par hectare, on en conclut que la culture agricole produit des résultats bien supérieurs à ceux de la forêt.
Nous reconnaissons que la rente du sol est un moyen d'exprimer la comparaison; mais c’est à la condition que cette rente soit exactement calculée et que les illusions ne soient point prises pour des réalités.
En ce qui concerne la forêt, nous avons vu que le calcul précédent est erroné : on évalue faussement la rente du sol, car on défalque seulement de la rente de Pexploitation l’intérêt des récoltes pendantes qui sont une partie et non la totalité du matériel d'exploitation, enfin on omet l'intérêt du capital d'amélioration (chemins, maisons de garde, scieries, etc.).
Pour l’exploitation agricole, la rente nette du sol est plus délicate encore à calculer ; le capital qui y est consacré est de double nature : une partie est fixe (bâtiments, chemins, canaux, drainage, etc.), l’autre est mobile (bétail, instruments, semences, engrais, etc.). À la rému-
nération, c’est-à-dire à l'intérêt de tout ce capital, il faut ajouter son amortissement, son entretien, son assurance, les salaires des ouvriers et le légitime traitement de l’exploitant. Il faut tenir compte, en outre, des différents modes de tenure, fermage, métayage et faire-valoir direct, dans lesquels le capital d’exploitation est, soit divisé entre le propriétaire et le fermier, soit mis en société avec le métayer, soit, enfin, fourni en totalité par le propriétairecultivateur.
Or, dans le calcul précédent, on a confondu le fermage avec la rente du sol ; on a omis de défalquer l’intérêt des bâtiments, leur entretien, leur usure, leur assurance et les pertes résultant des mauvais fermiers.
Le calcul suivant, dans lequel nous comparons la forêt à une ferme louée à la suite du défrichement, montre la manière dont les choses doivent être raisonnées.
La forêt. Les fonds engagés dans l'exploitation d’une sapinière de 140 hectares, aménagée à 140 ans, sont représentés
par :
Terrain Lure 60900f » soit par hectare 435° » SEMI AR ARR 9100 » me 65 »
Matériel-bois...... 546000 » = 3900 »
Routes et clôtures... 25200 » = 180 »
Totae et 641200! » — 4145! »
Le revenu annuel net est 15,400 fr., ainsi détaillé : Coupe principale, éclaircies, etc. 16800f » soit p'hect. 120f » Garderie HART 500f »} Frais de gestion..... 150 sl 1400 » — 101% Entretien des chemins 790 s
Le taux du placement est 15400 641200 = 2,41 0/0
La rente de l’exploitation est de 110 fr.
La rente du sol est de 10 fr. 10:
2,41 0/0 de 4145 — 99,90 120 — 10 — 99,90 — 10,10
COMPARAISON AGRICOLE ss
La ferme. Capital engagé :
270] RSR 2 LR EE 60900° » soit par hectare 435 » Semis sacrifiés. ... 9100 » — 65 »
Défrichement...... 1400 » — 100 »
BADneNS sde 40600 » — 290 »
Chemins et clôtures. 25200 » — 180 »
ANT EI ea 149800° » — 635f »
Le revenu net est 4,200 fr., savoir :
Fermage ......... 4900! » soit par hectare 39! »
Réparations 600° »} 00
Assurance. 100f »\ L . HOME 4200f » — 30 »
Le taux du placement est 129800 — 90 0/0
Rente nette de l'exploitation : 30 fr.
Rente du sol : 12 fr. 22.
2,80 0/0 de 635 — 17,178 35 — 5 — 17,18 — 12,22 On voit par cet exemple que la transformation si favorable en apparence à la ferme ne donne, en réalité, qu’un placement de 2,80 0/0 au lieu de 2,41 et une rente foncière de 12,22 au lieu de 10,10. Les chiffres de exemple précédent peuvent varier suivant les situations, ils n’ont ici pour but que d’indiquer les bases du calcul et non de conclure d’une manière systématique en faveur de la forêt.
N° 153. — Comparaison agricole. — Tout en reconnaissant qu’un exact calcul de la rente du sol peut utilement servir à établir la comparaison, nous pensons que cette considération est plus spécieuse qu’utile et qu’on doit la remplacer par le calcul du taux de placement des fonds engagés dans l’exploitation, qui suffit à mesurer les choses d’une manière simple et pratique. Quand on dit, par exemple, que l’exploitation forestière assure 2,40 0/0 des fonds qui y sont engagés, et que la ferme rapporte 2,80 0/0, la comparaison est aussi nette et aussi complète
que celle qui consiste à dire que les fonds confiés à la forêt font rendre à la terre 10 fr. 10 par hectare et que ceux mis dans la ferme lui font produire 12 fr. 22.
