‹ Traité d'économie forestièreChapitre 41 sur 46 · TOUL RUES · texte numérisé non relu

TOUL RUES

Le taux de placement sera de 2,80 0/0 et le propriétaire pourra disposer de 541,200 fr.

Ces deux exemples, dont les chiffres peuvent varier suivant les circonstances, expliquent les faits économiques suivants :

1° Les propriétaires de riches forêts sont souvent conduits par les besoins de la vie à réaliser le matériel de leurs forêts pour l’employer à des placements mobiliers plus rémunérateurs, tout en gardant le sol affecté à des exploitations rurales. C’est une tentation trop grande pour que certaines forêts, les plus belles, les plus riches en arbres n’y succombent pas au grand préjudice des besoins sociaux en bois d’œuvre et de travail ;

2° Les forêts des montagnes pastorales sont les plus exposées à la destruction, parce que l'exploitation en pâturage s'établit presque sans frais et sans capital fixe. On voit par là combien la forêt a de peine à lutter contre le pâturage dans les régions où le manque de chemins n’a pas encore créé la valeur au bois. On en déduit, aussi, que le meilleur moyen de défendre la forêt contre la dent du bétail est d'assurer la valeur à ses produits par le développement de la viabilité. Le plateau central, les Alpes et tant d’autres montagnes ont été déboisées par le pâturage, parce que le bois n’y avait point de valeur. L’Auvergne se reboise depuis 50 ans par l'influence de Ïa route et du chemin de fer. Dans les Vosges, si bien percées et si bien outillées d’usines à débiter le bois, il n’entre plus une seule tête de bétail dans la forêt. La conservation des forêts par la valeur de leurs produits est d’ailleurs un fait général : les environs de Paris ont conservé leurs forêts de futaie, parce que la densité et l’industrie de la population ont assuré de tout temps la valeur de leurs produits.

N° 157. — En réalité, les exploitations forestières et agricoles ne sont pas de même nature et ne sauraient être

comparées. Aux différences caractéristiques qui ont été indiquées (n° 86), il faut ajouter les deux remarques suivantes relatives au capital engagé.

1° Dans la forêt, le taux de placement diminue à mesure que l’âge d’exploitation s’accroît ; mais le propriétaire augmente à la fois sa fortune et son revenu : il serait bien exigeant s’il ne se contentait pas d’un taux modeste qui le fait à la fois plus riche et mieux renté.

Dans la ferme, l’augmentation du capital n’accroît pas sensiblement le taux du placement ; le capital améliore la quantité des produits qui restent, à peu près, dans une même relation avec les fonds engagés ; ce capital doit toujours être reconstitué par des prélèvements sur le revenu.

2° Pour la forêt, la société est toujours exposée à des pertes d’épargnes par la nature mobilisable du matériel d’exploitation, celui-ci ne se reconstituant que par le temps et à longue échéance.

Pour l’agriculture, la société est protégée par la nature même du capital engagé : celui des bâtiments reste affecté à la terre, celui du bétail et des outils sert à monter d’autres exploitations qui se reconstituent en un temps fort court.

Il en résulte qu’au point de vue de l’action des pouvoirs publics, l’agriculture n’a besoin que d’être renseignée et éclairée. La surveillance de lautorité publique n’est pas inutile pour conserver l’exploitation forestière : il ne suffit pas de défendre le défrichement, la société gagnerait à assurer la conservation du matériel-bois, car l'intérêt privé est loin d’y suffire. Il est à regretter qu’en l’état de nos mœurs cette conservation ne puisse être exercée que pour les forêts de l’État et des communes : celle-ci s’élève dès lors à la hauteur d’un devoir social.

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