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DU COMMERCE DE DÉTAIL

ment, et sans grande perte de temps, lui acheter des produits en quantités aussi minimes qu'ils les désirent. Parvenu à cette division, le commerce a atteint son véritable but, savoir : de mettre les produits à la portée de tous les consommateurs.

(a) Si le marchand en gros ne vendait son drap que par pièces , et si chaque pièce contenait de l'étoffe pour 6 vêtements, 200 consommateurs qui n'usent chacun pour eux et pour leur famille, qu'un vêtement par an , devraient se fournir pour 6 ans, et il y aurait terme moyen toujours 100 pièces en réserve, dont la valeur ne rapporterait aucun intérêt. Le marchand au contraire qui vend son drap à l'aune, peut fournir a 200 consommateurs, en n'achetant annuellement que 33 pièces do drap. 11 pourra peut-être même rentrer 2 fois par an, dans la possession de son capital, et ne sera privé ainsi que de l'intérêt du prix de 16 pièces 1/2. Quant aux objets que beaucoup d'individus produisent en petite quantité, les détaillants les achètent en grande quantité. Cest ce que font les regrattiers qui achètent les denrées nourrissantes, et les fripiers qui achètent les objets qui ont déjà servi.

Le commerce de détail ne demande :

1° Qu'un petit capital, lequel, vu que les paiements s'y front à des époques très-rapprochées, et souvent même au comptant, circule rapidement, et rentre même souvent, plusieurs fois, en une année. Le profit semble être dans cette branche de commerce, proportion gardée, très-élevé, mais il ne fout pas perdre de vue que dans le revenu brut du détaillant, le salaire occupe la plus forte part (§ 187 (&));

2° Pas autant d'habileté que le commerce en gros, parce qu'ici les spéculations sont plus faciles, les obstacles moins grands, les auxiliaires bien plus simples {a).

3° Enfin, il s'y attache moins de risques ; en effet ses entreprises n'ont pas une longue durée : elles sont basées sur la connaissance des lieux, les besoins des acheteurs, et n'absorbent que des sommes minimes pour chaque espèce de produits.

(a) Le commerçant ne doit pas connaître les opérations de banque, la tenue des livres, des langues étrangères, et les usages des pays éloignés. La plupart des détaillants vendent dans un lieu fixe; mais il y en a aussi d'ambulants, qui vont aux foires et aux marchés.

TROISIÈME SECTION

COMMERCE D'EFFETS PUBLICS

Ce commerce consiste à acheter et à revendre des papiers et des effets publics (§ 293), dans Tunique but de réaliser, comme bénéfices, la différence de leur valeur, en différents temps et lieux. Le papier-monnaie ne peut pas devenir l'objet de ce commerce, parce qu'il est toujours en circulation, et que par les fréquentes variations de son cours, chacun est, malgré soi, exposé à faire des profits ou à essuyer des pertes, selon que cet agent de la circulation hausse ou qu'il baisse. Quant aux litres (§ 293 {b) ), qui rapportent en général des intérêts à ceux qui les possèdent (verzimlichen Obligationen) ou un dividende {Actien), ils ne passent pas souvent d'une main à une autre, à moins qu'on ne spécule sur leur circulation. Mais ceci ne s'applique pas aux créances des particuliers, lesquelles ne sont achetées que par ceux qui connaissent bien la position des débiteurs; d'ailleurs elles n'offrent pas la possibilité d'un remboursement ou d'une vente avantageuse, au gré du possesseur. Il en est tout différemment des lettres de change qu'on achète sur une place pour les revendre sur une autre , afin de gagner la différence des cours {arbitrages) ; des actions et des obligations des communes, des sociétés, des gouvernements, des actions des grandes compagnies de banque, de mines, d'assurances, de commerce, etc. Ces lettres et obligations offrent aux particuliers un moyen très-facile de tirer parti de leurs épargnes, et comme elles diffèrent, quant aux sommes qu'elles représentent, quant aux termes et au mode de paiement des intérêts, par le mode de transfert, etc., elles sont tour à tour préférées, en raison de ces motifs mêmes, par les capitalistes.