La considération de la rente du sol est inutile puisque il faut pour lexprimer calculer d’abord le taux de placement et que celui-ci suffit à tout mesurer.
Elle est spécieuse et surannée, car, au temps où les premiers économistes considéraient la terre comme l’élément producteur de toute richesse, on pouvait concevoir qu’il était logique de rapporter tous les produits au sol, en retranchant les frais et notamment les intérêts du capital qui lui était confié. Aujourd’hui, la science économique, devenue plus simple et plus positive, ne considère que le résultat final. La terre dont la propriété a été acquise par l’échange d’une somme d’argent est devenue un capital comme les bâtiments de la ferme et les récoltes pendantes de la forêt. Nulle production ne s'opère sans capital : à quel titre, dès lors, rapporter les produits à une partie des capitaux engagés, plutôt qu’à l’autre ? Pourquoi calculer la rente de la terre, plutôt que celle du capital fixe ou du capital mobile ?
On voit donc que la rente du sol est une conception surannée et tout à fait inutile, le calcul du taux de placement suffit à toutes les comparaisons, car il est la mesure simple du revenu par rapport aux capitaux de toute nature qui sont engagés dans l’entreprise.
N° 154. — L’instrument de mesure étant admis, il faut que le problème soit exactement posé, afin qu’on ne s’égare pas en des considérations étrangères à la comparaison entre l’agriculture et la sylviculture.
« Pour un sol de même qualité et valeur, un même « capital est-il susceptible d’une rémunération plus avan- « tageuse en culture agricole qu’en forêt? En d’autres « termes, le taux de placement d’une même quantité de « fonds engagés, avec la condition que le sol soit de
« même valeur de part et d’autre, est-il plus élevé ou « plus faible dans l’industrie agricole que dans l’exploi- « tation forestière ? »
Telle est la question qui seule peut être posée : la condition dont elle dépend est indispensable, car on ne saurait jamais comparer que ce qui est de même nature. Les forêts sont généralement implantées sur des sols que l’agriculteur a dédaignés de longue date ; les terres à bois sont souvent de médiocre qualité ; presque toujours homogènes, elles ne présentent pas la variété nécessaire aux cultures diverses d’une ferme bien constituée ; l’eau y fait souvent défaut, ce qui empêche la création de prairies naturelles. De là sont venus les plus grands mécomptes qui ont suivi les défrichements inconsidérés ; de là naît la raison pour laquelle tant de terrains défrichés imprudemment retournent actuellement à la forêt par des reboisements coûteux.
Il faut ajouter qu’on devra comparer seulement les modes d'exploitation analogues, c’est-à-dire, la forêt dont on vend les coupes sur pied à la ferme louée, ou l’exploitation du propriétaire forestier débitant ses bois à celle du propriétaire agricole cultivant lui-même sa terre. Dans le premier cas, les propriétaires restent libres de leur temps, qu’ils peuvent consacrer à un autre travail ; dans le second, exploitation directe absorbe tous leurs soins et leur intelligence. Le propriétaire qui loue son domaine fait avec le fermier un partage des produits dans lequel il est loin d’avoir part égale ; celui qui le cultive en recueille seul tous les produits. Il en est de même des propriétaires de forêts et il y a des degrés infinis dans l’utilisation des bois : celui qui, dans lexemple (n° 152), consacrerait un supplément de capital à construire une usine destinée à débiter les sapins en planches, moulures, bois de menuiserie et de charpente, retirerait peut-être un revenu double de sa forêt, mais il serait obligé d’y consacrer tout son temps comme le cultivateur qui fait valoir directement sa ferme,
Il ne faut donc mettre en comparaison que des situations identiques sinon du moins à peu près analogues.
N° 155. — Les conditions du problème étant ainsi déterminées, on peut affirmer sans s’exposer au danger des généralisations trop absolues, qu’à égalité de capital confié à une même terre, l’exploitation forestière fournit un placement très souvent plus avantageux que la ferme louée et résultant du défrichement.
