‹ Traité d'économie nationaleChapitre 17 sur 109 · UVRK SECOND. DEUXIÈME DIVISION · texte numérisé non relu

UVRK SECOND. DEUXIÈME DIVISION

DEUXIÈME DIVISION

ACTION PRODIOT1YE DES FORCES DE LA NATURE

L'action des forces naturelles dans la production des biens matériels est si importante qu'on peut facilement être conduit à méconnaître toutes les autres, comme le prouve l'exemple des physiocrales. Sans les dons gratuits de la nature, l'humanité périssait dans son enfance, et plus tard encore c'est au secours de la nature que nous sommes redevables du progrès des arts (a). Mais examinons avec soin comment celle-ci nous prête son appui. Distinguons, sous ce point de vue, les produits utiles d'après les conditions de leur formation : ils se divisent d'abord en matières premières et en matières fabriquées (fabricats) , et celles-là se distinguent en matières organiques et inorganiques.

I. les corps organistes (animaux, plantes) nous offrent l'action vitale d'un organisme, et l'assimilation de différentes matières propres à leur nourriture. Pour que l'homme en ait toujours en quantité suffisante pour ses besoins, il faut qu'ils se reproduisent, (car on ne les rencontre pas en grandes quantités, comme les minéraux), et cela se fait souvent sans sa coopération.

Plusieurs conditions sont requises pour leur développement :

1° Des forces vitales organiques. Ces forces sont dans chaque espèce de végétaux ou d'animaux, soumises à des lois invariables, de sorte que la reproduction, la croissance, la décadence et la mort des corps organiques présenterait partout les mêmes phénomènes , si des causes externes n'en modifiaient l'uniformité.

2° Des forces qui se rencontrent dans les agents extérieurs qui nous entourent et qui sont nécessaires à la vie, par exemple: la chaleur, l'air atmosphérique, les aliments, qui produisent une variété de phénomènes plus ou moins favorables à la production des animaux et des plantes utiles; l'action de ces agents varie à peu près dans chaque partie de la terre , dans chaque pays, dans chaque contrée.

(a) Voy. KKV.de vinaturœin rempubiicam. Heidelbcrg, 1831. — Stemleia, ïolkmcirthschafïislehre , I. i, p. 259.

ACTION PRODUCTIVE DES FORCES DE LA NATURE

L'efficacité de ces forces externes se manifeste surtout dans la croissance de plantes utiles qui sont une condition fondamentale de l'aisance publique et dont l'abondance et la variété repose principalement :

a. Sur les propriétés des terres ; par exemple sur leurs parties constituantes, leur élévation ou leur abaissement , leur inclinaison et leur égalité , l'absence ou la présence d'eaux , de rochers , etc. ;

b. Sur les propriétés de l'air (le climat) (a) parmi lesquelles la chaleur (b) ou l'humidité (c) méritent la plus grande attention.

Ces causes produisent les différences si remarquables que nous observons dans la fertilité des pays, lesquelles se manifestent à leur tour dans la production et dans la consommation générale. Plus les matières premières , produites par la nature et propres à la satisfaction des besoins de l'homme, sont abondantes , plus un même espace peut nourrir de population sans qu'elle doive recourir au commerce extérieur: plus les frais et les prix de ces matières sont bas, plus aisément on peut y suffire à ses besoius, plus on peut enfin aussi travailler à ennoblir, à multiplier et à perfectionner les besoins de la vie, à soigner et étendre les jouissances immatérielles (§ 46) {d).

(a) Voy. Montesquieu, Esprit des lois, I. xiv.— Zvchariae, 40 lie. État /, 284. Ch. Vow B05STETTE* , V Homme du midi et V Homme du nord, ou l'influence du climat. Genève, 1824, trad. en allemand , par Von (Ileich, 1825. Aiccillon , de la conciliation des extrêmes, i, 1 ro dissertation.

(b) La température d'une contrée est principalement déterminée par la situation qu'elle occupe entre l'équateur et le pôle {latitude géograph.), et par son élévation au-dessus de la surface de la mer. L'influence des marais , de l'eau , des forêts, et l'abri que donnent les montagnes produit également un effet très-sensible. La température moyenne annuelle diminue d'un degré Réaumur, par 600 pieds d'élévation au-dessus de la surface de la mer, et par 30 lieues de distance de l'équateur. Plus un pays se rapproche du pâle nord, plus les limites de sa fertilité se resserrent; par exemple la limite des neiges éternelles est, près de Quito , sous l'équateur, à 1 8000 , dans les Alpes à 8200-9000 , en Islande à 2800 , au Cap-Nord à 2200 pieds d'élévation. Les zones des végétaux , et les degrés de fertilité et de maturité dépendent donc de la latitude et de l'élévation des contrées.

En Suisse la vigne pousse jusqu'à 1700 p. de hauteur.