La valeur des actions et des obligations varie, non pas seulement en raison de la demande plus ou moins grande qui s'en fait, mais encore :

1° Parce que souvent, il est douteux si les créanciers pourront ou voudront tenir leurs engagements, c'est-à-dire payer les intérêts ou rembourser le capital. Leur prix {cours) hausse ou baisse donc, en raison de cette probabilité plus ou moins grande qu'on a de voir les engagements tenus. Mais de toutes les obligations, ce sont celles de l'État qui sont soumises aux mutations les plus fréquentes de prix, par l'effet de combinaisons politiques in-

COMMERCE D'EFFETS PUBLICS

térieures ou extérieures qui augmentent ou diminuent la confiance qu'on accorde aux gouvernements et à leurs papiers. Quant aux actions des sociétés, elles ne donnent pas un intérêt fixe et déterminé, car tout dépend du succès de leurs opérations; aussi leur cours doit-il hausser ou baisser dans la même proportion que leurs bénéfices ($ 503 (a));

2° Et parce que, quand même cette incertitude n'existerait pas, la supposition qu'il s'offrira des effets plus avantageux, peut avoir une influence défavorable sur le cours de ceux qui sont dans la circulation (a).

(a) La baisse des effets publics, pendant la guerre, ne résulte pas seulement de l'altération du crédit des gouvernements , mais de l'appréhension qu'ont les acheteurs, de voir s'ouvrir de nouveaux emprunts qui offriront plus d'avantages aux derniers traitants.

Les papiers dont le cours subit les plus grandes variations sont l'objet le plus propre au commerce d'effets publics (a), parce qu'ils permettent de faire les plus grands profits, lorsqu'on peut les acheter à bas prix et les revendre à un taux élevé. Il est impossible de savoir quel sera le cours des effets dans un temps plus ou moins éloigné; cependant une appréciation habile des circonstances, une longue expérience, et l'esprit de combinaison conduiront à bien juger de l'avenir. Les chances de profits ne se réduisent pas seulement à la prévision de l'avenir, il y a des moyens aussi d'agir sur le cours, en cherchant à augmenter ou à paralyser la confiance qu'ont les personnes dans tels effets publics (b). L'unique avantage que ce commerce offre à l'économie nationale, consiste dans un placement facile pour fes épargnes. La certitude de pouvoir placer à intérêt, pour un temps aussi long que l'on veut, les plus petites valeurs, et de pouvoir à chaque moment trouver un acheteur, est un grand encouragement à faire des économies (§ 293 (b) in fine). Quant aux gouvernements, ils y trouvent cet avantage, qu'ils peuvent à l'aide des effets publics, faire facilement des emprunts.

(«) Les obligations de France, d'Angleterre, de Russie et surtout celles d'Espagne et des nouveaux états de l'Amérique du Sud , sont bien plus variables que celles de Bavière, de Belgique, de Prusse, et des petits états de l'Allemagne.

{b) Par exemple, un négociant veut-il se procurer des effets publics pour une certaine valeur, il tâche de faire baisser le cours , en vendant réellement, ou en simulant de vendre pour ses besoins, une petite quantité de papiers de l'espèce de ceux qu'il désire acheter, ou en répandant des nouvelles pour faire adopter une opinion qui favorise ses projets. C'est la , la source de tant de faux bruits , répétés chaque jour par les journaux. Les vendeurs et les acheteurs (bears undbulls, haussiers et baissiers) entrent en lice avec mille ruses.

L'expérience nous apprend que beaucoup de personnes font le commerce d'effets publics, lorsque les capitaux se placent difficilement dans le commerce .proprement dit et les manufactures [a). Les motifs qui font préférer les effets publics, sont :

1° Que des exemples de grands bénéfices réalisés dans ces sortes de spéculations se présentent sans cesse aux yeux de tout le monde; tandis que ceux non moins nombreux de grandes pertes, et de ruines éclatantes qu'on y a essuyées ne sont pas assez pris en considération ;

2° Qu'à l'espoir d'un bénéfice, se joint, dans ces affaires, l'attrait de l'incertitude et du doute, et la vive attente qu'offrent les jeux de hasard ;

5° Qu'en achetant des effets publics, on n'a pas comme dans d'autres spéculations, des dépenses accessoires, tels que ceux de constructions de bâtiments, de transport, mutations, de douane, etc., et que l'on peut faire avec un même capital, des opérations bien plus étendues. Les opérations se limitent au gré des parties, à telle époque qu'elles veuleut (m« rcTie* à terme), et à l'échéance, l'acheteur peut, en payant la différence, obtenir un nouveau délai dans l'espoir de voir le cours lui être plus favorable ;

4° Qu'on peut spéculer dans les fonds, sans que les livraisons s'effectuent jamais : en effet les spéculations en fonds publics ne se multiplient d'une manière si étonnante, que parce qu'on n'a pas besoin d'avoir le capital que nécessitent les paiements qu'elles font supposer, et qu'ainsi chacun peut acheter des effets pourvu qu'on lui accorde assez de confiance pour le paiement de la différence; ce changement qui fait perdre aux opérations sur les effets publics, le caractère d'opérations commerciales, et qui les métamorphose en paris et jeux, s'appelle agiotage, jeu de bourse {Differenzengescliœ/Ï, Jobbery). Voici à quoi tout se réduit dans ces opérations : on stipule comme dans un achat réel, qu'on livrera des effets publics, à tel cours, à telle époque; à l'échéance, on ne livre pas les pièces qui ont fait l'objet de l'opération, mais on compare le taux du jour au taux convenu dans la stipulation, pour voir qui de l'acheteur ou de ses substituants, a gagné ; le perdant paie au gagnant la différence du cours (b). Cette manière de terminer peut être dans l'intention des deux contractants dès le commencement, mais ils peuvent aussi en convenir à l'échéance, pour éviter la livraison des pièces (c).