Prenons pour exemple 30 hectares de taillis sous futaie aménagés à 30 ans et valant 37,000 fr. ainsi détaillés :
Sol :: 20 hectares 4 420, un Per re 12600! »
Ensouchement : 30 hectares à 122f....,........ 3660 » . | balivage : 30 hect. à 238f. ‘7140! »
Sun | récoltes pendantes... .... 13600 her IMotalrie ze PENSAIS EERE 31000! »
Le revenu net de la forêt étant de... 1110f »
Le taux de placement est de........ 3 0/0
La rente de l'exploitation est de .... 3120
Le propriétaire, étant certain de louer la ferme à 45 fr. l'hectare, se décide à défricher la forêt, à construire les bâtiments et à constituer un domaine agricole qui lui revient à 31,000 fr., savoir :
Valeur,du Lorrain ir cest te RESUME TETE 12600! » Perte de l'ensouchèement 2%, 4.022 2Re 3660 » Défrichement : 30 hectares à 100f...,.......... 3000 » Construction des bâtiments, fontaines, etc....... 17740 » MON ERA RO PERS 37000! »
Mais le fermäge étant des 2 OPUS RES 1350! »
Il faudra en déduire chaque année :
Pour l'entretien des bâtiments......... 250! » | LGUT ASSUrARCE 2 Ce ER Cet 100 »
Provision pour pertes de fermage et OE ÉTOSSES TÉPATAUONS LL Ie 90 »
Révenu'net M MST 950! »
Lé taux déplacement soral il RMS 2,56 0/0 37000 — 2,56 0/0
Et, encore, il faut supposer que les fermiers possédant
le matériel de la culture ne viendront jamais à manquer à cette ferme, — que le fermage se maintiendra à 45 fr. Phectare — et qu’il n’y aura de mécomptes ni dans la qualité de la terre, ni dans les conditions de la population agricole! Le propriétaire aura toujours à compter avec deux faits économiques trop fréquents pour ne pas être indiqués.
Le premier est que cette ferme qui lui coûte 37,000 fr. n’aura pas toujours cette valeur : les bâtiments, très onéreux à établir, perdent vite une notable partie de leur prix de construction. Les bâtiments s’incorporent si bien à la ferme que, sans eux, la terre n’a pas de valeur et qu’ils n’ont eux-mêmes aucune valeur sans la terre. Si, dans la localité, les domaines de cette nature s’achètent à 3 ou à 4 0/0 de leur revenu net, la ferme, qui revient à 37,000 fr., ne vaudra bientôt plus que 31,650 fr. ou même 23,100 fr.
Le capital affecté à bâtir une ferme s’amoindrit comme celui qui sert à meubler une habitation dès que la maison est construite ou que le mobilier est entré dans l’habita- : tion. On serait effrayé, si on supputait la quantité de travail et d'argent qui, depuis des siècles, a été confiée à la terre, sans que la rémunération en ait toujours été acquise et sans que la terre ait augmenté de valeur.
Le second fait économique est que depuis 50 ans les produits de Pagriculture n’ont pas sensiblement augmenté de prix, tandis que les bois ont progressé notablement ; le propriétaire agricole est donc exposé à voir son domaine diminuer de revenu et de valeur: le mieux qui puisse lui arriver est de ne pas le voir s’amoindrir. Le propriétaire de la forêt a toujours la légitime espérance de voir la fortune lui sourire sous la double forme du revenu et du capital (*).
(*) Consulter à cet égard M. Guyot, professeur à l'école forestière : Hisloire d’un domaine rural en Lorraine, Nancy 1887.
Bien insensé serait donc celui qui, se laissant séduire par les illusions du fermage, se déciderait à défricher sa forêt pour placer sa valeur en une ferme bâtie. Mais, il faut le reconnaître, si la forêt appartient à un cultivateur possédant un peu d’argent pour se monter en bétail et en instruments agricoles, celui-ci aura intérêt à la détruire, à la défricher et à construire les bâtiments, parce que, sur cette exploitation agricole, il exercera son métier, y vivra et élèvera sa famille. Il y a, de ce côté, un danger pour la conservation des forêts : celles-ci pourront se transformer en petites exploitations agricoles d’égal capital. Ce danger dû au morcellement de la propriété forestière n’est pas un des moindres de ceux que nous avons déjà indiqués (n° 136) et dont il nous reste à compléter l’énumération.
N° 156. — Il arrive souvent qu’une exploitation agricole exige beaucoup moins de capital que celui qui est affecté à une forêt de même étendue. Il en résulte des chances de destruction qui ne sont pas sans influence sur les ressources que les forêts sont appelées à fournir au travail national.
1° La sapinière indiquée au n° 152 et estimée 641,200 fr. peut être défrichée et transformée en ferme coûtant 149,800 f., avec un taux de placement de 2,80 0/0, au lieu de 2,41 0/0. Le propriétaire réalisera de cette opération des bois pour 491,400 fr. qu'il emploiera en des placements mobiliers ou à des achats de domaines analogues.
2° Si la sapinière est située en montagnes et en région pastorale, où le pâturage se loue facilement 20 fr. net par hectare, la transformation sera plus facile encore, car il suffira d’abattre les arbres, d'y introduire le bétail et de construire à peu de frais un mas ou chalet nécessaire à l'abri du bétail. Cette transformation coûtera, par exemple :
Sol ét semis sacrifié, ............ 70000 »
Chemins existantes Gene 25200 »
halte AE re SEEN 4800 »