Les céréales en général à. . . 2800

Le prunier, de 3300 à 31500

Le poirier a 3600

Le hêtre et le cerisier, de. . . 3000 à 4800

Le froment, de 4000 à 4400

Les pommes de terre poussent de. . . 4400 à 8000 p. de hauteur.

Voy . Kasthofer, Beitrœge zur Beurtheilung der Colonisation einer theils der Alpenweiden. Leipzig, 1827.— Frawsciici, Statistiq. de laSuisse, p. 19. L'Asie est, par une cause encore inconnue, d'une température moinsélevéeque l'Europe, sous une même latitude , et l'Amérique , sous une même latitude, plus froide encore. L'agriculture en Laponic, s'étend jusqu'au 68 1/2 degré latit.-nord; dans les environs de Tobolsk, jusqu'au 60«° e ; au Canada, jusqu'au 30 e degré seulement. Les lignes isothermes (de liumbold), diffèrent donc sensiblement des parallèles , voy. Mukcke, Naturlehre, p. 137. Voy. Book , Esquisses de géographie, d'ethnographie et de statistiq. , 1, 94, 1832 (ail.)- La propagation géographique des plantes est généralement limitée par la température, non seulement de l'année, mais par son maximum et son minimum aux différentes saisons , et par ses variations les plus fréquentes dans des limites rapprochées. Voy. Decaïtdollb, art. Géographie des plantes; Dictionn. des sciences naturelles , xvm , 356. Les bons vins ne sont produits que dans les pays où la température moyenne de l'année est de 8° R., celle de l'hiver au-dessus de 0, et celle de l'été de 15° à 16°. (Carlsruhe a une température moyenne annuelle de 8, 15 ; en hiver de 3,' ; en été de 1 iJ , ,5 . Voy. Eisenlohr, sur le climat de Carlsruhe , p. 39).

On peut établir pour les régions de l'Europe la classification suivante :

1° Celles dont la température moyenne est de plus de 10", où il ne neige et ne gèle que rarement dans les plus basses vallées , où il ne tombe que de la pluie , (Zône des pluies, limitée par la ligne isotherme de ta température variable. Voy. Von Rook , 1 , 97 ) : on y rencontre l'oranger , le citronnier , l'olivier et d'autres fruits précieux ; plus de 6000 habitants peuvent y vivre par lieue carrée.

2° Celles dont la température moyenne est de 3-9°; elles produisent des céréales, des fruits et autres végétaux précieux ; on y rencontre la vigne dans les parties les plus chaudes; 3 à 4000 personnes par lieue carrée y trouvent leur subsistance.

3° Les régions froides , où les grains ne mûrissent pas généralement , où peuvent subsister à peine, même en s'aidant de la chasse, de la pèche et de l'éducation des bestiaux, 100 à 200 personnes par lieue carrée.

On a pour les États-Unis de l'Amérique du Nord distingué la région de la ca nne à sucre , — celle du coton et du riz, — celle du froment et celle des bestiaux.

Arthur Youkg a donné pour la France les limites de la culture du vin, du mais et de l'olivier ( Voyage en France et dans une partie de F Italie, 11 , 21. édit. allem., 1794, Berlin). Elles sont à-peu-près parallèles à la direction de la Manche.

(c) Plus la température d'un pays est élevée , plus il faut de pluie pour le fertiliser et prévenir les effets de la prompte évaporation.

Une même quantité de pluie peut être nuisible dans un pays froid , bonne dans un pays chaud , insuffisante dans un pays d'une température plus élevée; mais il

L'orge, de.

Le sapin à. .

Le mélèze , de.

ACTION PRODUCTIVE DES FORCES DE LA NATURE

faut aussi ne pas perdre de vue la distribution des pluies entre les différentes saisons. Par 7° à 8° de température moyenne, il peut tomber sans inconvénient 20-25 pouces de pluie par an ; par 10° à 12° de température moyenne, 30 pouces. Comme la fertilité relative de plusieurs années dépend généralement d'une heureuse combinaison de' la chaleur et de l'humidité , on doit s'attendre à trouver un rapport entre la température et la quantité moyenne de pluie tombée dans une région d'une part , et les récoltes et leur prix d'autre part. On s'est livré à des recherches de ce genre pour les récolles. Voy. Corso di agricoltura ; Fircnze, (1803), v, 185; mais les prix dépendent en partie aussi de la concurrence des demandeurs et ne sont pas uniquement déterminés par la quantité des produits. Cependant on remarque dans la période décennale de 1800-1809, le rapport suivant entre le prix moyen de l'épeautre et la température moyenne de l'année à Carlsruhe:

En 1805 la rasière à 13 fl. 24 krtz. Tempér. moy. 7, ,a degrés.

(d) Les pays froids sont, sous beaucoup de rapports, dans une position inférieure à celle des pays chauds.

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