(a) Les plus fréquentes opérations de ce genre, sont :

1° Le marché au comptant (Tagskaufgegen baarc Bezahlung),

2° Le marché à terme :

a. Le marché simple et ses différentes espèces (agiotage) ,,

b. Les marchés à prime ; ce sont ceux où l'on convient qu'en payant une prime déterminée on pourra se désister de l'opération ;

COMMERCE D'EFFETS PUBLICS

c. La vente a réméré (Buckkauf, prolongation) , lorsqu'on rend des effets à tel cours , et qu'on stipule qu'en déans un temps donné, on pourra les racheter a un taux plus élevé. La différence des cours s'appelle report. A Paris , où ce genre d'affaires est très-connu , on a l'habitude de coter les reports comme les autres cours , par exemple , au 25 janvier 1831 , fin du mois, 3 centimes ou 3 •/„ rentes, à 4 semaines 15 — 17 i/s °/..

Voy. Pinto, Traité de la circulation, p. 289. — The System of Slockjobbing explained, by a practical Jobber. Londres 1816. — Minerve, septembre 1816.

— Coffinibres, de la Bourse et des spéculations sur les effets publics. Paris, 1824, traduit en allemand, par Schmaltz. Berlin, 1824. — Plusieurs ouvrages sur cette matière sont cités par Mittermater , Grundsœtze des Privatrechts , n , S 189. — Examiné dans VHehnès, xiii, 234-49. — Ben der, der Verkehr met Staatspapieren, im In-und Auslande, 2* édition. Gœttingue, 1830.— Voir Goennbr, Von Staatsschufden, deren Tilgungsanstalten und vom Handel mit Staatspapieren, i. Munchcn, 1826. — Nebehius, der œffentliche Crédit, i, 337. — Bleibtseu , Lehrbuch des Handelswissenschafl , p. 307.

(b) Supposons que A vende à C, 600 pièces métalliques (obligations d'Autriche à 3 °/o d'intérêt en argent), pour 93, à livrer dans six semaines. Si dans six semaines, le cours du jour est de 97 (c'est-à-dire 97 fl. pour une obligation de 100 fl.), l'acheteur aura gagné 2 fl. sur chaque pièce, et A lui payera cette différence, en lui remettant 1200 fl.; si le cours n'était qu'à 92, le vendeur A aurait gagné 1800 fl. qui lui seraient payés par C.

(c) Voy. Behder, p. 114, V* édition. Cet auteur disait qu'en général les reports ne sont qu'exceptionnels, et que les contractants ont généralement la volonté de faire des livraisons réelles. Mais voyez ce qu'il dit, 2 e édition, p. 417. — L'expérience journalière nous apprend que dans la plupart des marchés, les contractants n'ont en vue, dès le commencement, que le paiement de la différence. Le nombre et l'iraport de ces marchés est d'ailleurs tellement grand, qu'il serait physiquement impossible de liquider une moitié seulement de ces affaires , s'il fallait faire la livraison des pièces. D'après des renseignements tout récents , les courtiers font à Paris , pour 12,000 millions de francs d'affaires, en papiers publics. Il faut y ajouter les opérations dans lesquelles il n'intervient qu'un courtier, celles qui sont liquidées en argent, de sorte que cette somme peut être évaluée au double, et par jour, à 80 millions de francs. En 1830, on ne fit de transfert de rentes, que pour 1760 millions de francs, par conséquent pour i/is de la valeur de toutes les opérations. — Revue encyclopédique, octobre 1831, p. 60. — Pikto disait déjà : « Excepté ceux qui « reçoivent et qui transportent réellement les fonds , le reste qui compose la foule ti des actionistes et des joueurs, n'achète et ne vend que ce qu'on appelle en terme « d'art, du vent; et les opérations se réduisent à des espèces de gageures, » p. 305.

— La plupart de ces engagements ne sont réellement destinés qu'à se résoudre sans livraison réelle de rentes. Vinceks , Législation commerciale, i , 625.— Tajllakdier, Rapport de la commission de la chambre des députés, 26 janvier 1823. Cette espèce de jeu date de deux siècles environ. En 1634-37, on faisait en Hollande

un commerce si actif de tulipes qu'elles étaient cotées , et leur cours monta si haut, qu'on vit donner pour le Semper Augustus, jusqu'à 4.600 fl., une voilure et deux chevaux. Toutefois, on fit aussi à cette époque beaucoup de ventes qui ne se réalisèrent pas. C'est à la grande passion des Hollandais pour les fleurs , qu'il faut attribuer la vraie cause de ces prix élevés. — Voy. BzcKH\*,Supplém. à r histoire des inventions, i , 288. — Pendant le système de Law (§ 314 ) , on fit des spéculations non moins exagérées; cependant ce n'étaient pas des opérations d'agiotage (paris, gageures, Diffcrenzcngeschœfte), ce qui n'était d'ailleurs pas nécessaire, vu rimmense quantité d'actions offertes. Les plus grands exemples d'agiotage ont été donnés par la Hollande, dans les spéculations sur les actions de la compagnie hollandaise des Indes; c'est de là, que vient le nom de jeu </' actions. Plus récemment ces opérations n'y ont plus eu pour objet que les effets publics, dont le cours subit de grandes variations dans la période de guerre de 1793-1815, et produisit des crises dans la plupart des États.

Lorsque le commerce d'effets publics prend une extension aussi grande que nous l'avons vu dans les temps modernes, il ne peut manquer de produire sur l'économie nationale des effets fâcheux, et qui ne sont pas balancés par les avantages qu'il procure (a) ; en effet :

1° Il absorbe d'immenses capitaux auxquels il ne fait rien produire. Les gains qu'il dispense aux uns, sont d'ordinaire des pertes pour d'autres. Il n'y a qu'un seul cas, où des spéculateurs peuvent gagner sans que d'autres perdent, c'est lorsqu'une espèce de papiers (d'effets publics) monte toujours ; mais ceci n'arriveque rarement, ou même jamais, car les intrigues des spéculateurseuxmémes, en font souvent baisser le cours (§ 439) (b). Le revenu national gagnerait infiniment, si les capitaux placés dans les fonds publics, étaient engages dans le commerce ou les manufactures.

2° Il absorbe une foule d'individus généralement instruits et pleins d'activité, et les livre à des opérations qui ne sont d'aucune utilité pour la production nationale, tandis qu'ils pourraient rendre d'immenses services dans l'industrie et dans les emplois. Le désir immodéré de s'enrichir promptement et par une seule opération , détruit d'ailleurs ce zèle, et cette modeste persévérance qui seule fonde les entreprises utiles et durables.

5° Ajoutons enfin, qu'il n'est pas rare que les spéculateurs, pour gagner, emploient des moyens malhonnêtes ; que le commerce des effets en précipite beaucoup dans les voies honteuses, et a souvent épargné l'improbtté, uniquement parce qu'elle a été lucrative.

{a) Ou a prétendu que le commerce d'effets publics est utile, parce qu'il fait monter leur cours. Mais cette opinion n'est pas fondée; les opérations ordinaires des scrutateurs loin de former le cours des effets publics n'y influent que faible-

COMMERCE D'EFFETS PUBLICS

ment; car le cours résulte de l'opinion qu'on se forme de la situation de chaque état. — Plusieurs écrivains modernes ont perdu de vue la véritable question , en voulant établir la légalité de ces opérations , et démontrer l'arbitraire des mesures que proposaient les gouvernements pour y mettre un frein ; ils ont même cherché a nier l'influence funeste de ces opérations sur la richesse nationale. Mais la science de l'économie nous fournit assez de moyens pour combattre ces auteurs.

(b) On nous objectera peut-être que ce commerce n'absorbe pas à proprement parler des capitaux, en faisant passer des obligations de l'Etat d'une main dans une autre, puisqu'à chaque cession les vendeurs rentrent en possession deJeurs capitaux. Mais il est à remarquer :

1° Que ceux qui spéculent sur les fonds publics ont, indépendamment des effets de leur propre pays, une quantité plus ou moins grande d'effets publics des pays étrangers, qu'ils n'achèteraient probablement pas , si l'agiotage ne les y engageait ;

2° Que la plupart de ceux qui s'occupent du commerce d'effets publics, font plus d'achats nominaux qu'ils ne peuvent payer réellement ($ 440 (c) ) et qu'ainsi ils doivent toujours pouvoir disposer d'une quantité plus ou moins grande de valeurs accumulées ;

3° Qu'en général les habitués de la bourse, pris en masse, tiennent en réserve des valeurs métalliques qu'ils ne peuvent pas employer productivement à leur gré, et qui par conséquent ne produisent rien.

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